Corgard® : allègement des restrictions de délivrance

Paris, France – À compter du 18 janvier 2024, au vu des stocks actuels, la délivrance de Corgard® (nadolol) n’est plus contingentée. Ce bêta-bloquant peut désormais être prescrit et dispensé selon le circuit habituel, indique l’agence de sécurité de médicament (ANSM).

Allègement des restrictions de délivrance

Corgard® (nadolol) est un bêta-bloquant non sélectif indiqué dans l’hypertension artérielle, la prophylaxie des crises d’angor d’effort, les signes fonctionnels des cardiomyopathies obstructives, le traitement de certains troubles du rythme supraventriculaires (tachycardies, flutters et fibrillations auriculaires, tachycardies jonctionnelles) ou ventriculaires (extrasystolies ventriculaires, tachycardies ventriculaires) et les manifestations cardiovasculaires des hyperthyroïdies.

Face à de fortes tensions d’approvisionnement en Corgard®, un protocole strict de délivrance a été mis en place le 30 octobre 2023 afin de réserver ce traitement aux patients atteints de troubles du rythme d’origine génétique (syndrome du QT long congénital et tachycardie ventriculaire polymorphe catécholaminergique), chez lesquels ce médicament ne peut être ni substitué, ni arrêté sans risque vital. Au vu des stocks actuels, cette restriction vient d’être allégée le 18 janvier 2024 : Corgard® peut désormais être prescrit et dispensé pour prévenir tous les troubles du rythme ventriculaire. En revanche, il est recommandé de maintenir le traitement alternatif dans les autres indications tant que des tensions d’approvisionnement en Corgard® persistent, a priori au moins jusqu’au mois de mars. D’ici là, la quantité de boîtes de médicaments distribuées en ville restera étroitement surveillée, tandis que la distribution à l’hôpital ne fait l’objet d’aucune restriction.

Une simple ordonnance suffit

La dispensation de Corgard® ne nécessite plus d’ordonnance d’un centre de référence ou de compétence maladies rares spécialisé dans les troubles du rythme cardiaque héréditaires ou rares : la présentation d’une simple ordonnance suffit. Les pharmaciens peuvent le commander auprès de leur grossiste-répartiteur habituel.

Que faire des patients sous traitement alternatif ?

La situation de chaque patient est à réévaluer au cas par cas. Si le traitement alternatif qui a été prescrit depuis fin octobre convient, il peut être maintenu. Dans les autres cas, une reprise immédiate de Corgard® peut être décidée. Pour rappel, selon les recommandations en vigueur, Corgard® n’est pas le traitement de première intention dans les indications autres que celles des troubles du rythme ventriculaire.

Nouvelles recommandations américaines sur la fibrillation atriale : place à la prévention

Vincent Richeux

22 décembre 2023

Washington, Etats-Unis — Les recommandations américaines sur le diagnostic et la prise en charge de la fibrillation atriale ont été mises à jour. La classification de l’arythmie cardiaque y est redéfinie en distinguant pour la première fois quatre stades, dont deux stades pré-arythmiques, qui mettent en avant le rôle majeur des facteurs de risque et de la prévention primaire.
Autre nouveauté : la place de l’ablation par cathéter comme traitement de première ligne en cas de contrôle du rythme est nettement renforcée. Pour aider les praticiens à choisir l’ablation en première intention dans le contrôle du rythme sinusal selon le profil des patients, les experts ont mis à disposition un outil spécifique accessible en ligne précisant pour chaque cas le niveau de recommandation de l’ablation.
Publiées dans le Journal of the American College of Cardiology et Circulation, ces recommandations ont été émises par l’American College of Cardiology (ACC), l’American Heart Association (AHA), l’American College of Chest Physicians (ACCP) et la Heart Rhythm Society (HRS). Elles font suite à la présente version de 2019 et aux recommandations européennes de l’European Society of Cardiology (ESC) de 2020.
Dans ce document, les auteurs présentent une nouvelle classification de la FA qui ne tient plus seulement compte de la durée de l’arythmie, mais inclus également les facteurs de risque. Les quatre stades définis sont les suivants :

Stade1 ,(Risque de FA) : présence de facteurs de risque (âge, hypertension artérielle, surpoids, apnée du sommeil, diabète de type 2…) ;

