Mesurer la rigidité artérielle, grâce à un outil appelé CAVI, pour prédire le risque cardiovasculaire

Nancy, France — D’après une étude menée auprès de 1250 européens, une rigidité artérielle élevée est liée à une augmentation du risque cardiovasculaire. Les auteurs de ces travaux suggèrent d’utiliser la mesure de la rigidité artérielle comme outil de prédiction du risque cardiovasculaire, grâce à un outil appelé CAVI (Cardio Ankle Vascular Index ou Indice vasculaire cardio/cheville)[1]. Magnus Bäck, directeur de recherche Inserm à Nancy et co-auteur de l’étude, la détaille à Medscape.

Rigidité artérielle

Au fur et à mesure du vieillissement, les artères deviennent de plus en plus rigides. Cette perte de souplesse peut être accélérée par des facteurs comme l’hypertension ou le diabète et la littérature scientifique indique qu’elle est associée à un risque cardiovasculaire accru. Néanmoins, l’examen de la rigidité artérielle ne figure pas parmi la liste des pratiques recommandées en clinique actuellement.

En se basant sur ces données, des chercheurs de l’Inserm, de l’Université de Lorraine et du CHRU de Nancy se sont penchés sur l’intérêt d’étudier la rigidité artérielle pour prévenir le risque cardiovasculaire. Pour cela, ils ont suivi 1 250 personnes originaires de 18 pays européens, toutes âgées de plus de 40 ans.

Un indice pour définir la souplesse des artères

Après avoir renseigné leurs antécédents médicaux, elles ont passé un examen physique incluant une évaluation de leur rigidité artérielle grâce à l’outil de mesure CAVI (Cardio Ankle Vascular Index ou Indice vasculaire cardio/cheville). « Pour l’utiliser, la personne examinée est placée sur le dos et on lui pose des brassards autour des deux bras et des deux chevilles » explique Magnus Bäck. « Un microphone est placé au niveau du cœur afin de monitorer ses battements. Nous mesurons les pressions et la vitesse de circulation du sang jusqu’aux bras et aux chevilles et un algorithme calcule ensuite un indice qui permet de définir la souplesse des artères. Plus l’indice est élevé, plus la rigidité des artères est forte », détaille-t-il.

Nous avons observé que chaque augmentation d’un point de l’indice CAVI, soit une hausse d’environ 10 % de la rigidité artérielle, est associée à un risque accru de 25 % de survenue d’un événement CV dans les années suivant la mesure Magnus Bäck

Outil rapide et non invasif

« Cet outil comporte plusieurs avantages : il est facile à utiliser, rapide, non invasif et permet d’obtenir des résultats indépendants de la pression artérielle », ajoute-t-il.

Les personnes étudiées ont ensuite été reçues pour un examen de suivi deux ans après et, pour certaines d’entre elles, jusqu’à 5 ans après la première mesure. « Cela nous permet de voir la progression de la rigidité des artères et de la corréler avec l’état général des personnes », souligne le chercheur. Des événements cardiovasculaires ont été enregistrés chez 129 participants.

« Nous avons observé que chaque augmentation d’un point de l’indice CAVI, qui correspond à une hausse d’environ 10 % de la rigidité artérielle, était associée à un risque accru de 25 % de survenue d’un événement cardiovasculaire dans les années suivant la mesure », explique Magnus Bäck.

L’évolution de la rigidité artérielle était influencée par le vieillissement, mais aussi par une pression artérielle élevée.

« Pour pouvoir utiliser l’indice CAVI en clinique, nous avons déterminé un seuil de rigidité artérielle associé à un risque cardiovasculaire accru. Au-delà de 60 ans, nous avons relevé que le seuil au-delà duquel le risque augmente est de 9,25. Pour des personnes plus jeunes, entre 40 et 60 ans, les événements cardiovasculaires sont moins fréquents. Nous avons aussi pu déterminer un seuil, à 8,3, mais avec moins de sécurité », précise-t-il.

Pour lui, « l’indice CAVI est un outil facile et non invasif pour prédire le risque cardiovasculaire. Notre étude ouvre la voie à son utilisation parmi les outils utilisés en clinique dans la liste des examens recommandés », estime Magnus Bäck. Lors de leur étude, les chercheurs ont également observé des effets des traitements de prévention sur la progression de la rigidité artérielle. « Certains traitements permettraient de la retarder, mais il est trop tôt pour le déterminer avec certitude et des études complémentaires davantage ciblées sur cette question sont nécessaires », conclut-il.

Première transplantation cardiaque réussie après le voyage transatlantique du greffon

Vincent Richeux

30 avril 2024

Paris, France —Une équipe française a pu transplanter un cœur à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, après un transport en avion depuis les Antilles grâce à un nouveau dispositif qui a permis de préserver le greffon pendant 12 heures. Un exploit puisque le délai de préservation pour un cœur avec la méthode conventionnelle est de 4 heures maximum entre le prélèvement et la greffe.

Cette transplantation a été décrite dans une lettre publiée dans le Lancet[1]. Il s’agit de la première à être réalisée dans le cadre de l’étude PEGASE, qui vise à évaluer le dispositif de préservation de la société suédoise Xvivo utilisant une perfusion hypothermique oxygénée. Il est prévu d’effectuer un total de sept transplantations cardiaques en deux ans avec l’aide du dispositif.

