Insuffisance cardiaque : une application suffit-elle à changer les comportements ?

Dans l’insuffisance cardiaque, l’application MonCœur n’améliore ni l’implication des patients ni leur qualité de vie à six mois. Une utilisation trop irrégulière ne permet cependant pas de juger l’efficacité réelle.

Les applications de suivi pour l’insuffisance cardiaque sont de plus en plus nombreuses, mais leur impact réel reste incertain. L’application MonCœur, développée par la Société française de cardiologie, regroupe les outils habituellement proposés : rappels de traitement, suivi du poids et de la tension artérielle, alertes et messages d’éducation thérapeutique. L’essai APPLIMONCOEUR a évalué si cet accompagnement numérique pouvait améliorer la prise en charge des patients.

Un essai randomisé dans douze centres français

L’étude a été menée dans douze centres français. Au total, 123 patients (âge moyen de 55 ans, 84 % d’hommes) présentant une insuffisance cardiaque à fraction d’éjection du ventricule gauche (FEVG) ≤ 40 % ont été analysés. Ils avaient été hospitalisés pour une décompensation récente ou pour une insuffisance cardiaque nouvellement diagnostiquée. Les participants ont été répartis entre un groupe recevant les soins usuels et un groupe recevant les soins usuels associés à l’application.

Le critère principal était l’évolution à six mois du self-care, c’est-à-dire l’implication du patient dans sa propre prise en charge évaluée par l’échelle EHFScB. Les éléments évalués par cette échelle sont les suivants : pesée quotidienne, restriction hydrosodée, observance, recours au soignant en cas de prise de poids, de dyspnée, d’œdèmes ou de fatigue. Sur ce critère, aucune différence n’a été observée : le self-care s’est amélioré de façon comparable dans les deux groupes, sur le plan statistique (−4,6 points dans le groupe application contre −0,9 point dans le groupe soins usuels ; p = 0,23). Même constat pour la qualité de vie (p = 0,87) et l’observance (p = 0,12). L’activité physique progresse aussi dans les deux groupes sans différence à six mois, mais un bénéfice en faveur de l’application émerge à douze mois.

Une efficacité limitée par une utilisation inégale de l’application

Avant de conclure que l’application est inefficace, il faut regarder de plus près son utilisation. Seuls 42 % des patients du groupe d’intervention l’ont utilisée de manière régulière. Dans ces conditions, il est difficile de savoir si l’outil manque réellement d’efficacité ou s’il n’a pas été suffisamment utilisé pour produire un effet. L’étude souffre aussi d’un manque de puissance. Les investigateurs prévoyaient d’inclure 300 patients, mais seulement 123 ont finalement été randomisés. La population étudiée était par ailleurs relativement jeune et très majoritairement masculine, ce qui limite la généralisation des résultats à l’ensemble des patients atteints d’insuffisance cardiaque.

La conclusion de ce travail est qu’une application ne remplace pas le contact humain. Les programmes de télésurveillance efficaces reposaient sur l’intervention régulière d’un soignant, souvent une infirmière, et non sur de simples rappels automatiques. Il faudra, par la suite, évaluer si l’application MonCœur pourrait trouver son utilité au sein d’un parcours structuré associé à un suivi humain.

Insuffisance cardiaque : vers une réhabilitation de la digoxine ?

Trois nouvelles études présentées par des chercheurs de l’Université de Groningue (Pays-Bas) lors d’une session « Late-Breaking Science » au congrès Heart Failure 2026 relancent l’intérêt pour des molécules utilisées depuis plus de deux siècles en cardiologie, les digitaliques, dans l’insuffisance cardiaque (IC). Explications.

Digoxine et IC : « je t’aime, moi non plus »

Faut-il encore utiliser la digoxine dans l’insuffisance cardiaque ?, interrogeait Medscape en 2013. Plus de vingt ans après la publication de l’étude DIG qui a marqué le début de la controverse, la question de l’intérêt de ce médicament – probablement le plus ancien en médecine cardiovasculaire – dans l’IC est toujours d’actualité.

Publiée en 1997, l’étude observationnelle DIG (Digitalis Intervention Group) montrait une réduction de 30 % des hospitalisations dans l’IC, sans toutefois réduire la mortalité. S’en est suivie, en 2016, une méta-analysedans laquelle la digoxine apparaissait associée à un sur-risque de mortalité..

Résultat : face à ces résultats discordants, le doute s’installe quant à la dangerosité potentielle de la molécule et les prescriptions de digoxine chez les patients insuffisants cardiaques hospitalisés s’effondrent, notamment aux États-Unis. En l’absence d’essais randomisés, la digoxine est finalement reléguée au second plan, et ce d’autant que des nouveaux médicaments comme les bêta‑bloquants, les antagonistes de l’aldostérone et les ARNIs, sont arrivés entre temps sur le marché.

Pour autant, des chercheurs qui continuent à croire au potentiel des glycosides digitaliques, ont relancé des études chez des patients atteints d’insuffisance cardiaque (IC) et présentant une fraction d’éjection ventriculaire gauche réduite ou modérément réduite (IC(m)rEF), et les résultats qui viennent d’être divulgués, semblent leur donner raison d’avoir persévéré.

Essai randomisé en double aveugle

Parmi ces nouvelles données, l’essai DECISION a été mené « afin de déterminer si la digoxine à faible dose avait des effets positifs sur les résultats cardiovasculaires chez les patients atteints d’IC(m)rEF recevant les traitements préconisés par les recommandations actuelles », explique le chercheur principal, le Pr Dirk van Veldhuisen (Groningue, Pays-Bas).