Stade 2, (Pré-FA): mise en évidence de résultats cliniques évoquant des anomalies sur le plan anatomique (dilatation des oreillettes…) ou électrique qui prédisposent à une FA;

Stade 3, (FA): diagnostic de FA de type paroxystique, avec des épisodes d’arythmie intermittents (stade 3A), persistante lorsque les épisodes durent plus d’une semaine (stade 3B), persistante de longue durée lorsque la durée dépasse un an malgré une stratégie de contrôle du rythme (stade 3C) ou contrôlée après ablation (stade 3D);

Stade 4 (FA permanente): les arythmies durent plus d’un an et sont résistantes à toute intervention thérapeutique de contrôle du rythme.
Selon les auteurs, cette classification amène à percevoir la FA dans sa continuité, « ce qui implique de recourir à chaque étape à diverses stratégies en utilisant la prévention, la modification du mode de vie et des facteurs de risque, le dépistage et le traitement ».
Ces recommandations soulignent ainsi « la nécessité de modifier le mode de vie et les facteurs de risque, en plus du traitement médical ».

Retrouvez l’article complet ici

Rétrécissements aortiques calcifiés : résultats encourageants avec une thérapie non invasive par ultrasons

Anne-Gaëlle Moulun

19 décembre 2023

France — Des chercheurs français ont mis au point une thérapie par ultrasons non invasive pour traiter certains patients atteints de sténose aortique. Dans une petite étude parue dans The Lancet, ils montrent son efficacité[1]. Le Pr Emmanuel Messas, cardiologue et co-fondateur de la start-up Cardiawave, qui a développé le dispositif, en explique le principe à Medscape.

Le rétrécissement aortique calcifié (RAC) touche environ 5 millions de patients en Europe et 5 millions aux États-Unis. « La valve aortique est une porte entre le cœur et l’organisme. Avec l’âge, elle peut se calcifier et la surface d’ouverture de la valve se rétrécit. La surface habituelle est de 2 à 3 cm² et on observe un rétrécissement sévère quand c’est inférieur à 1 cm². Dans ce cas il faut généralement opérer, car il y a un risque d’insuffisance cardiaque ou de mort subite », explique le Pr Emmanuel Messas, cardiologue à l’hôpital Européen Georges Pompidou et co-fondateur de la start-up Cardiawave.

Pendant des années, le traitement était un remplacement de la valve par chirurgie cardiaque avec circulation extracorporelle. Une valve biologique ou mécanique était insérée à la place de la valve défectueuse.

Puis, le Pr Alain Cribier, cardiologue au CHU de Rouen, a développé en 2002 le TAVI (remplacement aortique par voie percutanée), qui a permis de remplacer la valve par voie interventionnelle, en passant par les artères, donc sans ouvrir le cœur, ce qui a permis de diminuer les risques.

« Mais dans ces deux cas, on remplace la valve. Or, 10 à 20 % des patients ont des contre-indications à ces interventions. Notre but a donc été de trouver une alternative pour ces personnes », raconte le Pr Messas.

Une spin-off de l’hôpital Européen Georges Pompidou et du laboratoire Physique pour la médecine Paris a été créée afin de développer cette solution : la thérapie non invasive par ultrasons.

« Nous préservons la valve native, mais nous améliorons sa fonction d’ouverture en envoyant des ultrasons avec un dispositif qui s’applique sur le thorax. C’est réalisé avec une échographie qui permet un guidage en temps réel. Les ultrasons créent un phénomène de cavitation. Ils produisent des bulles qui en oscillant créent des ondes de choc et provoquent des micro-fractures sur le calcium de la valve. Cela la ramollit et lui permet de mieux s’ouvrir », détaille-t-il.

Nous préservons la valve native, mais nous améliorons sa fonction d’ouverture en envoyant des ultrasons avec un dispositif qui s’applique sur le thorax

« C’est une technique assez simple à réaliser. Il suffit de mettre le dispositif sur le thorax, de bien le positionner et de lancer les ultrasons. Elle nécessite sept séances de 10 minutes, ce qui, avec le temps d’installation, porte le temps d’intervention à environ deux heures », décrit-il. « Les limites de la technique sont de deux ordres : parfois nous ne voyons pas suffisamment bien avec l’échographie et parfois la valve est trop calcifiée et nous ne parvenons pas à la traiter ».

