PARIS — Si la pratique d’une activité physique est recommandée chez les patients avec cardiopathie porteurs d’un pacemaker ou d’un défibrillateur automatique implantable (DAI), elle implique de bien choisir le dispositif et de savoir le programmer pour prévenir les chocs inappropriés, a rappelé le Dr Christophe Vô (Clinique universitaire Saint-Luc, Bruxelles, Belgique), lors des Journées européennes de la Société française de cardiologie (JESFC 2026).
« On commence à prendre en compte l’activité physique du patient dans la prise de décision concernant l’implantation d’un stimulateur cardiaque. On s’interroge sur le type de pacemaker ou de défibrillateur à implanter selon le sport pratiqué, sur le meilleur endroit pour l’implanter. Chez un patient gaucher par exemple, on va éviter de l’installer du côté gauche », a commenté le cardiologue.
Afin de choisir le dispositif le plus adapté, « il faut évaluer les habitudes sportives ou les attentes des plus jeunes en termes d’activité physique », avant même l’implantation d’un DAI ou d’un pacemaker. Certains stimulateurs sont, par exemple, équipés d’algorithmes et de capteurs qui détectent mieux les changements de fréquence cardiaque liées à une activité physique.
Optimiser la réponse à l’effort
La programmation doit être effectuée, en tenant compte de l’activité physique pratiquée, mais aussi de la cardiopathie sous-jacente, après évaluation du risque d’arythmie à l’aide notamment d’un électrocardiogramme et d’un test d’effort. « Il convient d’optimiser la réponse [du dispositif] à l’effort, mais aussi les limites des fréquences de suivi et de bien déterminer les zones de détection des arythmies ».
Avec cette personnalisation de la programmation, « il est important de déterminer la fréquence maximale que le patient peut atteindre et de l’en informer, en lui disant que s’il dépasse cette fréquence, il risque de rentrer dans la zone de détection des arythmies » et d’avoir en conséquence une stimulation du dispositif.
La cardiopathie congénitale de l’adulte (ACHD) est l’anomalie congénitale la plus fréquente. Alors que les décès survenaient autrefois de manière précoce, plus de 80% des enfants atteignent désormais l’âge adulte. « Il s’agit d’une population jeune qui peut être à la recherche d’une activité physique régulière, voire même de compétition », a souligné le Dr Vô.
Chez ces patients, le bénéfice de l’activité physique est largement démontré, « tant sur le plan physiologique que psychologique ». En plus d’améliorer l’estime de soi et de favoriser le lien social, « le sport diminue le risque de déconditionnement physique, augmente la capacité fonctionnelle et même le débit cardiaque dans certaines cardiopathies ».
Cependant, dans cette population à plus haut risque d’arythmie, près de 10% sont porteurs d’un DAI ou d’un pacemaker. « Le risque de bradyarythmie ou de tachyarythmie dépend de la cardiopathie. Dans l’ensemble, plus la cardiopathie est complexe, plus le risque d’arythmie est important ».
Si un pacemaker avec accéléromètre est idéal pour une activité comme la course ou la randonnée, il n’est pas adapté à la pratique du cyclisme.
Détecteur d’activité physique
Dès lors, comment adapter la pratique sportive et le dispositif implanté ? Tout dépend du type de stimulation. Par exemple, en cas de blocage auriculo ventriculaire, le rôle du dispositif est de stimuler le ventricule après la stimulation auriculaire. Lors d’une activité physique, le stimulateur doit transmettre des fréquences plus élevées. Or, le dispositif est programmé par défaut avec des fréquences basses, explique le spécialiste.
« Chez les patients avec un bloc auriculo-ventriculaire, il faut des connaissances en termes de programmation » afin d’adapter le pacemaker à l’activité physique avant implantation. En fonction notamment de l’âge et du sport pratiqué, il peut être nécessaire d’atteindre 160 à 180 battements/min, en particulier chez les plus jeunes. Seuls certains modèles peuvent aller au-delà de 180 battements/min.