Mis en place dans 43 sites aux Pays-Bas (NCT03783429), DECISION a inclus des patients présentant une IC(m)rEF symptomatique légère à modérée (fraction d’éjection ventriculaire gauche < 50 %), lesquels ont été randomisés pour recevoir une faible dose de digoxine ou un placebo, avec une concentration sérique cible de digoxine de 0,5 à 0,9 ng/ml. Des patients présentant un rythme sinusal et d’autres souffrant de fibrillation auriculaire ont été inclus.

Le critère d’évaluation principal était un composite comprenant l’ensemble des événements d’aggravation de l’insuffisance cardiaque (définis comme le nombre total d’hospitalisations ou de consultations urgentes pour aggravation de l’insuffisance cardiaque) et la mortalité cardiovasculaire. Au total, 1 001 patients ont été randomisés. L’âge moyen des participants était de 73 ans, 28 % étaient des femmes et 29 % présentaient une fibrillation auriculaire.

Bien que non statistiquement significatif, le nombre d’événements d’aggravation de l’IC était plus faible dans le groupe digoxine.

Les résultats montrent que la digoxine à faible dose n’a pas réduit de manière significative le critère d’évaluation principal. Au cours d’un suivi médian de 36,5 mois, 238 événements correspondant au critère d’évaluation principal sont survenus chez 131 des 500 patients du groupe digoxine, tandis que 291 événements correspondant au critère d’évaluation principal sont survenus chez 152 des 501 patients du groupe placebo (rapport des taux [RR] 0,81 ; intervalle de confiance [IC] à 95 % : 0,61 à 1,07 ; p = 0,133).

Mais, bien que cela ne soit pas statistiquement significatif, le nombre total d’événements d’aggravation de l’insuffisance cardiaque était plus faible dans le groupe digoxine que dans le groupe placebo (RR 0,76 ; IC à 95 % : 0,54 à 1,05). La mortalité cardiovasculaire était similaire entre la digoxine et le placebo (rapport de risque [HR] 0,93 ; IC à 95 % : 0,69 à 1,26). Par ailleurs, la digoxine à faible dose était généralement bien tolérée et sans danger.

Digitoxine : « le Retour de la momie »

Ces résultats font écho à ceux de l’essai DIGIT-HF publiés récemment qui portait sur un autre glycoside digitalique, la digitoxine, chez des patients atteints d’insuffisance cardiaque avancée et présentant une fraction d’éjection réduite [3]. Le traitement par la digitoxine a entraîné une diminution du risque de décès toutes causes confondues ou d’hospitalisation pour aggravation de l’insuffisance cardiaque. « C’est une véritable renaissance de la digitoxine qui est en fait un médicament qui est plutôt métabolisé par le foie, alors que la digoxine est plus métabolisée par le rein », a commenté le Pr Ahmed Bennis, cardiologue à Casablanca, ajoutant même, non sans humour, face au retour en grâce de cette molécule antique : « C’est pratiquement le Retour de la momie ».

Par ailleurs, lors d’une deuxième présentation lors du congrès Heart Failure 2026, Kevin Damman, cardiologue (Groningen, Pays-Bas) a démontré des bénéfices globaux positifs de la digoxine/digitoxine dans une méta-analyse des essais DECISION, DIGIT-HF et DIG [4].

Sur 9 013 patients, le traitement par glycoside digitalique a réduit le risque du critère d’évaluation principal, à savoir le délai avant décès cardiovasculaire ou premier événement d’aggravation de l’insuffisance cardiaque, par rapport au placebo (HR 0,85 ; IC à 95 % : 0,80 à 0,90 ; p < 0,001).

Cette réduction était principalement attribuable à l’effet sur le délai avant le premier événement d’aggravation de l’insuffisance cardiaque (HR 0,75 ; IC à 95 % : 0,69 à 0,81 ; p < 0,001).

De plus, l’effet n’était pas atténué chez les patients qui recevaient déjà un traitement complet de l’insuffisance cardiaque conforme aux recommandations.

« L’ensemble des données soutient le rôle de la digoxine à faible dose dans la prise en charge actuelle de l’IC, une prudence étant de mise lors de son arrêt »

Pr Peter van der Meer

Enfin, une troisième présentation, par le Pr Peter van der Meer (Groningue, Pays-Bas), a montré que l’arrêt de la digoxine était associé à une détérioration clinique [5]. Cette analyse en aveugle prédéfinie a suivi les patients ayant arrêté de prendre le médicament de l’étude à la fin de l’essai DECISION, et qui ont ensuite été suivis pendant 6 semaines supplémentaires. Sur les 587 patients, on a observé davantage de décès d’origine cardiovasculaire et d’événements liés à l’insuffisance cardiaque chez les patients après l’arrêt de la digoxine qu’après l’arrêt du placebo (RR 7,37 ; IC à 95 % : 1,56 à 34,88 ; p = 0,012).

En résumant les données, le Pr van Veldhuisen a conclu : « Chez les patients atteints d’insuffisance cardiaque (m)rEF, les glycosides digitaliques à faible dose semblent constituer une option thérapeutique médicamenteuse complémentaire efficace, peu coûteuse, sûre et facile à utiliser. L’ensemble des données soutient le rôle de la digoxine à faible dose dans la prise en charge actuelle de l’insuffisance cardiaque, une prudence étant de mise lors de son arrêt. »

ÉTATS GÉNÉRAUX DE LA BIO-ETHIQUE

Retrouvez les événements consacrés aux dons et aux transplantations d’organes dans le cadre des États généraux de la bioéthique coorganisés par l’Espace éthique Île-de-France.