Amélioration de la surface d’ouverture de 10 à 15 %

Dans une étude publiée dans The Lancet, 40 patients ont été traités par cette technique en France, Hollande et Serbie. « Nous avions des patients très graves, qui avaient une moyenne d’âge de 83 à 84 ans. Ils avaient une surface d’ouverture autour de 0,5 cm². Il s’agissait de patients compassionnels, pour qui aucune autre technique ne pouvait être utilisée. Nous avons obtenu une amélioration de la surface d’ouverture de 10 à 15 %, ce qui suffit pour améliorer les symptômes », développe le Pr Messas. Les patients traités ont déclaré une amélioration de leur qualité de vie et une baisse de l’essoufflement à l’effort. A 6 mois, les chercheurs ont observé une amélioration de la surface d’ouverture valvulaire de 0,1 cm². « Nous avons modifié l’histoire naturelle de la maladie, car d’habitude cela diminue de 0,1 cm² par an », se félicite le Pr Messas. Depuis la publication, 60 patients supplémentaires ont été traités en France, Hollande et Allemagne.

Nous avons obtenu une amélioration de la surface d’ouverture de 10 à 15 %, ce qui suffit pour améliorer les symptômes

« L’avancée qu’apporte cette technique, c’est que nous préservons la valve native du patient et nous la réparons de façon non invasive », estime le cardiologue.

Les prochaines étapes sont d’obtenir un marquage CE et de lancer une early faisability study aux Etats-Unis. Les indications pourraient inclure non seulement les patients qui ont des contre-indications à la chirurgie, mais aussi ceux qui ont une valve trop calcifiée et qui pourraient bénéficier d’abord d’un traitement par ultrasons puis d’un TAVI. Ce nouveau traitement pourrait aussi être proposé à des patients jeunes, afin de reculer le plus possible la chirurgie interventionnelle.

Le Pr Messas estime le nombre de bénéficiaires potentiels à environ 1 million de patients et Europe et 1 million aux États-Unis.

 

Consommation de cannabis : un risque de maladies cardiaques et d’AVC

 

Marlene Busko

5 décembre 2023

États-Unis – La consommation de cannabis est associée à un risque accru de maladies cardiaques et d’AVC, selon deux études présentées lors des sessions scientifiques du congrès 2023 de l’American Heart Association (AHA).

La consommation quotidienne de marijuana est liée à un surrisque de 34 % d’insuffisance cardiaque dans les quatre ans, par rapport à la non-consommation, selon une nouvelle étude d’observation. Alors que dans une autre étude, les troubles liés à la consommation de cannabis ont été associés à un risque accru de 20 % d’événements cardiaques et cérébraux indésirables majeurs (ECCM) au cours d’une hospitalisation chez des patients plus âgés présentant un risque cardiovasculaire et qui ne fumaient pas de tabac.

Les chercheurs soulignent qu’il s’agit de données d’observation et qu’elles ne peuvent donc montrer qu’une association et non un lien de cause à effet, mais qu’elles s’appuient sur d’autres résultats récents.

Malgré les limites de l’étude, « s’agit-il d’un signal ? Absolument », a déclaré le Pr Robert L. Page II, docteur en pharmacie, dans un entretien avec theheart.org | Medscape Cardiology*.

*Le Pr Page est professeur à la Skaggs School of Pharmacy and Pharmaceutical Sciences de l’Université du Colorado (États-Unis) et a présidé le groupe de rédaction de la déclaration scientifique 2020 de l’AHA : « Medical Marijuana, Recreational Cannabis, and Cardiovascular Health ». Il n’a participé à aucune des deux études en cours.

Consommation de marijuana et risque d’insuffisance cardiaque

La consommation de marijuana aux États-Unis a augmenté de façon exponentielle avec la légalisation croissante au niveau des états, mais son effet sur la santé cardiovasculaire n’est pas clair, écrivent les auteurs de la première étude, les Drs Yakubu Bene-Alhasan et coll (Baltimore, Etats-Unis).

Dans leur travail, les chercheurs ont évalué l’association entre la consommation de marijuana et le risque d’insuffisance cardiaque par rapport à des non-consommateurs. Ils se sont appuyés sur les données d’enquête et les dossiers médicaux des participants au programme de recherche All of Us parrainé par les National Institutes of Health.

Ils ont identifié 156 999 adultes âgés de 18 ans ou plus qui n’avaient pas reçu de diagnostic d’insuffisance cardiaque au départ. L’âge moyen des participants était de 54 ans et 61 % d’entre eux étaient des femmes.