« En augmentant la durée de préservation, on s’affranchi des facteurs limitants liés à la distance et au temps de transport. On peut alors envisager de recourir à des greffons actuellement inaccessibles pour des raisons purement logistiques », a commenté le Pr Guillaume Lebreton (service de chirurgie cardiaque, hôpital de la Pitié-Salpêtrière, AP-HP, Paris), auprès de Medscape édition française.

S’il devient possible d’étendre les durées de préservation avec ce type de dispositif, l’organisation de la transplantation cardiaque serait complètement transformée

Assouplir la logistique de la transplantation

En offrant la possibilité d’accéder à davantage de greffons, le dispositif de préservation pourrait aider à faire face à la pénurie d’organes, a ajouté le chirurgien cardiaque, qui a participé à cette première transplantation. « Aujourd’hui en France, on a un greffon cardiaque disponible pour deux candidats receveurs inscrits sur la liste d’attente ».

« S’il devient possible d’étendre les durées de préservation avec ce type de dispositif, l’organisation de la transplantation cardiaque serait complètement transformée. On ne serait plus obligé d’envoyer une équipe en jet privé au milieu de la nuit pour prélever un coeur en urgence à l’autre bout de la France. La logistique actuelle peut s’avérer très couteuse et même dangereuse. »

Cette préservation prolongée ouvre également des perspectives de développement d’une activité de transplantation dans des zones éloignées, comme en Outre-Mer, explique le Pr Lebreton. Actuellement, les patients des Antilles et de Guyane en attente de greffe doivent se rendre dans l’hexagone pour se faire opérer.

Avec la méthode conventionnelle, la préservation des greffons implique l’utilisation d’une glacière (Vitalpack®) dans laquelle l’organe est placé en hypothermie vers 4°C. Entre le prélèvement et la greffe, le délai à ne pas dépasser est de 3 à 4 heures pour un cœur, 6 heures pour un foie, 6 à 8 heures pour un poumon, 24 à 36 heures pour un rein, rappelle l’Agence de la biomédecine.

Un coeur perfusé et maintenu à 8°C

Plusieurs méthodes alternatives ont été testées pour tenter d’augmenter ce délai.    En 2021, nous rapportions l’utilisation par une équipe française du dispositif de perfusion Organ Care System (OCS) de la société américaine TransMedics. Celui-ci permet d’envisager jusqu’à 6 à 10h de conservation pour un coeur grâce à une technologie visant à conserver la physiologie de l’organe.

Dans ce cas, la machine maintient l’activité du greffon cardiaque pendant le transport par une perfusion coronaire de sang à la température du corps à travers des canulations notamment au niveau aortique, ainsi que par une stimulation électrique qui assure un battement cardiaque à la fréquence de 80 pulsations par minute.

Sur le marché depuis presque 20 ans, le dispositif américain est toutefois très couteux puisqu’il faut compter 45 000 euros par greffe. Par ailleurs, « la perfusion en normothermie est plus difficile à gérer », a précisé le Pr Lebreton, qui a eu l’occasion d’utiliser la machine dans son service. Selon lui, il y a notamment un risque de mal perfuser et, le cœur étant maintenu en activité, il peut souffrir d’un manque d’oxygène.

Le nouveau dispositif XVIVO Heart Assist de la société suédoise a un mode de fonctionnement différent. L’organe est également perfusé en continu avec une solution oxygénée, mais sans être activé. Et, pour renforcer sa préservation et réduire les besoins en oxygène, il est placé en hypothermie à une température de 8°C.

Entant donné que la technologie est moins complexe que celle utilisée dans le dispositif américain, son prix, encore non fixé, devrait aussi être beaucoup moins élevé

Supériorité face à la glacière

Alors qu’aucun dispositif de conservation n’a montré sa supériorité par rapport à la méthode conventionnelle en glacière hermétique, une étude randomisée vient de révéler des résultats en faveur de cette nouvelle machine, qui semble mieux protéger la qualité du greffon en comparaison avec la glacière, du moins dans un délai de moins de 4 heures.

Présentés mi-avril lors de l’International Society of Heart and Lung Transplantation meeting (ISHLT) organisé à Prague (République Tchèque), les résultats ont rapporté presque trois fois moins de dysfonction primaire grave du greffon après une transplantation à partir d’un cœur conservé dans le dispositif de transport XVIVO Heart Assist (11% contre 28% avec la glacière).

Après ces résultats positifs, la machine devrait obtenir un marquage CE « d’ici la fin de l’année », a précisé le Pr Lebreton. Elle pourrait être ensuite facilement adoptée en routine compte tenu de l’amélioration apportée. Entant donné que la technologie est moins complexe que celle utilisée dans le dispositif américain, son prix, encore non fixé, devrait aussi être beaucoup moins élevé.

Dans l’étude PEGASE, le Pr Lebreton et ses collègues veulent démontrer que le dispositif peut également préserver plus longtemps le greffon, en fixant un délai de 12 heures maximum. L’étude est menée par l’AP-HP et l’Institut de cardiométabolisme et nutrition (IHU ICAN), en collaboration avec les CHU de Martinique et de Guadeloupe.

Un tournant dans la transplantation cardiaque?

Pour cette première transplantation, le cœur a été prélevé selon les procédures habituelles dans les Antilles françaises chez un homme âgé de 48 ans en état de mort cérébrale après une hémorragie intracérébrale. L’organe a ensuite été placé dans le dispositif XVIVO Heart Assist et mis sous perfusion hypothermique oxygénée. Le coeur a été transporté jusqu’à Paris par un vol commercial d’Air France.