– 8 avril, de 9h00 à 12h00 : Quel cadre éthique pour les xénogreffes (organes venant d’animaux non humains) ? Parcc Inserm (lien d’inscription : https://evenium.events/egb-rencontre-1 )

– 9 avril, de 18h15 à 20h30 : Peut-on refuser de recevoir une greffe ? Espace éthique IDF (lien d’inscription : https://evenium.events/egb-atelier-9 )

– 21 avril, de 19h15 à 21h15 : Don d’organes : la gratuité à tout prix ? Chaire Santé Sciences PO  (lien d’inscription : https://evenium.events/egb-rencontre-4 )

Stimulateur cardiaque : comment l’adapter à la pratique sportive?

PARIS — Si la pratique d’une activité physique est recommandée chez les patients avec cardiopathie porteurs d’un pacemaker ou d’un défibrillateur automatique implantable (DAI), elle implique de bien choisir le dispositif et de savoir le programmer pour prévenir les chocs inappropriés, a rappelé le Dr Christophe Vô (Clinique universitaire Saint-Luc, Bruxelles, Belgique), lors des Journées européennes de la Société française de cardiologie (JESFC 2026).

« On commence à prendre en compte l’activité physique du patient dans la prise de décision concernant l’implantation d’un stimulateur cardiaque. On s’interroge sur le type de pacemaker ou de défibrillateur à implanter selon le sport pratiqué, sur le meilleur endroit pour l’implanter. Chez un patient gaucher par exemple, on va éviter de l’installer du côté gauche », a commenté le cardiologue.

Afin de choisir le dispositif le plus adapté, « il faut évaluer les habitudes sportives ou les attentes des plus jeunes en termes d’activité physique », avant même l’implantation d’un DAI ou d’un pacemaker. Certains stimulateurs sont, par exemple, équipés d’algorithmes et de capteurs qui détectent mieux les changements de fréquence cardiaque liées à une activité physique.

Optimiser la réponse à l’effort

La programmation doit être effectuée, en tenant compte de l’activité physique pratiquée, mais aussi de la cardiopathie sous-jacente, après évaluation du risque d’arythmie à l’aide notamment d’un électrocardiogramme et d’un test d’effort. « Il convient d’optimiser la réponse [du dispositif] à l’effort, mais aussi les limites des fréquences de suivi et de bien déterminer les zones de détection des arythmies ».

Avec cette personnalisation de la programmation, « il est important de déterminer la fréquence maximale que le patient peut atteindre et de l’en informer, en lui disant que s’il dépasse cette fréquence, il risque de rentrer dans la zone de détection des arythmies » et d’avoir en conséquence une stimulation du dispositif.

La cardiopathie congénitale de l’adulte (ACHD) est l’anomalie congénitale la plus fréquente. Alors que les décès survenaient autrefois de manière précoce, plus de 80% des enfants atteignent désormais l’âge adulte. « Il s’agit d’une population jeune qui peut être à la recherche d’une activité physique régulière, voire même de compétition », a souligné le Dr Vô.

Chez ces patients, le bénéfice de l’activité physique est largement démontré, « tant sur le plan physiologique que psychologique ». En plus d’améliorer l’estime de soi et de favoriser le lien social, « le sport diminue le risque de déconditionnement physique, augmente la capacité fonctionnelle et même le débit cardiaque dans certaines cardiopathies ».

Cependant, dans cette population à plus haut risque d’arythmie, près de 10% sont porteurs d’un DAI ou d’un pacemaker. « Le risque de bradyarythmie ou de tachyarythmie dépend de la cardiopathie. Dans l’ensemble, plus la cardiopathie est complexe, plus le risque d’arythmie est important ».

Si un pacemaker avec accéléromètre est idéal pour une activité comme la course ou la randonnée, il n’est pas adapté à la pratique du cyclisme.

Détecteur d’activité physique

Dès lors, comment adapter la pratique sportive et le dispositif implanté ? Tout dépend du type de stimulation. Par exemple, en cas de blocage auriculo ventriculaire, le rôle du dispositif est de stimuler le ventricule après la stimulation auriculaire. Lors d’une activité physique, le stimulateur doit transmettre des fréquences plus élevées. Or, le dispositif est programmé par défaut avec des fréquences basses, explique le spécialiste.

« Chez les patients avec un bloc auriculo-ventriculaire, il faut des connaissances en termes de programmation » afin d’adapter le pacemaker à l’activité physique avant implantation. En fonction notamment de l’âge et du sport pratiqué, il peut être nécessaire d’atteindre 160 à 180 battements/min, en particulier chez les plus jeunes. Seuls certains modèles peuvent aller au-delà de 180 battements/min.

Pour que le stimulateur soit capable de transmettre des fréquences élevées, il faut également réduire la période entre la perception de la stimulation auriculaire et celle la stimulation ventriculaire, ainsi que la période réfractaire. Si ce n’est pas pris en compte, les fréquences élevées peuvent conduire le stimulateur à générer un bloc 2:1, soit une division soudaine par deux de la fréquence ventriculaire sous un effort important.

Autre exemple: en cas de dysfonction sinusale, le choix du pacemaker dépend du capteur intégré qui permet d’augmenter la fréquence cardiaque en fonction de l’effort détecté. Le plus souvent, il s’agit d’un capteur de mouvement (accéléromètre) qui mesure l’accélération du haut du corps. D’autres stimulateurs peuvent estimer l’effort en analysant la respiration ou la contraction cardiaque.