Retrouvez l’article complet ici

Un nouveau prototype de pacemaker se recharge partiellement à partir des battements du cœur

Marlene Busko

22 novembre 2023

Etats-Unis — Un prototype de stimulateur cardiaque sans fil qui convertit les oscillations du cœur en tension a généré 10,9 % de l’énergie nécessaire pour stimuler un battement de cœur lors d’une expérience en laboratoire.

Si la quantité d’énergie « récoltée » réussie à être augmentée pour mieux alimenter la batterie du stimulateur cardiaque et si le dispositif s’avère sûr et efficace chez l’homme, une future version de ce dispositif pourrait offrir les avantages d’un stimulateur cardiaque sans fil sans les difficultés potentielles liées au remplacement de la batterie.

Le Dr Babak Nazer, professeur agrégé de médecine à l’université de Washington à Seattle, a présenté les résultats de ce dispositif expérimental lors des sessions scientifiques 2023 de l’ American Heart Association (AHA).

« Nous disposons d’un prototype de première génération capable de recueillir 10 % de l’énergie nécessaire pour alimenter le prochain battement de cœur et nous continuons à améliorer de nombreux éléments de notre dispositif – matériau, forme et assemblage – afin d’atteindre au moins 20 % d’efficacité avant de commencer à nouer des relations sérieuses avec des sociétés de dispositifs médicaux existantes », a résumé le Dr Nazer dans une interview accordée à theheart.org | Medscape Cardiology.

L’équipe est impatiente de connaître les réactions des médecins, des chercheurs et des partenaires potentiels des entreprises de dispositifs médicaux, a-t-il ajouté, concernant la quantité d’énergie récoltée et l’économie de la durée de vie de la batterie qu’ils souhaiteraient voir.

« C’est une idée intelligente et intéressante, car lorsque le cœur se contracte, il produit de l’énergie mécanique qui peut être transformée en énergie électrique pour alimenter le stimulateur cardiaque », a déclaré le Dr Kenneth A. Ellenbogen, qui n’a pas participé à cette recherche, à theheart.org | Medscape Cardiology.

Le Dr Ellenbogen, professeur de cardiologie à la faculté de médecine VCU de Richmond, en Virginie, est l’un des coauteurs des recommandations 2018 de l’ACC/AHA/HRS sur l’évaluation et la prise en charge des patients souffrant de bradycardie et d’un retard de conduction cardiaque.

« Il s’agit d’une preuve de concept incroyablement intéressante », a-t-il déclaré, « mais elle ne remplacera en aucun cas le stimulateur cardiaque actuel alimenté par une pile », pour l’instant.

Les piles au lithium actuellement utilisées dans les deux stimulateurs cardiaques sans plomb approuvés « sont en fait très efficaces et peuvent durer 15 ans chez certains patients », a-t-il fait remarquer. Et le prototype utilisé dans l’étude actuelle ne génère qu’environ 10 % de l’énergie électrique nécessaire à un stimulateur cardiaque.

Néanmoins, cette ligne de recherche « a le potentiel, à l’avenir, de réduire considérablement la taille du stimulateur cardiaque sans fil, ou de prolonger considérablement la longévité de la batterie », a-t-il spéculé.

« Nous avons encore un long chemin à parcourir », a concédé le Dr Nazer. L’étude n’a pas pris en compte l’énergie nécessaire à un stimulateur cardiaque pour surveiller le rythme cardiaque et communiquer les résultats au stimulateur. En outre, il n’est pas certain que le dispositif soit sûr et efficace chez l’homme.

Je ne pense pas que nous deviendrons un jour une « machine à mouvement perpétuel », a-t-il déclaré. Le ventricule gauche n’est tout simplement pas aussi efficace et le ventricule droit n’exerce pas une pression aussi forte, en général. « La quantité [d’énergie] que nous devons récolter est une question qui relève du partenaire stratégique ultime et d’une analyse économique », a-t-il déclaré.

« Nous avons des idées de dispositifs de génération 2 pour y parvenir », a ajouté le Dr Nazer. Les travaux futurs se concentreront sur l’amélioration de la collecte d’énergie par la sélection des matériaux, la structure des dispositifs et la conception des circuits.

