Mathieu Kerneis; Michel Zeitouni
09 octobre 2025
Les recommandations ESC 2025 regroupent pour la première fois myocardite et péricardite, réunissant les deux entités sous l’acronyme IMPS. Michel Zeitouni interroge Mathieu Kerneis sur les points clés pratiques de ces nouvelles recommandations, pour les cardiologues, urgentistes et réanimateurs : diagnostic différentiel immédiat, place de l’IRM et de la biopsie, critères de risque, prise en charge thérapeutique et suivi (dont la génétique et le risque rythmique).
Michel Zeitouni : Bonjour à tous. J’ai le plaisir d’être sur Medscape avec Mathieu Kerneis, professeur à la Pitié-Salpêtrière et membre de la taskforce des guidelines sur la myocardite qui ont été présentés au congrès de la Société européenne de cardiologie (ESC) 2025 à Madrid, il y a tout juste un mois.
IMPS : pourquoi regrouper myocardite et péricardite
Michel Zeitouni : Nous allons entrer tout de suite dans le vif du sujet : ces guidelines s’intitulent Syndromes inflammatoires du myocarde et du péricarde. [1] Est-ce que cela a un sens d’avoir fait un pot commun myocardite et péricardite? Et que doit-on retenir de cette association?
Mathieu Kerneis : Ces recommandations traitent en effet de deux maladies : la péricardite et la myocardite — la myocardite est d’ailleurs pour la première fois sur des recommandations de l’ESC. L’un des premiers points de ces recommandations est en effet de créer une ombrelle qui regroupe à la fois les péricardites et les myocardites sous une entité qui s’appelle IMPS [Inflammatory Myo-Pericardial Syndrome], pour des syndromes inflammatoires du myocarde et du péricarde.
Donc, sous cette entité, ce que la taskforce a voulu mettre en exergue, c’est le fait que péricardite et myocardite partageaient d’une part, un continuum anatomique, partageaient des étiologies communes, et dans l’approche diagnostique, elles partageaient un certain nombre de points, notamment sur l’imagerie de coupe. On y reviendra.
Évidemment, cela ne veut pas dire qu’on peut mettre dans la même nosologie ou terminologie médicale à la fois le patient qui a une myocardite fulminante sous ECMO et celui qui a une péricardite aiguë simple. Mais c’est le fait de reconnaître que ces patients partagent un certain nombre de points communs et qu’il fallait, quand on voit un patient qui a une péricardite, penser à une éventuelle atteinte de type myocardite associée. Et à l’inverse, quand on a un patient qui a une myocardite, penser à l’éventuelle atteinte du péricarde associé.
Urgences diagnostiques en USIC
Michel Zeitouni : Pour la pratique — je pense à nos cardiologues en USIC et à nos collègues dans l’ensemble des centres — quels sont les top 3 ou top 4 des choses auxquelles il faut penser dorénavant, lorsqu’on a un patient qui est suspect de myocardite ? Je rappelle que c’est une population qui est souvent très jeune et que le spectre de la myocardite peut aller de la petite myocardite d’un ou deux segments cardiaques jusqu’à la myocardite fulminante. Comment est-ce qu’on devrait résumer le workflow, la conduite à tenir, lorsqu’on suspecte une myocardite en USIC ?
C’est probablement l’un des plus grands tournants de ces recommandations : l’IRM est la méthode de choix pour le diagnostic des myocardites non fulminantes.