Il est recommandé attendre six semaines après l’implantation avant de pratiquer un sport.

Evaluer le risque d’arythmie

« Ces capteurs sont en général mal adaptés aux exercices statiques ou aux sports intermittents qui passent d’une activité statique à une activité plus physique ». Si un pacemaker avec accéléromètre est idéal pour une activité comme la course ou la randonnée, il n’est pas adapté à la pratique du cyclisme par exemple.

Sur un vélo ou en cas d’activité statique, il est recommandé aux patients porteurs d’un pacemaker équipé d’un capteur de mouvement d’agiter le haut du corps pour activer le dispositif, a indiqué le Dr Gilles Bosser (CHU de Nancy), en fin de présentation, lors d’un échange avec le public. Le conseil s’applique également avant un effort important.

Seuls les dispositifs de Biotronik sont équipés de capteurs évaluant les variations d’impédance après contraction du myocarde pour adapter la fréquence cardiaque. Dans la dysfonction sinusale, « c’est probablement la stimulation la plus physiologique ». Le dispositif peut ainsi détecter plus facilement une activité statique.

A l’exception des sports de combat, tous les sports peuvent être pratiqués.

Avec un défibrillateur, il peut y avoir un risque de stimulation inappropriée si les zones de détection de fréquence ont été mal déterminées. « On peut avoir des chocs inappropriés alors que le patient est en train d’avoir une activité physique augmentant la fréquence cardiaque jusqu’à la zone de détection. »

Dans ce contexte, l’épreuve d’effort est importante pour évaluer la réaction du dispositif. « Il permet aussi de déterminer les zones de détection des arythmies induisant une défibrillation ou les zones de période réfractaire qui provoquent un bloc 2:1 par un pacemaker ».

Les sports de combat à éviter

Le risque d’arythmie dépend également du type de cardiopathie, ainsi que des interventions chirurgicales « qui augmentent plus ou moins le risque d’arythmie ventriculaires en fonction notamment des cicatrices ». Certaines arythmies peuvent aussi être liées à des complications chirurgicales, comme des lésions coronaires.

Pour déterminer ce risque et adapter le dispositif cardiaque en conséquence, il convient alors de s’appuyer sur le test d’effort, ainsi que sur l’électrocardiogramme, mais aussi sur le Holter et l’étude électrophysiologique pour enregistrer l’activité du cœur en continu. « Il ne faut pas hésiter à utiliser ces outils pour déterminer le risque d’arythmie ».

Enfin, l’emplacement du dispositif a son importance. Si le patient souhaite pratiquer un sport unilatéral, comme le tennis ou le badminton, il convient d’implanter le stimulateur du côté non sollicité. En cas de sport de contact, il peut être également utile de porter un coussinet au niveau de l’appareil pour le protéger.

Pour rappel, il est recommandé attendre six semaines après l’implantation avant de pratiquer un sport, a souligné le cardiologue. A l’exception des sports de combat, tous les sports peuvent être pratiqués.

Défibrillateur automatique sous-cutané : des données de vie réelle à long terme

L’étude française HONEST suit près de 5 000 patients porteurs d’un défibrillateur sous-cutané sur 4 ans. Le dispositif est efficace mais 14 % reçoivent des chocs inappropriés.

Le défibrillateur automatique implantable sous-cutané (DAI-SC) a progressivement trouvé sa place comme alternative aux systèmes trans-veineux, notamment chez les patients jeunes, sans indication de stimulation et à risque de complications liées aux sondes endocavitaires. Les essais randomisés et les grands registres ont validé son efficacité et sa sécurité à moyen terme, mais ils concernaient souvent des populations sélectionnées ou des centres experts. L’étude française de vie réelle HONEST s’intéresse aux résultats à long terme du DAI-SC [1].

Une étude observationnelle française : près de 5 000 patients implantés

Il s’agit d’une étude observationnelle nationale ayant inclus près de 98 % des patients implantés d’un DAI-SC en France entre 2012 et 2019, soit 4 924 patients suivis en moyenne plus de quatre ans, avec un recul atteignant huit ans pour une partie de la cohorte. La population reflète bien l’utilisation réelle du DAI-SC : âge médian de 52 ans, prédominance masculine, implantation en prévention primaire dans environ deux tiers des cas, et large spectre de cardiopathies structurelles et électriques. Le suivi repose sur le monitorage à distance et une adjudication centralisée des événements, limitant la perte de données et renforçant la fiabilité des résultats.

Sur le plan de l’efficacité, le DAI-SC apparaît fiable en pratique réelle. Environ un patient sur sept a reçu un choc approprié à cinq ans, surtout en prévention secondaire, tandis que les échecs de détection ou de défibrillation restent exceptionnels. La mortalité liée au dispositif est très faible et les décès observés sont essentiellement liés à l’évolution de la cardiopathie sous-jacente, l’insuffisance cardiaque en tête, la mort subite restant marginale.

Un dispositif fiable mais des chocs inappropriés chez 14 % des patients

La principale limite du DAI-SC demeure les chocs inappropriés, observés chez environ 14 % des patients à cinq ans. Ils sont majoritairement liés à des phénomènes de sur-détection. Leur incidence diminue toutefois avec le temps, en lien avec l’amélioration des techniques d’implantation et surtout de la programmation. Les autres complications sont relativement peu fréquentes mais non négligeables à long terme. Les infections concernent environ 2 à 3 % des patients à cinq ans, les complications liées à la sonde autour de 1 à 2 %, et les douleurs chroniques un peu plus de 1 %, avec une prédominance chez les femmes et les patients à faible indice de masse corporelle (IMC).