« Nous espérons prolonger encore la durée de vie de la batterie et élargir l’accès de ce produit aux jeunes patients, qui, nous l’espérons, nécessiteront moins d’implants au cours de leur vie », a-t-il déclaré dans un communiqué de presse de l’AHA.

Stimulateur cardiaque sans fil à récupération d’énergie

En juillet 2023, la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis a approuvé le premier système de stimulation sans fil à double chambre, l’AVEIR DR d’Abbott, et en 2020, le stimulateur sans fil Micra AV de Medtronic.

Selon le Dr Nazer, un stimulateur sans sonde présente plusieurs avantages par rapport à un stimulateur transveineux classique, notamment un taux d’infection pratiquement nul. Le dispositif n’obstrue aucun vaisseau sanguin et il n’y a pas de problème de sonde.

Les inconvénients sont que la batterie ne peut pas être remplacée aussi facilement que celle d’un stimulateur transveineux. Le retrait d’un stimulateur sans fil, qui se trouve à l’intérieur du cœur, peut s’avérer difficile, de sorte qu’il peut être nécessaire d’implanter de nouveaux stimulateurs à côté des précédents qui ont perdu la charge de leur batterie.

La durée de vie limitée de la batterie et les difficultés de récupération du dispositif à l’intérieur du cœur, après une longue période, limitent l’utilisation des stimulateurs cardiaques sans plomb chez les jeunes patients, a déclaré le Dr Nazer. Les batteries actuelles ne peuvent pas être rechargées et ont une durée de vie estimée à 7-12 ans.

L’équipe de scientifiques a cherché à prolonger la durée de vie de la batterie d’un stimulateur cardiaque sans plomb en récoltant l’énergie des fluctuations de la pression ventriculaire droite à l’aide d’un boîtier composé de matériaux piézoélectriques biocompatibles, « qui peuvent transformer la pression en tension et donc recharger la batterie », écrivent les auteurs.

Ils ont conçu trois prototypes de taille similaire à celle des stimulateurs cardiaques sans plomb actuellement disponibles dans le commerce, qui font environ un tiers de la taille d’une pile AAA.

Ils ont placé les dispositifs dans un simulateur de pression cardiaque pour tester leur tension de sortie en réponse à des pressions oscillantes simulant celles du ventricule droit à une fréquence cardiaque de 60 battements/min. Le meilleur prototype a récolté environ 10 % de l’énergie nécessaire pour rythmer un battement de cœur.

Décès du second receveur d’une greffe de cœur de porc

Marilynn Larkin

6 novembre 2023

Baltimore, États-Unis – Lawrence Faucette, un homme de 58 ans atteint d’une maladie cardiaque en phase terminale est décédé le 30 octobre 2023, a annoncé le Centre médical de l’Université du Maryland (UMMC – Baltimore, États-Unis) dans un communiqué. Il avait reçu la deuxième greffe de cœur de porc génétiquement modifié au monde.

Lawrence Faucette, un ancien technicien de laboratoire qui s’est vu refuser à plusieurs reprises une allogreffe standard en raison de ses diverses pathologies, a reçu cette greffe le 20 septembre dernier.

Mr Faucette est arrivé pour la première fois à l’UMMC en tant que patient le 14 septembre. Lorsqu’il a été admis, il était en insuffisance cardiaque terminale. Peu avant l’opération, son cœur s’est arrêté et il a dû être réanimé.

Le 15 septembre, la Food and Drug Administration américaine a accordé une autorisation d’urgence pour l’intervention chirurgicale par le biais de la voie d’utilisation exceptionnelle d’un nouveau traitement expérimental à des fins humanitaires pour un seul patient.

« Mon dernier véritable espoir est d’opter pour le cœur de porc, la xénotransplantation », a déclaré Lawrence Faucette lors d’une interview  réalisée dans sa chambre d’hôpital quelques jours avant l’opération. « Au moins, maintenant, j’ai encore un espoir, et une chance ».

Au cours du mois qui a suivi l’opération, Lawrence Faucette a fait des « progrès significatifs », participant à des séances de kinésithérapie et passant du temps avec sa famille, indique l’université. Toutefois, dans les jours qui ont précédé son décès, le cœur a montré des signes de rejet.