Le receveur est un homme de 70 ans atteint d’une cardiomyopathie ischémique terminale. Après transplantation, le coeur a immédiatement retrouvé une fonction biventriculaire normale. Le patient a été extubé 10 heures après l’intervention et est sorti de l’hôpital 30 jours après avoir reçu le greffon.

Cette transplantation marque dans tous les cas une nouvelle étape dans l’histoire de transplantation cardiaque puisque c’est la première fois que le coeur d’un donneur traverse l’océan Atlantique pour être transplanté avec succès chez un patient, après avoir couvert une distance de 6 750 km.

« Un exploit auparavant impensable », qui pourrait « redéfinir le paysage de la transplantation cardiaque », ont souligné les auteurs dans la lettre.

Nouveau DAI Aurora (EV-ICD) extravasculaire : 1ères implantations françaises à Montpellier

Montpellier, France — Les premières implantations du nouveau système de défibrillation extravasculaire Medtronic Aurora EV-ICD™ — alternative aux défibrillateurs transveineux traditionnels — ont été réalisées par le Dr Nicolas Clémenty et son équipe le 28 février 2024 à la Clinique du Millénaire. Le cardiologue a expliqué lors d’une conférence de presse l’intérêt de ce dispositif innovant.

Anomalies du système de conduction électrique

Environ 40 000 français décèdent d’un arrêt cardiaque chaque année. « En France, seuls 7 % des personnes qui présentent un arrêt cardiaque survivent si aucun geste n’est pratiqué – un taux faible qui vaut aussi en intra-hospitalier », a indiqué en préambule le Dr Clémenty. La plupart des arrêts cardiaques ou morts subites sont dus à une activité rapide et/ou chaotique du cœur, appelé tachycardie ventriculaire (TV) ou fibrillation ventriculaire (FV). Il s’agit d’anomalies du système de conduction électrique du cœur. Conséquence : les organes ne sont plus irrigués et il y a lieu d’intervenir très vite à l’aide d’un défibrillateur afin de resynchroniser le cœur et rétablir une activité électrique normale.

Compromis avantageux

Chez les patients à haut risque, ceux qui ont des antécédents d’infarctus du myocarde ou de cardiomyopathie avec une FEVG < 35 %, le traitement consiste à poser un défibrillateur cardiaque implantable (DAI), lesquels sauvent des vies depuis plus de 30 ans en délivrant un choc électrique ou une stimulation indolore pour arrêter les battements cardiaques rapides ou irréguliers qui mettent la vie du patient en danger. « À titre d’exemple, 15 500 DAI ont été implantés en France en 2023, dont 6 300 avec une resynchronisation cardiaque associée », a précisé le cardiologue.

Il existe différents types de DAI, essentiellement les DAI transveineux – développés dans les années 90 – et les DAI sous-cutanés – mis au point vers 2010 –, avec chacun leurs points forts et leurs points faibles. « Jusqu’à présent, face à un patient à haut risque de mort subite, le cardiologue était dans un compromis permanent, explique le Dr Clémenty.

Est-ce qu’on lui propose un dispositif transveineux classique qui délivre une énergie de 40 joules, soit un dispositif très abouti (longévité de 11 à 13 ans) avec de nombreuses fonctions mais non dénué de risque de complications en cas de ré-intervention, ou bien, chez un patient plus jeune, préférer un dispositif sous-cutané mais en se passant de certaines fonctions, et avec une longévité moindre de l’appareil (7 à 8 ans), plus gros, et qui délivre des chocs plus intenses (80 joules) ? »

Sonde en dehors du cœur et des veines

Pour le Dr Clémenty, « tout l’avantage du nouveau défibrillateur est de combiner les avantages des 2 technologies ». De quoi s’agit-il ? Comme les DAI transveineux conventionnels, le système de défibrillation extravasculaire Aurora EV-ICD est constitué d’un boîtier et d’une sonde (un fil électrique isolé) implantés au cours d’une seule et même procédure.

Son originalité réside dans le fait que la sonde n’est pas positionnée dans le cœur ou le système vasculaire. Le défibrillateur Aurora EV-ICD est implanté sous l’aisselle gauche (dans la région médio-axillaire gauche), et la sonde de défibrillation Epsila EV™ MRI SureScan™ est placée sous le sternum par une approche mini-invasive. Le placement de la sonde en dehors du cœur et des veines vise à éviter les complications à long terme qui peuvent être associées aux sondes transveineuses, telles que l’occlusion des vaisseaux (rétrécissement, obstruction ou compression d’une veine) et les risques d’infections sanguines.

Ce positionnement a un double avantage : délivrer une thérapie de stimulation anti-tachycardique (SAT) et/ou un choc de défibrillation, comme sur défibrillateurs conventionnels transveineux, mais avec un risque de complications nettement moindre en cas de nécessité de réintervention du fait du positionnement extra-veineux de la sonde. Par ailleurs, cette dernière est suffisamment proche du cœur pour ne nécessiter qu’une énergie de 40 joules. À noter que le boîtier a la même taille (33 cc) et la même forme que les DAI conventionnels, avec une longévité prévue allant jusqu’à 11,7 ans.

Étude pivot

Le système EV ICD a été évalué dans le cadre d’une étude pivot mondiale. L’étude clinique prospective, multicentrique, simple bras, non randomisée et préalable à la mise sur le marché, a évalué la sécurité et l’efficacité du système EV ICD de Medtronic pour les patients ayant une indication de classe I ou IIa pour l’implantation d’un DAI.