Un point important mis en évidence par HONEST est la fréquence des réinterventions : près de 17 % des patients ont nécessité une réintervention, et environ 8 % ont eu une extraction définitive du DAI-SC à cinq ans, le plus souvent en lien avec des chocs inappropriés, une infection ou l’apparition secondaire d’un besoin de stimulation. Il est néanmoins rassurant de constater que les extractions sont globalement sûres, sans mortalité liée à la procédure.

En conclusion, l’étude HONEST fournit des données solides et rassurantes sur le devenir à long terme des patients porteurs d’un DAI-SC en pratique réelle. Le dispositif apparaît fiable et efficace pour la prévention de la mort subite, avec une mortalité liée au système extrêmement faible. Les chocs inappropriés demeurent le principal enjeu clinique, mais leur incidence tend à diminuer avec l’amélioration des techniques et de la programmation. Ces résultats confortent la place du DAI-SC comme option de première ligne chez des patients bien sélectionnés, à condition d’une implantation soigneuse, d’une programmation optimisée et d’un suivi structuré au long cours.

Les agonistes du GLP-1 ont-ils des effets secondaires sexuels ?

Peu de nouveaux médicaments ont suscité autant d’intérêt et autant de questions que les agonistes du GLP-1. Initialement développés pour contrôler la glycémie et favoriser la perte de poids, ces médicaments font actuellement l’objet d’études visant à évaluer leurs effets potentiels sur la fonction sexuelle.

Certains patients ont signalé une augmentation de leur libido, tandis que d’autres ont connu une baisse inattendue. La même molécule qui régule le glucose pourrait également influencer les « signaux de plaisir » du cerveau.

Des recherches ont montré que ces effets sur le désir sexuel varient considérablement et sont influencés par des facteurs physiologiques, psychologiques et neurobiologiques. On pense que les agonistes du GLP-1 agissent sur plusieurs voies, notamment le système de récompense du cerveau, les signaux de l’appétit et la régulation des hormones sexuelles par le biais de changements métaboliques.

Les données disponibles montrent que les agonistes des récepteurs du GLP-1 (RA) imitent le GLP-1 endogène et déclenchent des effets métaboliques susceptibles d’influencer la santé sexuelle.

Une revue systématique et une méta-analyse menées en 2025 auprès d’hommes en surpoids ou obèses ont révélé que les agonistes du récepteur du GLP-1 augmentaient les taux de testostérone totale, d’hormone lutéinisante et d’hormone folliculo-stimulante, tout en réduisant le poids corporel, l’IMC, le tour de taille et le taux d’HbA1c.

Par rapport à d’autres traitements antidiabétiques ou amaigrissants, les RA GLP-1 ont entraîné une augmentation des gonadotrophines et de la globuline liant les hormones sexuelles, ainsi qu’une amélioration de la fonction érectile, avec des taux sériques d’androgènes comparables ou supérieurs à ceux d’autres agents. L’analyse suggère un effet testiculaire direct potentiel, mais le principal bénéfice pourrait être l’optimisation hormonale chez les hommes présentant un hypogonadisme fonctionnel lié à un excès de poids. Ce rééquilibrage hormonal pourrait se traduire par une amélioration du désir sexuel, de la fonction érectile et de la spermatogenèse.

Une étude réalisée en 2025 a montré que chez les hommes atteints de diabète de type 2 (DT2) et d’obésité souffrant de dysfonction érectile, les antagonistes des récepteurs du GLP-1 amélioraient la fonction érectile, probablement en rétablissant l’équilibre métabolique et vasculaire essentiel à la réponse sexuelle masculine.

Une étude d’une durée d’un an menée auprès d’hommes atteints de DT2 et de dysfonction érectile a montré que l’association de la metformine avec le liraglutide ou le dulaglutide améliorait significativement les scores de l’indice international de la fonction érectile, en particulier chez les patients ayant perdu plus de poids ou présentant une atteinte vasculaire initiale.

Cependant, tous les individus ne réagissent pas de la même manière. Des effets indésirables potentiels peuvent survenir chez les patients présentant des troubles neuroendocriniens, une déficience préexistante en testostérone ou des interactions médicamenteuses. Dans de rares cas, certains patients peuvent présenter une baisse de la libido ou une diminution de la fonction érectile, ce qui nécessite des décisions cliniques individualisées.

En revanche, chez les hommes en bonne santé ne souffrant d’aucune maladie métabolique, le dulaglutide n’a pas eu d’effet significatif sur le désir sexuel ou les taux d’hormones gonadiques après 4 semaines.

Les preuves chez les femmes sont limitées, mais comprennent des rapports de cas de dysfonctionnement sexuel. Une publication décrit le cas d’une femme ménopausée de 71 ans qui a soudainement développé une anorgasmie après avoir commencé un traitement au liraglutide, sans présenter d’anomalies hormonales ou psychologiques. Elle a signalé une perte de sensibilité clitoridienne et de plaisir sexuel.

Les auteurs ont proposé des mécanismes périphériques tels qu’une réduction du flux sanguin génital et une modulation centrale de la dopamine et de la noradrénaline dans les régions du cerveau régulant la récompense et l’excitation. Les stratégies non pharmacologiques et la thérapie sexuelle se sont révélées inefficaces pendant le traitement par liraglutide, et le passage au semaglutide n’a pas amélioré les symptômes. Cependant, après être passé au tirzepatide, la patiente a retrouvé sa capacité orgasmique, ce qui suggère des effets spécifiques au médicament.