« La dernière volonté de Lawrence Faucette était que nous tirions le meilleur parti de ce que nous avons appris de notre expérience, afin que d’autres puissent se voir garantir une chance d’avoir un nouveau cœur lorsqu’un organe humain n’est pas disponible », a déclaré le Dr Bartley P. Griffith, qui a greffé le cœur de porc. « Il a ensuite dit à l’équipe de médecins et d’infirmières qui l’entouraient qu’il nous aimait. Il nous manquera énormément. »

Muhammad M. Mohiuddin, professeur de chirurgie et directeur scientifique du programme de xénotransplantation cardiaque à la faculté de médecine de l’université du Maryland, a déclaré que « M. Faucette était un scientifique qui non seulement lisait et interprétait ses propres biopsies, mais qui comprenait l’importante contribution qu’il apportait à l’avancement du domaine ».

« Comme pour le premier patient, David Bennett Senior, nous avons l’intention de mener une analyse approfondie pour identifier les facteurs qui peuvent être évités lors de futures transplantations ; cela nous permettra de continuer à aller de l’avant et d’informer nos collègues dans ce domaine sur notre expérience », a ajouté le Pr Mohiuddin.

Les chercheurs n’ont pas l’intention de faire d’autres commentaires tant que leur enquête n’est pas terminée, a déclaré un porte-parole de l’université à theheart.org | Medscape Cardiology.

L’UMMC a réalisé la première transplantation d’un cœur de porc génétiquement modifié en janvier 2022. David Bennett, le receveur de ce cœur, a survécu pendant 60 jours. Les chercheurs ont publié leurs premières conclusions  dans The New England Journal of Medicine, puis les résultats de leur enquête de suivi  dans The Lancet.

FA : une étude randomisée confirme la non infériorité de l’ablation par électroporation

Vincent Richeux

31 octobre 2023

Amsterdam, Pays-Bas – Dans le traitement de la fibrillation auriculaire (FA) paroxystique, une ablation par électroporation à l’aide du dispositif Farapulse® (Boston Scientific) est au moins aussi efficace et sûre que l’ablation thermique standard (radiofréquence ou cryothérapie), selon l’essai randomisé ADVENT, dont les résultats à un an ont été présentés lors du congrès de la Société européenne de cardiologie (ESC 2023). Ces résultats devraient conduire à la validation de cette nouvelle approche qui a l’avantage d’être plus rapide à réaliser.

Une technique qui utilise des micro-chocs électriques de haut voltage

« Cet essai sera utilisé par le fabricant pour obtenir auprès de la Food and Drug Administration (FDA) la validation du cathéter d’électroporation », a précisé l’auteur principal, le Pr Vivek Reddy (Icahn School of Medicine, New York, Etats-Unis), lors d’une conférence de presse. « On peut espérer que le dispositif sera approuvé aux Etats-Unis l’année prochaine », a ajouté le cardiologue. En Europe, il a déjà obtenu le marquage CE en 2021.

L’isolement des veines pulmonaires est recommandé dans le traitement de la FA symptomatique ou réfractaire au traitement par antiarythmiques. Jusqu’à présent, l’ablation est obtenue par des méthodes thermiques, en utilisant la radiofréquence (> 50°C) ou la cryoablation (-60°C). En plus du risque non négligeable d’hématome ou de tamponnade, les techniques d’ablation thermique peuvent affecter sérieusement les structures anatomiques entourant l’oreillette gauche, en particulier l’oesophage et le nerf phrénique.

L’électroporation est perçue comme une alternative plus sûre, puisqu’elle épargne les tissus et organes environnants. Cette technique utilise des micro-chocs électriques de haut voltage (> 2 000 V) pour ouvrir des pores à l’échelle nanométrique dans les membranes des cellules cardiaques ciblées impliquées dans les troubles du rythme cardiaque, ce qui entraine leur destruction. Elle a aussi l’avantage d’être plus simple et plus rapide à réaliser, la durée d’intervention étant d’une heure environ contre deux heures avec une méthode thermique.

Plusieurs études ont pu montrer récemment l’efficacité de l’électroporation, suscitant au passage l’enthousiasme de la communauté des électrophysiologistes, qui évoquent une avancée majeure dans le traitement de la FA. Les résultats de l’essai ADVENT présentés à l’ESC 2023 étaient d’autant plus attendus qu’il s’agit du premier essai randomisé à comparer l’électroporation à l’ablation thermique standard.