Ont participé à l’étude EV ICD pivotal 356 patients recrutés dans 46 centres répartis dans 17 pays d’Amérique du Nord, d’Europe, du Moyen-Orient, d’Asie, d’Australie et de Nouvelle-Zélande. Les résultats de l’étude ont été publiés dans The New England Journal of Medicine .

Dans l’étude pivot, le système EV ICD a atteint un taux de succès de défibrillation de 98,7 % et de 70 % concernant la stimulation temporaire de prévention des pauses cardiaques brèves et intermittentes du rythme cardiaque (SAT). Le dispositif a, par ailleurs, satisfait son critère de sécurité en termes d’absence de complications majeures liées au système et/ou à la procédure six mois après l’implantation.

Statut réglementaire

En 2023, Medtronic a reçu le marquage CE (Conformité Européenne) pour le défibrillateur extravasculaire Aurora EV-ICD™ MRI SureScan™ et la sonde de défibrillation Epsila EV™ MRI SureScan™ pour traiter les rythmes cardiaques dangereusement rapides qui peuvent conduire à un arrêt cardiaque. Il a également été approuvé par la FDA en octobre 2023.

Les premières implantations hors étude en France du système Aurora EV-ICD à la Clinique du Millénaire ont été réalisées le 28 février 2024 par le Dr Nicolas Clémenty. Lequel a indiqué que « placer le boîtier sous l’aisselle gauche (dans la région médio-axillaire gauche) est mieux accepté par les patients que la position pectorale » et que ces derniers « sortent de la clinique le lendemain de l’implantation ».

Une tribune alerte sur l’impact de la crise de l’hôpital public sur la transplantation

Stéphanie Lavaud

26 février 2024

France – Dans une tribune en ligne, la Société Francophone de Transplantation (SFT) et des associations de patients* alertent sur les freins à l’activité de prélèvement d’organes et de transplantation en France. La lente reprise post-Covid observée s’inscrit dans un contexte de pénurie de matériels et de personnels et de difficultés logistiques, résultant à la fois de la conjoncture défavorable qui règne actuellement à l’hôpital public et d’un manque de priorisation vis-à-vis de cette activité chirurgicale exceptionnelle.

Des difficultés d’accès aux blocs opératoires

Le 13 février, l’Agence de la Biomédecine a présenté, lors d’une conférence de presse, les résultats des activités nationales de prélèvement d’organes et de transplantation en 2023. Son état des lieux montre qu’en dépit d’une reprise encourageante, « l’activité de transplantation peine à retrouver son niveau d’avant-Covid ».

D’ailleurs, alors que 22 000 patients sont en attente de greffe, 800 sont mortes en 2023, faute d’avoir été greffés. Pour expliquer cette situation, les auteurs de la tribune avancent deux arguments : la greffe est victime des « maux de l’hôpital » et du manque d’application de son statut prioritaire pourtant érigé comme dans le Plan Greffe 2022-2026 du Ministère de la santé.

Plusieurs facteurs freinent le prélèvement et la greffe d’organes, et notamment la greffe rénale réalisée à partir de donneurs vivants. Concrètement, la SFT dénonce des difficultés d’accès aux blocs opératoires – deux sont nécessaires en cas de greffe à partir de donneurs vivants – et regrette que l’activité de greffe soit l’objet « d’arbitrages complexes au sein des CHU » – les seuls à pouvoir réaliser des transplantations d’organes – en dépit de son statut prioritaire.

Autre plainte récurrente à l’hôpital public et qui impacte fortement l’activité de greffe : « un manque criant de personnels soignants », auquel vient s’ajouter « l’absence de fléchage clair des ressources allouées à la greffe ». Conséquence : « des retards majeurs de prise en charge et des pertes de chance pour les patients et les familles ».

La progression inédite du taux d’opposition au don d’organes altère la capacité de croissance des activités de transplantations de notre pays

Un taux d’opposition au don d’organes en hausse

Autre obstacle, et non des moindres à l’activité de greffe : un taux d’opposition en augmentation, qui menace les prélèvements, déplorent les auteurs de la tribune, qui mettent en cause, une fois de plus, le manque de moyens suffisants et de priorisation. Sous-dotées en ressources humaines et matérielles, les équipes de coordination – qui jouent un rôle fondamental dans la sensibilisation, le dialogue avec les familles et l’accompagnement vers le prélèvement – « peinent à effectuer leur mission dans de bonnes conditions », explique la SFT.

De fait, « la progression inédite du taux d’opposition au don d’organes altère la capacité de croissance des activités de transplantations de notre pays ». Celui-ci atteint actuellement 36,1% en France et est en progression de 9,4% selon les derniers chiffres. « Cette hausse de l’opposition doit nécessairement interroger les moyens que la collectivité consent à mettre – ou qu’elle ne met pas – au service de l’information des publics, du recensement des donneurs et du prélèvement au sein des hôpitaux », considère le Pr Lionel Badet, chef de service Urologie et chirurgie de la transplantation à l’hôpital E. Herriot (Lyon) et président de la SFT, dans un communiqué.