Un autre cas concernait une femme de 36 ans souffrant d’obésité qui a développé une baisse de la libido, une sécheresse génitale et une anorgasmie après avoir commencé un traitement au tirzepatide. Les symptômes ont disparu après l’arrêt du traitement et sont réapparus lors d’une nouvelle tentative, ce qui suggère des effets liés au médicament. La prise en charge a compris une thérapie sexuelle, des modifications du mode de vie et un soutien pharmacologique complémentaire.

La réponse sexuelle chez les femmes dépend d’une interaction complexe entre l’œstrogène, la progestérone, la testostérone et des facteurs psychosociaux, ce qui complique l’attribution directe à un médicament.

L’hypothèse principale est que les RA GLP-1 modulent les voies dopaminergiques de récompense qui régulent la faim, la motivation et la satisfaction. La suppression de l’appétit peut également réduire la motivation érotique chez certains patients.

Les réponses cliniques varient considérablement, certaines femmes rapportant une augmentation de leur désir et de leur confiance en elles après une perte de poids et une amélioration métabolique.

Les RA GLP-1 peuvent influencer l’image de soi et le comportement social.

Une enquête américaine menée auprès de 2 000 adultes célibataires a révélé que 59 % d’entre eux estimaient que ces médicaments avaient changé leur vie amoureuse, et 52 % ont signalé des changements dans leur vie sexuelle. Au sein de ce groupe, 18 % ont constaté une augmentation de leur désir sexuel et 16 % ont signalé une diminution de leur désir. Les hommes ont déclaré plus souvent que les femmes avoir gagné en confiance et en attractivité.

Les experts soulignent que ces rapports reposent sur des déclarations volontaires, ne font pas la distinction entre usage clinique et usage cosmétique, et reflètent des perceptions plutôt que des effets physiologiques confirmés.

Les cliniciens doivent aborder de manière proactive la santé sexuelle des patients traités par des antagonistes des récepteurs du GLP-1. Poser des questions sur la libido, l’excitation et la satisfaction peut aider à différencier les effets du médicament d’autres causes et orienter les décisions communes concernant la poursuite ou la modification du traitement.

Coeur artificiel : sauvée in extremis, CARMAT SA renaît sous la forme de CARMAT SAS

Alors que l’on ne donnait pas cher de la société CARMAT, ce fleuron de l’industrie française à l’origine d’un cœur artificiel unique (Aeson®), a été sauvé in extremis. Le tribunal des Activités économiques de Versailles a finalement retenu l’offre de reprise en plan de cession de l’entreprise qui, en se renouvelant pour devenir CARMAT SAS, va pouvoir repartir sur de nouvelles bases et continuer d’assurer le support des patients implantés.

CARMAT sauve sa peau…

Il y a encore quelques mois encore, la firme française pionnière du cœur artificiel physiologique et monobloc (Aeson®) mis au point par le Pr Carpentier, était sur le point de mettre la clé sous la porte. Confrontée à des difficultés financières insurmontables, la société s’était vue refusée par le Tribunal de Versailles lors de l’audience du 30 septembre 2025, l’offre de reprise émanant de la société HOUGOU de M. Pierre Bastid, président du conseil d’administration de CARMAT et actionnaire à hauteur d’environ 17% de la Société.

Suite à ce refus, CARMAT avait annoncé, le 4 novembre 2025, avoir reçu une offre de reprise en plan de cession dans le cadre du second processus d’appel d’offres initié par l’administrateur judiciaire. Finalement, à l’issue d’une audience

le 25 novembre 2025, le Tribunal de Versailles a, par un jugement du 1er décembre 2025, retenu cette nouvelle offre et arrêté le plan de cession de la Société en faveur de la société « CARMAT SAS », société par actions simplifiée créée pour les besoins de la reprise et contrôlée par la Société LOHAS S.à r.l (« LOHAS ») ». Celle-ci est elle-même contrôlée par Pierre Bastid, président du conseil d’administration de CARMAT et actionnaire à hauteur d’environ 17% de la Société. « Les activités de la Société seront désormais poursuivies et opérées par CARMAT SAS » stipule le communiqué de presse de l’entreprise.

…mais y laisse des plumes financières

Néanmoins, en termes de statut et sur le plan boursier, il est précisé que « si la reprise permet la poursuite des activités de CARMAT au sein de CARMAT SAS, elle va entraîner la liquidation judiciaire de CARMAT SA, et […] compte tenu du niveau de passif de la Société et des termes de l’Offre, il est hautement probable que les actionnaires de CARMAT subiront la perte intégrale de leur investissement, tandis qu’une grande partie de ses créanciers subiront une perte très significative pouvant porter sur l’intégralité de leurs créances. Il est aussi rappelé que la liquidation judiciaire de CARMAT entrainera la radiation de ses actions actuellement cotées sur Euronext Growth (Paris) ».

A noter que sur le plan des ressources humaines, cette transformation « s’accompagne de la reprise de 88 salariés ». De même, la nouvelle société garde ses actifs et de la « très grande majorité des contrats de CARMAT », mais prévoit une « réduction significative de la consommation de trésorerie ».

Nouvelle stratégie

En clair, CARMAT, concepteur et développeur du cœur artificiel total le plus avancé au monde, devient CARMAT SAS. Les activités de la Société visant à offrir une alternative thérapeutique aux malades souffrant d’insuffisance cardiaque biventriculaire avancée s’appuieront désormais sur « une nouvelle stratégie concentrée notamment sur la poursuite de l’accès au marché nord-américain, l’initiation d’un essai clinique dans le but d’obtenir à un horizon relativement proche (de l’ordre de 2 à 3 ans) l’indication de thérapie de destination en Europe, et à court-terme, un déploiement commercial plus concentré ».