FA paroxystique symptomatique résistante au traitement par antiarythmique

Mené dans 30 centres des Etats-Unis, l’essai a inclus 687 patients (65% d’hommes) présentant une FA paroxystique symptomatique résistante au traitement par antiarythmique. Ils étaient âgés de 62 ans en moyenne. Après une première prise en main du dispositif Farapulse® par les électrophysiologistes, 607 patients ont été randomisés pour être traités soit par électroporation, soit par une méthode d’ablation thermique au choix.

Le critère principal d’évaluation est le taux de succès de l’intervention défini par un succès immédiat ou à plus long terme (absence à un an d’arythmie atriale, de traitement médicamenteux, de cardioversion ou d’ablation répétée). Le taux de succès est de 73,3% dans le groupe électroporation contre 71,3% avec l’ablation thermique. La non-infériorité de l’électroporation par rapport aux techniques standard a pu être établie.

Concernant la sécurité, des effets indésirables graves ont été rapportés chez 2% des patients traités par électroporation (six événements, dont un décès et deux tamponnades), contre 1,3% avec l’ablation thermique (quatre événements, dont un AVC). Là encore, l’électroporation est non inférieure. Le critère secondaire porte sur le rétrécissement des veines pulmonaires. Il s’observe chez respectivement 3,3% et 19,5% des patients. Sur ce point, la nouvelle technique se montre supérieure.

Interpellé sur le décès survenu dans le groupe testant la nouvelle technique, le cardiologue a répondu qu’il n’est pas lié spécifiquement au dispositif, même si ce décès est consécutif à une perforation lors de l’utilisation du cathéter. Pour preuve, il a rappelé que le marquage CE a été obtenu après la pratique de l’électroporation chez plus de 1 500 patients dans 24 centres de l’Union Européenne. « Seul un décès a été rapporté, soit une mortalité de 0,06% ».

Selon lui, les résultats de cette technique devrait également s’améliorer avec l’expérience. « Les 65 praticiens qui ont participé à l’essai n’avaient jamais pratiqué l’électroporation auparavant », a-t-il souligné.

 

L’essai ADVENT a été financé par Boston Scientifics, fabricant du dispositif d’électroporation testé.

La fibrillation auriculaire est un effet secondaire des esters éthyliques d’oméga-3, alerte l’EMA

 

Aude Lecrubier

10 octobre 2023

Amsterdam, Pays-Bas—L’agence européenne du médicament (EMA) considère désormais la fibrillation auriculaire comme un effet secondaire des esters éthyliques d’oméga-3.

La FA s’ajoute donc aux troubles digestifs, à l’acné, l’eczéma, les augmentations des transaminases hépatiques et aux saignements, comme troubles déjà connus pour être associés à cette supplémentation.

La notice de ces compléments alimentaires, utilisés dans le traitement de l’hypertriglycéridémie, devrait donc être bientôt modifiée, annonce l’agence.

« L’analyse de revues systématiques de la littérature et de méta-analyses d’essais cliniques contrôlés randomisés a mis en évidence un risque accru de fibrillation auriculaire, dépendant de la dose, chez les patients atteints de maladies cardiovasculaires ou présentant des facteurs de risque cardiovasculaire et traités par des esters éthyliques d’acides oméga-3 par rapport au placebo. Le risque le plus élevé étant observé avec une dose de 4 g/jour », indique l’EMA qui ajoute « qu’en cas de fibrillation auriculaire, le traitement doit être arrêté définitivement ».

Une communication directe aux professionnels de santé (Direct Healthcare Professional Communication – DHPC) sera envoyée prochainement pour fournir aux médecins des informations complémentaires.

Une longue histoire

Fin 2018, « en raison de l’absence d’efficacité démontrée en prévention secondaire de l’infarctus du myocarde », l’EMA avait retiré l’AMM des médicaments contenant des esters éthyliques d’acide gras oméga- 3 polyinsaturés en post SCA, mettant fin à une indication ayant perduré 18 ans.

Ces médicaments sont donc restés approuvés uniquement dans le traitement de l’hypertriglycéridémie en association avec les autres traitements de référence lorsqu’une modification du régime alimentaire et du mode de vie n’est pas suffisante.

Cependant, plusieurs études ont montré une association entre la prise de ces traitements et un sur-risque de FA.

En ce sens, une méta-analyse de 5 essais randomisés publiée en 2021 et colligeant les données de plus de 50 277 participants ayant reçu la supplémentation en oméga-3 ou un placebo, suivis entre 2 et 7 ans, a rapporté que la supplémentation en acides gras omega-3 était associée à un risque significativement accru de 37% de fibrillation auriculaire vs placebo, chez des patients déjà à risque cardiovasculaire élevé.