Des pistes d’amélioration concrètes

Face à ces problématiques, la SFT propose des pistes d’amélioration concrètes, à mettre en œuvre sans attendre, à savoir :

  • Prioriser de façon concertée les activités de prélèvement et de transplantation au sein des établissements et sanctuariser des temps opératoires dédiés à l’activité de transplantation à partir de donneurs vivants ;
  • Renforcer les équipes de coordination et l’attractivité pour l’ensemble de la filière, notamment les jeunes professionnels de santé ;
  • Soutenir activement l’ensemble de la communauté médicale et chirurgicale participant à la filière greffe, de l’accès et de l’inscription à la liste d’attente, jusqu’à l’organisation du suivi après transplantation ;
  • Veiller à redistribuer une partie des financements dédiés aux équipes de greffe et de coordination du prélèvement, afin de renforcer les ressources humaines et l’accès aux plateaux techniques.

En conclusion, les signataires de la tribune se disent « tous ensemble mobilisés pour faire face aux défis humains, médicaux, techniques et logistiques propres à la transplantation d’organes » tout en reconnaissant que « sans garanties concrètes de nos tutelles et sans les moyens nécessaires, cette « priorité nationale » – et les patients qui en dépendent – continueront de faire les frais d’une politique de santé publique qui tourne le dos à ses engagements ».

« Il ne doit y avoir ni fatalité, ni résignation, indique le Pr Badet. Tous les leviers disponibles doivent être actionnés avec les directions hospitalières, les soignants et les patients, pour favoriser l’adhésion aux objectifs du plan Greffe 2022-2026, et soutenir le travail des coordinations hospitalières de prélèvement et des équipes de transplantation ».

*Signataires : Société Francophone de Transplantation (SFT), Société Française de Médecine de Prélèvements d’Organes et de tissus (SFMPOT), Société Francophone de Néphrologie Dialyse et Transplantation (SFNDT), Association Française d’Urologie (AFU), Fédération des Associations pour le Don d’Organes et de Tissus humains (France ADOT), Greffes+ (La Fondation Greffe De Vie, Fédération France Greffes Cœur Poumons, France Rein, Transhépate, Vaincre la Mucoviscidose, Association Grégory Lemarchal, AFFDO- l’Association Française des Familles pour le Don d’Organes, Maryse ! pour la vie), Renaloo, Trans-Forme.

Corgard® : allègement des restrictions de délivrance

Paris, France – À compter du 18 janvier 2024, au vu des stocks actuels, la délivrance de Corgard® (nadolol) n’est plus contingentée. Ce bêta-bloquant peut désormais être prescrit et dispensé selon le circuit habituel, indique l’agence de sécurité de médicament (ANSM).

Allègement des restrictions de délivrance

Corgard® (nadolol) est un bêta-bloquant non sélectif indiqué dans l’hypertension artérielle, la prophylaxie des crises d’angor d’effort, les signes fonctionnels des cardiomyopathies obstructives, le traitement de certains troubles du rythme supraventriculaires (tachycardies, flutters et fibrillations auriculaires, tachycardies jonctionnelles) ou ventriculaires (extrasystolies ventriculaires, tachycardies ventriculaires) et les manifestations cardiovasculaires des hyperthyroïdies.

Face à de fortes tensions d’approvisionnement en Corgard®, un protocole strict de délivrance a été mis en place le 30 octobre 2023 afin de réserver ce traitement aux patients atteints de troubles du rythme d’origine génétique (syndrome du QT long congénital et tachycardie ventriculaire polymorphe catécholaminergique), chez lesquels ce médicament ne peut être ni substitué, ni arrêté sans risque vital. Au vu des stocks actuels, cette restriction vient d’être allégée le 18 janvier 2024 : Corgard® peut désormais être prescrit et dispensé pour prévenir tous les troubles du rythme ventriculaire. En revanche, il est recommandé de maintenir le traitement alternatif dans les autres indications tant que des tensions d’approvisionnement en Corgard® persistent, a priori au moins jusqu’au mois de mars. D’ici là, la quantité de boîtes de médicaments distribuées en ville restera étroitement surveillée, tandis que la distribution à l’hôpital ne fait l’objet d’aucune restriction.

Une simple ordonnance suffit

La dispensation de Corgard® ne nécessite plus d’ordonnance d’un centre de référence ou de compétence maladies rares spécialisé dans les troubles du rythme cardiaque héréditaires ou rares : la présentation d’une simple ordonnance suffit. Les pharmaciens peuvent le commander auprès de leur grossiste-répartiteur habituel.

Que faire des patients sous traitement alternatif ?

La situation de chaque patient est à réévaluer au cas par cas. Si le traitement alternatif qui a été prescrit depuis fin octobre convient, il peut être maintenu. Dans les autres cas, une reprise immédiate de Corgard® peut être décidée. Pour rappel, selon les recommandations en vigueur, Corgard® n’est pas le traitement de première intention dans les indications autres que celles des troubles du rythme ventriculaire.