A compter du 1er décembre 2025, c’est donc CARMAT SAS qui assure désormais le support des patients actuellement équipés d’un cœur Aeson®.

Syndromes inflammatoires du myocarde et du péricarde : nouvelles recommandations ESC 2025

Mathieu Kerneis; Michel Zeitouni
09 octobre 2025

Les recommandations ESC 2025 regroupent pour la première fois myocardite et péricardite, réunissant les deux entités sous l’acronyme IMPS. Michel Zeitouni interroge Mathieu Kerneis sur les points clés pratiques de ces nouvelles recommandations, pour les cardiologues, urgentistes et réanimateurs : diagnostic différentiel immédiat, place de l’IRM et de la biopsie, critères de risque, prise en charge thérapeutique et suivi (dont la génétique et le risque rythmique).

Michel Zeitouni : Bonjour à tous. J’ai le plaisir d’être sur Medscape avec Mathieu Kerneis, professeur à la Pitié-Salpêtrière et membre de la taskforce des guidelines sur la myocardite qui ont été présentés au congrès de la Société européenne de cardiologie (ESC) 2025 à Madrid, il y a tout juste un mois.
IMPS : pourquoi regrouper myocardite et péricardite
Michel Zeitouni : Nous allons entrer tout de suite dans le vif du sujet : ces guidelines s’intitulent Syndromes inflammatoires du myocarde et du péricarde. [1] Est-ce que cela a un sens d’avoir fait un pot commun myocardite et péricardite? Et que doit-on retenir de cette association?
Mathieu Kerneis : Ces recommandations traitent en effet de deux maladies : la péricardite et la myocardite — la myocardite est d’ailleurs pour la première fois sur des recommandations de l’ESC. L’un des premiers points de ces recommandations est en effet de créer une ombrelle qui regroupe à la fois les péricardites et les myocardites sous une entité qui s’appelle IMPS [Inflammatory Myo-Pericardial Syndrome], pour des syndromes inflammatoires du myocarde et du péricarde.
Donc, sous cette entité, ce que la taskforce a voulu mettre en exergue, c’est le fait que péricardite et myocardite partageaient d’une part, un continuum anatomique, partageaient des étiologies communes, et dans l’approche diagnostique, elles partageaient un certain nombre de points, notamment sur l’imagerie de coupe. On y reviendra.
Évidemment, cela ne veut pas dire qu’on peut mettre dans la même nosologie ou terminologie médicale à la fois le patient qui a une myocardite fulminante sous ECMO et celui qui a une péricardite aiguë simple. Mais c’est le fait de reconnaître que ces patients partagent un certain nombre de points communs et qu’il fallait, quand on voit un patient qui a une péricardite, penser à une éventuelle atteinte de type myocardite associée. Et à l’inverse, quand on a un patient qui a une myocardite, penser à l’éventuelle atteinte du péricarde associé.
Urgences diagnostiques en USIC
Michel Zeitouni : Pour la pratique — je pense à nos cardiologues en USIC et à nos collègues dans l’ensemble des centres — quels sont les top 3 ou top 4 des choses auxquelles il faut penser dorénavant, lorsqu’on a un patient qui est suspect de myocardite ? Je rappelle que c’est une population qui est souvent très jeune et que le spectre de la myocardite peut aller de la petite myocardite d’un ou deux segments cardiaques jusqu’à la myocardite fulminante. Comment est-ce qu’on devrait résumer le workflow, la conduite à tenir, lorsqu’on suspecte une myocardite en USIC ?
C’est probablement l’un des plus grands tournants de ces recommandations : l’IRM est la méthode de choix pour le diagnostic des myocardites non fulminantes.

Retrouvez l’interview complète ici

A deux doigts de la liquidation judiciaire, l’entreprise Carmat est sur sa fin

Le tribunal de commerce de Versailles devrait prononcer très prochainement la liquidation judiciaire de la société Carmat. Confrontée à des difficultés financières insurmontables, la firme française pionnière du premier vrai « cœur artificiel », fleuron de l’ingénierie française mis au point par le Pr Carpentier, va très probablement mettre la clé sous la porte.

De battre, le cœur Carmat va s’arrêter

Ayant vu la seule offre de reprise de l’entreprise refusée par le Tribunal de Commerce de Versailles le 30 septembre dernier, le cœur novateur de l’entreprise Carmat va probablement s’arrêter définitivement de battre dans les jours qui viennent.

L’administrateur judiciaire avait reçu, le 31 juillet 2025, une offre de reprise émanant de la société HOUGOU de M. Pierre Bastid, président du conseil d’administration de CARMAT et actionnaire à hauteur d’environ 17% de la Société. Mais lors de l’audience du 30 septembre 2025, le Tribunal a constaté que cette offre n’était pas recevable, « l’ensemble des conditions suspensives, et notamment celle relative à l’obtention des financements nécessaires à la reprise, n’ayant pas été levées », indique le communiqué de la société Carmat.

Suivant la procédure classique en cas de cessation de paiement d’une entreprise, l’administrateur judiciaire a déposé auprès du Tribunal une requête en vue de solliciter la conversion de la procédure de redressement judiciaire en liquidation judiciaire, laquelle devrait être examinée par le Tribunal lors d’une audience prévue le 14 octobre 2025.

« A ce stade, il est donc extrêmement probable que le Tribunal sera amené, le 14 octobre 2025, à prononcer la liquidation judiciaire de la Société, dont les activités alors cesseront » peut-on lire dans le communiqué de société Carmat.