A noter toutefois qu’une différence pourrait être observée entre les apports alimentaires et la supplémentation. Une méta-analyse de 17 études de cohortes publiée dans le JACC en juillet a montré que des niveaux élevés d’acide eicosapentaénoïque (EPA) dans la circulation et les tissus adipeux provenant de l’apport alimentaire n’augmentait pas le risque de FA. D’ailleurs, le risque semblait diminuer de manière significative avec ces niveaux d’acide docosahexaénoïque (DHA), d’acide docosapentaénoïque (DPA) et d’EPA plus DHA.

Les signaux de risque de FA associés à des doses élevées d’acides gras oméga-3 sous forme de suppléments ou de prescriptions dans certains essais cliniques « ne sont pas nécessairement généralisables à des apports alimentaires habituels d’oméga-3 à plus faible dose », ont conclu les auteurs.

Le deuxième patient greffé d’un cœur de porc à l’université du Maryland se porte bien

 

Steve Stiles

28 septembre 2023

Maryland, Etats-Unis — Le deuxième patient à qui l’on a greffé un cœur de porc génétiquement modifié au centre médical de l’université du Maryland (UMMC), à Baltimore, est stable et se porte bien après l’opération du 22 septembre, a indiqué l’université dans un communiqué. A ce stade, l’organe n’a pas subi de rejet.

Les médecins du patient, un ancien technicien de laboratoire de 58 ans dont la demande d’allogreffe standard a été rejetée à plusieurs reprises, affirment qu’ils mettent à profit les leçons tirées du cas de David Bennett, qui a survécu difficilement à l’hôpital pendant deux mois après avoir reçu le premier cœur de ce type en janvier 2022.

L’évolution clinique de David Bennett, d’abord prometteuse, s’était détériorée après des épisodes répétés d’infection, suivis d’ajustements de son traitement immunosuppresseur et d’autres complications.

On avait également appris, quelques semaines après l’opération de xénogreffe, que le cœur du porc donneur génétiquement modifié avait transmis un cytomégalovirus porcin à l’organisme de David Bennett, bien qu’il n’y ait jamais eu de preuve que le virus ait infecté d’autres organes ou joué un rôle clé dans son décès.

Le nouveau receveur de la xénogreffe, Lawrence Faucette, de Frederick (Maryland), bénéficie de cette expérience, qui a été documentée dans le NEJM .

Lawrence Faucette avait été refusé par l’UMMC « et plusieurs autres grands hôpitaux pratiquant des transplantations en raison de sa maladie vasculaire périphérique préexistante et de complications liées à une hémorragie interne », précise le communiqué de presse de l’UMMC décrivant son intervention.

Le patient « respire actuellement seul et son cœur fonctionne bien sans l’aide d’aucun dispositif de soutien », précise le communiqué.

 

 

Malgré quelques aléas, Lawrence Faucette est « sur la bonne voie », a déclaré Muhammad M. Mohiuddin, chirurgien et directeur du programme de xénotransplantation à l’école de médecine de l’université du Maryland (UMSOM), lors d’une interview.

« Nous prenons les choses au jour le jour. Son système immunitaire est toujours intact, malgré la forte suppression immunitaire », a-t-il déclaré à theheart.org | Medscape Cardiology. Son cœur n’était pas porteur d’un virus et « n’a montré aucun signe de rejet jusqu’à présent ».

L’équipe d’UMSOM, a déclaré le Dr Mohiuddin, « a bon espoir de pouvoir au moins mobiliser le patient et de le faire sortir de l’hôpital. Mais il est encore un peu trop tôt pour se prononcer ».

Dans le cadre de son traitement immunosuppresseur, Faucette reçoit du tegoprubart (Eledon Pharmaceuticals), un anticorps expérimental qui bloque le ligand CD40. Son prédécesseur David Bennett, en revanche, recevait un bloqueur du récepteur CD40 (Kiniksa Pharmaceuticals) ainsi que d’autres immunosuppresseurs plus courants.

Le nouveau bloqueur du ligand anti-CD40, a indiqué Eledon, fait l’objet d’études de phase 1 visant à évaluer son efficacité chez les patients ayant subi une transplantation rénale classique.