Nouvelles recommandations américaines sur la fibrillation atriale : place à la prévention

Vincent Richeux

22 décembre 2023

Washington, Etats-Unis — Les recommandations américaines sur le diagnostic et la prise en charge de la fibrillation atriale ont été mises à jour. La classification de l’arythmie cardiaque y est redéfinie en distinguant pour la première fois quatre stades, dont deux stades pré-arythmiques, qui mettent en avant le rôle majeur des facteurs de risque et de la prévention primaire.
Autre nouveauté : la place de l’ablation par cathéter comme traitement de première ligne en cas de contrôle du rythme est nettement renforcée. Pour aider les praticiens à choisir l’ablation en première intention dans le contrôle du rythme sinusal selon le profil des patients, les experts ont mis à disposition un outil spécifique accessible en ligne précisant pour chaque cas le niveau de recommandation de l’ablation.
Publiées dans le Journal of the American College of Cardiology et Circulation, ces recommandations ont été émises par l’American College of Cardiology (ACC), l’American Heart Association (AHA), l’American College of Chest Physicians (ACCP) et la Heart Rhythm Society (HRS). Elles font suite à la présente version de 2019 et aux recommandations européennes de l’European Society of Cardiology (ESC) de 2020.
Dans ce document, les auteurs présentent une nouvelle classification de la FA qui ne tient plus seulement compte de la durée de l’arythmie, mais inclus également les facteurs de risque. Les quatre stades définis sont les suivants :

Stade1 ,(Risque de FA) : présence de facteurs de risque (âge, hypertension artérielle, surpoids, apnée du sommeil, diabète de type 2…) ;

Stade 2, (Pré-FA): mise en évidence de résultats cliniques évoquant des anomalies sur le plan anatomique (dilatation des oreillettes…) ou électrique qui prédisposent à une FA;

Stade 3, (FA): diagnostic de FA de type paroxystique, avec des épisodes d’arythmie intermittents (stade 3A), persistante lorsque les épisodes durent plus d’une semaine (stade 3B), persistante de longue durée lorsque la durée dépasse un an malgré une stratégie de contrôle du rythme (stade 3C) ou contrôlée après ablation (stade 3D);

Stade 4 (FA permanente): les arythmies durent plus d’un an et sont résistantes à toute intervention thérapeutique de contrôle du rythme.
Selon les auteurs, cette classification amène à percevoir la FA dans sa continuité, « ce qui implique de recourir à chaque étape à diverses stratégies en utilisant la prévention, la modification du mode de vie et des facteurs de risque, le dépistage et le traitement ».
Ces recommandations soulignent ainsi « la nécessité de modifier le mode de vie et les facteurs de risque, en plus du traitement médical ».

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Rétrécissements aortiques calcifiés : résultats encourageants avec une thérapie non invasive par ultrasons

Anne-Gaëlle Moulun

19 décembre 2023

France — Des chercheurs français ont mis au point une thérapie par ultrasons non invasive pour traiter certains patients atteints de sténose aortique. Dans une petite étude parue dans The Lancet, ils montrent son efficacité[1]. Le Pr Emmanuel Messas, cardiologue et co-fondateur de la start-up Cardiawave, qui a développé le dispositif, en explique le principe à Medscape.

Le rétrécissement aortique calcifié (RAC) touche environ 5 millions de patients en Europe et 5 millions aux États-Unis. « La valve aortique est une porte entre le cœur et l’organisme. Avec l’âge, elle peut se calcifier et la surface d’ouverture de la valve se rétrécit. La surface habituelle est de 2 à 3 cm² et on observe un rétrécissement sévère quand c’est inférieur à 1 cm². Dans ce cas il faut généralement opérer, car il y a un risque d’insuffisance cardiaque ou de mort subite », explique le Pr Emmanuel Messas, cardiologue à l’hôpital Européen Georges Pompidou et co-fondateur de la start-up Cardiawave.

Pendant des années, le traitement était un remplacement de la valve par chirurgie cardiaque avec circulation extracorporelle. Une valve biologique ou mécanique était insérée à la place de la valve défectueuse.

Puis, le Pr Alain Cribier, cardiologue au CHU de Rouen, a développé en 2002 le TAVI (remplacement aortique par voie percutanée), qui a permis de remplacer la valve par voie interventionnelle, en passant par les artères, donc sans ouvrir le cœur, ce qui a permis de diminuer les risques.

« Mais dans ces deux cas, on remplace la valve. Or, 10 à 20 % des patients ont des contre-indications à ces interventions. Notre but a donc été de trouver une alternative pour ces personnes », raconte le Pr Messas.

Une spin-off de l’hôpital Européen Georges Pompidou et du laboratoire Physique pour la médecine Paris a été créée afin de développer cette solution : la thérapie non invasive par ultrasons.

« Nous préservons la valve native, mais nous améliorons sa fonction d’ouverture en envoyant des ultrasons avec un dispositif qui s’applique sur le thorax. C’est réalisé avec une échographie qui permet un guidage en temps réel. Les ultrasons créent un phénomène de cavitation. Ils produisent des bulles qui en oscillant créent des ondes de choc et provoquent des micro-fractures sur le calcium de la valve. Cela la ramollit et lui permet de mieux s’ouvrir », détaille-t-il.

Nous préservons la valve native, mais nous améliorons sa fonction d’ouverture en envoyant des ultrasons avec un dispositif qui s’applique sur le thorax

« C’est une technique assez simple à réaliser. Il suffit de mettre le dispositif sur le thorax, de bien le positionner et de lancer les ultrasons. Elle nécessite sept séances de 10 minutes, ce qui, avec le temps d’installation, porte le temps d’intervention à environ deux heures », décrit-il. « Les limites de la technique sont de deux ordres : parfois nous ne voyons pas suffisamment bien avec l’échographie et parfois la valve est trop calcifiée et nous ne parvenons pas à la traiter ».