Première implantation en décembre 2014

Cette fermeture marquera la fin de l’aventure d’une pépite de l’ingénierie française initié par le Pr Alain Carpentier, chirurgien cardiaque.

Initialement envisagée avant la fin 2011, la première implantation sur l’homme a été à plusieurs reprises reportée et le premier cœur-machine, sur lequel avaient planché des ingénieurs détachés par Matra (d’où le nom Carpentier-Matra), a finalement été implanté le 18 décembre 2014 chez un homme en phase terminale d’insuffisance cardiaque et sans alternative thérapeutique.

Contrairement aux pompes d’assistance mécanique pour des patients en stade terminal d’insuffisance cardiaque en attente de greffe, le cœur Carmat se distinguait par sa morphologie proche du cœur humain et sa biocompatibilité. Il est aussi plus physiologique (reproduction des battements cardiaques) et intelligent (biocapteurs pour asservissement de fréquence). Il avait été d’emblée conçu comme une solution définitive avec la possibilité de durer 5 ans (dans un premier temps). Une première.

Dans l’enthousiasme du démarrage de l’aventure en 2013, la société Carmat estimait que 100 000 patients aux Etats-Unis et en Europe pourraient bénéficier de ce cœur artificiel et visait un marché de 16 milliards d’euros.

Des pics d’arythmie pendant 10 ans

La suite va donner tort à ce bel élan, car dès le départ, le cœur Carmat cumule les incidents avec plusieurs décès de patients peu de temps après les toutes premières implantations.

Néanmoins, en 2016, après une première série de quatre patients implantés, Carmat annonce avoir reçu les autorisations nécessaires pour lancer un essai de phase 2 portant sur une vingtaine de patients.

Mais l’année suivante, rien de va plus, après le décès du cinquième patient, l’ANSM demande de suspendre toutes les implantations en attendant la fin des investigations sur les causes de décès.

Après avoir connu des hauts et des bas, la start-up franchit en 2021 deux nouvelles étapes importantes avec la première implantation commerciale de son cœur artificiel en Italie, alors que quelques jours auparavant, le dispositif avait été implanté pour la première fois chez l’homme aux Etats-Unis, dans le cadre d’une étude clinique.

Mais, de nouveau, fin 2021, les implantations de certains cœurs artificiels Aeson® – nom de marque du cœur artificiel – sont suspendues temporairement à titre préventif, à la suite d’un problème qualité, avant de reprendre un an plus tard.

En octobre 2023, nouvelle alerte : CARMAT reconnait être en mauvaise posture financière, mais se montre confiante quant à sa capacité à faire repartir la machine. Un optimisme qui semble de bon aloi à en croire le communiqué de ce début 2025, où la société Carmat annonçait que le chiffre symbolique de la 100ème implantation d’un cœur artificiel total Aeson® dans le monde avait été franchi, les 99ème et 100ème implantations ayant été réalisées avec succès le vendredi 7 février 2025 dans les CHU de Lille et de Dijon.

Electrocardiogramme plat

Au final, le coût de ce bijou de technologie – 200 000 euros pièce selon France Info– aura probablement eu raison de l’enthousiasme qu’a représenté cette avancée médicale majeure qui aura été implantée après 12 années chaotiques, à 122 patients en insuffisance cardiaque terminale.

Le couperet pour Carmat tombera lors de l’audience du 14 octobre prochain. « En tout état de cause, CARMAT fait du support des patients qui bénéficient actuellement d’Aeson® sa priorité et s’efforcera donc de faire en sorte que celui-ci soit assuré même en cas de liquidation judiciaire sans poursuite d’activité », assure la bio-tech.

Exploit extraordinaire d’une insuffisante cardiaque

L’exploit extraordinaire de Clémence Gualy qui a nagé 7h non stop
Clémence Gualy, montpelliéraine de 30 ans, ambassadrice des patients atteints de maladie cardiaque et de Cardiomyopathie, aux côtés de l’Association de Cardiologie Languedoc-Roussillon, a réussi l’exploit extraordinaire de nager pendant 7h non-stop dans la piscine olympique Angelotti de Montpellier, le 4 octobre 2025, de 10H jusqu’à 17h, lors de la seconde édition de la nage du coeur, soit 10 kms à la nage qu’elle a parcourue. Avec toujours la même rage de vaincre et de vivre, pour promouvoir à travers ses performances physiques et mentales les bienfaits de la natation. Réaffirmer que l’activité physique, à condition qu’elle soit adaptée, est possible, bénéfique, même lorsque l’on est atteint d’une maladie cardiaque.
En nageant, Clémence efface les fausses croyances, les tabous, que l’on peut avoir au sujet des maladies cardiaques et de l’activité physique : « Trop souvent, on pense qu’avec un coeur fragile il faut rester au calme, immobile, afin de se préserver. Mais c’est faux. Bouger, c’est se maintenir en vie. Bouger, c’est respirer mieux, se sentir plus fort, soulager les douleurs et les symptômes, prendre confiance en soi, renforcer son coeur. Bien sûr, cela s’apprend, pas à pas. Commencer par 10, 20 minutes d’activité physique adaptée au quotidien, puis augmenter doucement, progressivement, régulièrement, afin de gagner en forme, en muscles, en énergie, en endurance, en souffle. En piscine ou en mer, chacun peut trouver son rythme, son souffle, son équilibre » dit-elle.

Retrouvez l’article complet ici

Et la vidéo de l’exploit ci-dessous: