A deux doigts de la liquidation judiciaire, l’entreprise Carmat est sur sa fin

Le tribunal de commerce de Versailles devrait prononcer très prochainement la liquidation judiciaire de la société Carmat. Confrontée à des difficultés financières insurmontables, la firme française pionnière du premier vrai « cœur artificiel », fleuron de l’ingénierie française mis au point par le Pr Carpentier, va très probablement mettre la clé sous la porte.

De battre, le cœur Carmat va s’arrêter

Ayant vu la seule offre de reprise de l’entreprise refusée par le Tribunal de Commerce de Versailles le 30 septembre dernier, le cœur novateur de l’entreprise Carmat va probablement s’arrêter définitivement de battre dans les jours qui viennent.

L’administrateur judiciaire avait reçu, le 31 juillet 2025, une offre de reprise émanant de la société HOUGOU de M. Pierre Bastid, président du conseil d’administration de CARMAT et actionnaire à hauteur d’environ 17% de la Société. Mais lors de l’audience du 30 septembre 2025, le Tribunal a constaté que cette offre n’était pas recevable, « l’ensemble des conditions suspensives, et notamment celle relative à l’obtention des financements nécessaires à la reprise, n’ayant pas été levées », indique le communiqué de la société Carmat.

Suivant la procédure classique en cas de cessation de paiement d’une entreprise, l’administrateur judiciaire a déposé auprès du Tribunal une requête en vue de solliciter la conversion de la procédure de redressement judiciaire en liquidation judiciaire, laquelle devrait être examinée par le Tribunal lors d’une audience prévue le 14 octobre 2025.

« A ce stade, il est donc extrêmement probable que le Tribunal sera amené, le 14 octobre 2025, à prononcer la liquidation judiciaire de la Société, dont les activités alors cesseront » peut-on lire dans le communiqué de société Carmat.

Première implantation en décembre 2014

Cette fermeture marquera la fin de l’aventure d’une pépite de l’ingénierie française initié par le Pr Alain Carpentier, chirurgien cardiaque.

Initialement envisagée avant la fin 2011, la première implantation sur l’homme a été à plusieurs reprises reportée et le premier cœur-machine, sur lequel avaient planché des ingénieurs détachés par Matra (d’où le nom Carpentier-Matra), a finalement été implanté le 18 décembre 2014 chez un homme en phase terminale d’insuffisance cardiaque et sans alternative thérapeutique.

Contrairement aux pompes d’assistance mécanique pour des patients en stade terminal d’insuffisance cardiaque en attente de greffe, le cœur Carmat se distinguait par sa morphologie proche du cœur humain et sa biocompatibilité. Il est aussi plus physiologique (reproduction des battements cardiaques) et intelligent (biocapteurs pour asservissement de fréquence). Il avait été d’emblée conçu comme une solution définitive avec la possibilité de durer 5 ans (dans un premier temps). Une première.

Dans l’enthousiasme du démarrage de l’aventure en 2013, la société Carmat estimait que 100 000 patients aux Etats-Unis et en Europe pourraient bénéficier de ce cœur artificiel et visait un marché de 16 milliards d’euros.

Des pics d’arythmie pendant 10 ans

La suite va donner tort à ce bel élan, car dès le départ, le cœur Carmat cumule les incidents avec plusieurs décès de patients peu de temps après les toutes premières implantations.

Néanmoins, en 2016, après une première série de quatre patients implantés, Carmat annonce avoir reçu les autorisations nécessaires pour lancer un essai de phase 2 portant sur une vingtaine de patients.

Mais l’année suivante, rien de va plus, après le décès du cinquième patient, l’ANSM demande de suspendre toutes les implantations en attendant la fin des investigations sur les causes de décès.

Après avoir connu des hauts et des bas, la start-up franchit en 2021 deux nouvelles étapes importantes avec la première implantation commerciale de son cœur artificiel en Italie, alors que quelques jours auparavant, le dispositif avait été implanté pour la première fois chez l’homme aux Etats-Unis, dans le cadre d’une étude clinique.

Mais, de nouveau, fin 2021, les implantations de certains cœurs artificiels Aeson® – nom de marque du cœur artificiel – sont suspendues temporairement à titre préventif, à la suite d’un problème qualité, avant de reprendre un an plus tard.

En octobre 2023, nouvelle alerte : CARMAT reconnait être en mauvaise posture financière, mais se montre confiante quant à sa capacité à faire repartir la machine. Un optimisme qui semble de bon aloi à en croire le communiqué de ce début 2025, où la société Carmat annonçait que le chiffre symbolique de la 100ème implantation d’un cœur artificiel total Aeson® dans le monde avait été franchi, les 99ème et 100ème implantations ayant été réalisées avec succès le vendredi 7 février 2025 dans les CHU de Lille et de Dijon.

Electrocardiogramme plat

Au final, le coût de ce bijou de technologie – 200 000 euros pièce selon France Info– aura probablement eu raison de l’enthousiasme qu’a représenté cette avancée médicale majeure qui aura été implantée après 12 années chaotiques, à 122 patients en insuffisance cardiaque terminale.

Le couperet pour Carmat tombera lors de l’audience du 14 octobre prochain. « En tout état de cause, CARMAT fait du support des patients qui bénéficient actuellement d’Aeson® sa priorité et s’efforcera donc de faire en sorte que celui-ci soit assuré même en cas de liquidation judiciaire sans poursuite d’activité », assure la bio-tech.