Dr Yohann Bohbot
13 janvier 2026
L’étude française HONEST suit près de 5 000 patients porteurs d’un défibrillateur sous-cutané sur 4 ans. Le dispositif est efficace mais 14 % reçoivent des chocs inappropriés.
Le défibrillateur automatique implantable sous-cutané (DAI-SC) a progressivement trouvé sa place comme alternative aux systèmes trans-veineux, notamment chez les patients jeunes, sans indication de stimulation et à risque de complications liées aux sondes endocavitaires. Les essais randomisés et les grands registres ont validé son efficacité et sa sécurité à moyen terme, mais ils concernaient souvent des populations sélectionnées ou des centres experts. L’étude française de vie réelle HONEST s’intéresse aux résultats à long terme du DAI-SC [1].
Une étude observationnelle française : près de 5 000 patients implantés
Il s’agit d’une étude observationnelle nationale ayant inclus près de 98 % des patients implantés d’un DAI-SC en France entre 2012 et 2019, soit 4 924 patients suivis en moyenne plus de quatre ans, avec un recul atteignant huit ans pour une partie de la cohorte. La population reflète bien l’utilisation réelle du DAI-SC : âge médian de 52 ans, prédominance masculine, implantation en prévention primaire dans environ deux tiers des cas, et large spectre de cardiopathies structurelles et électriques. Le suivi repose sur le monitorage à distance et une adjudication centralisée des événements, limitant la perte de données et renforçant la fiabilité des résultats.
Sur le plan de l’efficacité, le DAI-SC apparaît fiable en pratique réelle. Environ un patient sur sept a reçu un choc approprié à cinq ans, surtout en prévention secondaire, tandis que les échecs de détection ou de défibrillation restent exceptionnels. La mortalité liée au dispositif est très faible et les décès observés sont essentiellement liés à l’évolution de la cardiopathie sous-jacente, l’insuffisance cardiaque en tête, la mort subite restant marginale.
Un dispositif fiable mais des chocs inappropriés chez 14 % des patients
La principale limite du DAI-SC demeure les chocs inappropriés, observés chez environ 14 % des patients à cinq ans. Ils sont majoritairement liés à des phénomènes de sur-détection. Leur incidence diminue toutefois avec le temps, en lien avec l’amélioration des techniques d’implantation et surtout de la programmation. Les autres complications sont relativement peu fréquentes mais non négligeables à long terme. Les infections concernent environ 2 à 3 % des patients à cinq ans, les complications liées à la sonde autour de 1 à 2 %, et les douleurs chroniques un peu plus de 1 %, avec une prédominance chez les femmes et les patients à faible indice de masse corporelle (IMC).
Un point important mis en évidence par HONEST est la fréquence des réinterventions : près de 17 % des patients ont nécessité une réintervention, et environ 8 % ont eu une extraction définitive du DAI-SC à cinq ans, le plus souvent en lien avec des chocs inappropriés, une infection ou l’apparition secondaire d’un besoin de stimulation. Il est néanmoins rassurant de constater que les extractions sont globalement sûres, sans mortalité liée à la procédure.
En conclusion, l’étude HONEST fournit des données solides et rassurantes sur le devenir à long terme des patients porteurs d’un DAI-SC en pratique réelle. Le dispositif apparaît fiable et efficace pour la prévention de la mort subite, avec une mortalité liée au système extrêmement faible. Les chocs inappropriés demeurent le principal enjeu clinique, mais leur incidence tend à diminuer avec l’amélioration des techniques et de la programmation. Ces résultats confortent la place du DAI-SC comme option de première ligne chez des patients bien sélectionnés, à condition d’une implantation soigneuse, d’une programmation optimisée et d’un suivi structuré au long cours.