Pour que le stimulateur soit capable de transmettre des fréquences élevées, il faut également réduire la période entre la perception de la stimulation auriculaire et celle la stimulation ventriculaire, ainsi que la période réfractaire. Si ce n’est pas pris en compte, les fréquences élevées peuvent conduire le stimulateur à générer un bloc 2:1, soit une division soudaine par deux de la fréquence ventriculaire sous un effort important.
Autre exemple: en cas de dysfonction sinusale, le choix du pacemaker dépend du capteur intégré qui permet d’augmenter la fréquence cardiaque en fonction de l’effort détecté. Le plus souvent, il s’agit d’un capteur de mouvement (accéléromètre) qui mesure l’accélération du haut du corps. D’autres stimulateurs peuvent estimer l’effort en analysant la respiration ou la contraction cardiaque.
Il est recommandé attendre six semaines après l’implantation avant de pratiquer un sport.
Evaluer le risque d’arythmie
« Ces capteurs sont en général mal adaptés aux exercices statiques ou aux sports intermittents qui passent d’une activité statique à une activité plus physique ». Si un pacemaker avec accéléromètre est idéal pour une activité comme la course ou la randonnée, il n’est pas adapté à la pratique du cyclisme par exemple.
Sur un vélo ou en cas d’activité statique, il est recommandé aux patients porteurs d’un pacemaker équipé d’un capteur de mouvement d’agiter le haut du corps pour activer le dispositif, a indiqué le Dr Gilles Bosser (CHU de Nancy), en fin de présentation, lors d’un échange avec le public. Le conseil s’applique également avant un effort important.
Seuls les dispositifs de Biotronik sont équipés de capteurs évaluant les variations d’impédance après contraction du myocarde pour adapter la fréquence cardiaque. Dans la dysfonction sinusale, « c’est probablement la stimulation la plus physiologique ». Le dispositif peut ainsi détecter plus facilement une activité statique.
A l’exception des sports de combat, tous les sports peuvent être pratiqués.
Avec un défibrillateur, il peut y avoir un risque de stimulation inappropriée si les zones de détection de fréquence ont été mal déterminées. « On peut avoir des chocs inappropriés alors que le patient est en train d’avoir une activité physique augmentant la fréquence cardiaque jusqu’à la zone de détection. »
Dans ce contexte, l’épreuve d’effort est importante pour évaluer la réaction du dispositif. « Il permet aussi de déterminer les zones de détection des arythmies induisant une défibrillation ou les zones de période réfractaire qui provoquent un bloc 2:1 par un pacemaker ».
Les sports de combat à éviter
Le risque d’arythmie dépend également du type de cardiopathie, ainsi que des interventions chirurgicales « qui augmentent plus ou moins le risque d’arythmie ventriculaires en fonction notamment des cicatrices ». Certaines arythmies peuvent aussi être liées à des complications chirurgicales, comme des lésions coronaires.
Pour déterminer ce risque et adapter le dispositif cardiaque en conséquence, il convient alors de s’appuyer sur le test d’effort, ainsi que sur l’électrocardiogramme, mais aussi sur le Holter et l’étude électrophysiologique pour enregistrer l’activité du cœur en continu. « Il ne faut pas hésiter à utiliser ces outils pour déterminer le risque d’arythmie ».
Enfin, l’emplacement du dispositif a son importance. Si le patient souhaite pratiquer un sport unilatéral, comme le tennis ou le badminton, il convient d’implanter le stimulateur du côté non sollicité. En cas de sport de contact, il peut être également utile de porter un coussinet au niveau de l’appareil pour le protéger.
Pour rappel, il est recommandé attendre six semaines après l’implantation avant de pratiquer un sport, a souligné le cardiologue. A l’exception des sports de combat, tous les sports peuvent être pratiqués.