Amélioration de la surface d’ouverture de 10 à 15 %

Dans une étude publiée dans The Lancet, 40 patients ont été traités par cette technique en France, Hollande et Serbie. « Nous avions des patients très graves, qui avaient une moyenne d’âge de 83 à 84 ans. Ils avaient une surface d’ouverture autour de 0,5 cm². Il s’agissait de patients compassionnels, pour qui aucune autre technique ne pouvait être utilisée. Nous avons obtenu une amélioration de la surface d’ouverture de 10 à 15 %, ce qui suffit pour améliorer les symptômes », développe le Pr Messas. Les patients traités ont déclaré une amélioration de leur qualité de vie et une baisse de l’essoufflement à l’effort. A 6 mois, les chercheurs ont observé une amélioration de la surface d’ouverture valvulaire de 0,1 cm². « Nous avons modifié l’histoire naturelle de la maladie, car d’habitude cela diminue de 0,1 cm² par an », se félicite le Pr Messas. Depuis la publication, 60 patients supplémentaires ont été traités en France, Hollande et Allemagne.

Nous avons obtenu une amélioration de la surface d’ouverture de 10 à 15 %, ce qui suffit pour améliorer les symptômes

« L’avancée qu’apporte cette technique, c’est que nous préservons la valve native du patient et nous la réparons de façon non invasive », estime le cardiologue.

Les prochaines étapes sont d’obtenir un marquage CE et de lancer une early faisability study aux Etats-Unis. Les indications pourraient inclure non seulement les patients qui ont des contre-indications à la chirurgie, mais aussi ceux qui ont une valve trop calcifiée et qui pourraient bénéficier d’abord d’un traitement par ultrasons puis d’un TAVI. Ce nouveau traitement pourrait aussi être proposé à des patients jeunes, afin de reculer le plus possible la chirurgie interventionnelle.

Le Pr Messas estime le nombre de bénéficiaires potentiels à environ 1 million de patients et Europe et 1 million aux États-Unis.

 

Consommation de cannabis : un risque de maladies cardiaques et d’AVC

 

Marlene Busko

5 décembre 2023

États-Unis – La consommation de cannabis est associée à un risque accru de maladies cardiaques et d’AVC, selon deux études présentées lors des sessions scientifiques du congrès 2023 de l’American Heart Association (AHA).

La consommation quotidienne de marijuana est liée à un surrisque de 34 % d’insuffisance cardiaque dans les quatre ans, par rapport à la non-consommation, selon une nouvelle étude d’observation. Alors que dans une autre étude, les troubles liés à la consommation de cannabis ont été associés à un risque accru de 20 % d’événements cardiaques et cérébraux indésirables majeurs (ECCM) au cours d’une hospitalisation chez des patients plus âgés présentant un risque cardiovasculaire et qui ne fumaient pas de tabac.

Les chercheurs soulignent qu’il s’agit de données d’observation et qu’elles ne peuvent donc montrer qu’une association et non un lien de cause à effet, mais qu’elles s’appuient sur d’autres résultats récents.

Malgré les limites de l’étude, « s’agit-il d’un signal ? Absolument », a déclaré le Pr Robert L. Page II, docteur en pharmacie, dans un entretien avec theheart.org | Medscape Cardiology*.

*Le Pr Page est professeur à la Skaggs School of Pharmacy and Pharmaceutical Sciences de l’Université du Colorado (États-Unis) et a présidé le groupe de rédaction de la déclaration scientifique 2020 de l’AHA : « Medical Marijuana, Recreational Cannabis, and Cardiovascular Health ». Il n’a participé à aucune des deux études en cours.

Consommation de marijuana et risque d’insuffisance cardiaque

La consommation de marijuana aux États-Unis a augmenté de façon exponentielle avec la légalisation croissante au niveau des états, mais son effet sur la santé cardiovasculaire n’est pas clair, écrivent les auteurs de la première étude, les Drs Yakubu Bene-Alhasan et coll (Baltimore, Etats-Unis).

Dans leur travail, les chercheurs ont évalué l’association entre la consommation de marijuana et le risque d’insuffisance cardiaque par rapport à des non-consommateurs. Ils se sont appuyés sur les données d’enquête et les dossiers médicaux des participants au programme de recherche All of Us parrainé par les National Institutes of Health.

Ils ont identifié 156 999 adultes âgés de 18 ans ou plus qui n’avaient pas reçu de diagnostic d’insuffisance cardiaque au départ. L’âge moyen des participants était de 54 ans et 61 % d’entre eux étaient des femmes.

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Un nouveau prototype de pacemaker se recharge partiellement à partir des battements du cœur

Marlene Busko

22 novembre 2023

Etats-Unis — Un prototype de stimulateur cardiaque sans fil qui convertit les oscillations du cœur en tension a généré 10,9 % de l’énergie nécessaire pour stimuler un battement de cœur lors d’une expérience en laboratoire.

Si la quantité d’énergie « récoltée » réussie à être augmentée pour mieux alimenter la batterie du stimulateur cardiaque et si le dispositif s’avère sûr et efficace chez l’homme, une future version de ce dispositif pourrait offrir les avantages d’un stimulateur cardiaque sans fil sans les difficultés potentielles liées au remplacement de la batterie.

Le Dr Babak Nazer, professeur agrégé de médecine à l’université de Washington à Seattle, a présenté les résultats de ce dispositif expérimental lors des sessions scientifiques 2023 de l’ American Heart Association (AHA).

« Nous disposons d’un prototype de première génération capable de recueillir 10 % de l’énergie nécessaire pour alimenter le prochain battement de cœur et nous continuons à améliorer de nombreux éléments de notre dispositif – matériau, forme et assemblage – afin d’atteindre au moins 20 % d’efficacité avant de commencer à nouer des relations sérieuses avec des sociétés de dispositifs médicaux existantes », a résumé le Dr Nazer dans une interview accordée à theheart.org | Medscape Cardiology.

L’équipe est impatiente de connaître les réactions des médecins, des chercheurs et des partenaires potentiels des entreprises de dispositifs médicaux, a-t-il ajouté, concernant la quantité d’énergie récoltée et l’économie de la durée de vie de la batterie qu’ils souhaiteraient voir.

« C’est une idée intelligente et intéressante, car lorsque le cœur se contracte, il produit de l’énergie mécanique qui peut être transformée en énergie électrique pour alimenter le stimulateur cardiaque », a déclaré le Dr Kenneth A. Ellenbogen, qui n’a pas participé à cette recherche, à theheart.org | Medscape Cardiology.

Le Dr Ellenbogen, professeur de cardiologie à la faculté de médecine VCU de Richmond, en Virginie, est l’un des coauteurs des recommandations 2018 de l’ACC/AHA/HRS sur l’évaluation et la prise en charge des patients souffrant de bradycardie et d’un retard de conduction cardiaque.

« Il s’agit d’une preuve de concept incroyablement intéressante », a-t-il déclaré, « mais elle ne remplacera en aucun cas le stimulateur cardiaque actuel alimenté par une pile », pour l’instant.

Les piles au lithium actuellement utilisées dans les deux stimulateurs cardiaques sans plomb approuvés « sont en fait très efficaces et peuvent durer 15 ans chez certains patients », a-t-il fait remarquer. Et le prototype utilisé dans l’étude actuelle ne génère qu’environ 10 % de l’énergie électrique nécessaire à un stimulateur cardiaque.

Néanmoins, cette ligne de recherche « a le potentiel, à l’avenir, de réduire considérablement la taille du stimulateur cardiaque sans fil, ou de prolonger considérablement la longévité de la batterie », a-t-il spéculé.

« Nous avons encore un long chemin à parcourir », a concédé le Dr Nazer. L’étude n’a pas pris en compte l’énergie nécessaire à un stimulateur cardiaque pour surveiller le rythme cardiaque et communiquer les résultats au stimulateur. En outre, il n’est pas certain que le dispositif soit sûr et efficace chez l’homme.

Je ne pense pas que nous deviendrons un jour une « machine à mouvement perpétuel », a-t-il déclaré. Le ventricule gauche n’est tout simplement pas aussi efficace et le ventricule droit n’exerce pas une pression aussi forte, en général. « La quantité [d’énergie] que nous devons récolter est une question qui relève du partenaire stratégique ultime et d’une analyse économique », a-t-il déclaré.

« Nous avons des idées de dispositifs de génération 2 pour y parvenir », a ajouté le Dr Nazer. Les travaux futurs se concentreront sur l’amélioration de la collecte d’énergie par la sélection des matériaux, la structure des dispositifs et la conception des circuits.

« Nous espérons prolonger encore la durée de vie de la batterie et élargir l’accès de ce produit aux jeunes patients, qui, nous l’espérons, nécessiteront moins d’implants au cours de leur vie », a-t-il déclaré dans un communiqué de presse de l’AHA.

Stimulateur cardiaque sans fil à récupération d’énergie

En juillet 2023, la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis a approuvé le premier système de stimulation sans fil à double chambre, l’AVEIR DR d’Abbott, et en 2020, le stimulateur sans fil Micra AV de Medtronic.

Selon le Dr Nazer, un stimulateur sans sonde présente plusieurs avantages par rapport à un stimulateur transveineux classique, notamment un taux d’infection pratiquement nul. Le dispositif n’obstrue aucun vaisseau sanguin et il n’y a pas de problème de sonde.

Les inconvénients sont que la batterie ne peut pas être remplacée aussi facilement que celle d’un stimulateur transveineux. Le retrait d’un stimulateur sans fil, qui se trouve à l’intérieur du cœur, peut s’avérer difficile, de sorte qu’il peut être nécessaire d’implanter de nouveaux stimulateurs à côté des précédents qui ont perdu la charge de leur batterie.

La durée de vie limitée de la batterie et les difficultés de récupération du dispositif à l’intérieur du cœur, après une longue période, limitent l’utilisation des stimulateurs cardiaques sans plomb chez les jeunes patients, a déclaré le Dr Nazer. Les batteries actuelles ne peuvent pas être rechargées et ont une durée de vie estimée à 7-12 ans.

L’équipe de scientifiques a cherché à prolonger la durée de vie de la batterie d’un stimulateur cardiaque sans plomb en récoltant l’énergie des fluctuations de la pression ventriculaire droite à l’aide d’un boîtier composé de matériaux piézoélectriques biocompatibles, « qui peuvent transformer la pression en tension et donc recharger la batterie », écrivent les auteurs.

Ils ont conçu trois prototypes de taille similaire à celle des stimulateurs cardiaques sans plomb actuellement disponibles dans le commerce, qui font environ un tiers de la taille d’une pile AAA.

Ils ont placé les dispositifs dans un simulateur de pression cardiaque pour tester leur tension de sortie en réponse à des pressions oscillantes simulant celles du ventricule droit à une fréquence cardiaque de 60 battements/min. Le meilleur prototype a récolté environ 10 % de l’énergie nécessaire pour rythmer un battement de cœur.