Stéphanie Lavaud
Les personnes ayant subi un infarctus grave présentaient des taux plus élevés de micro et de nanoplastiques dans le sang, par rapport aux patients chez lesquels une cardiopathie ischémique chronique avait été diagnostiquée et à ceux dont les vaisseaux sanguins irriguant le cœur étaient normaux, selon une étude publiée dans l’European Heart Journal [1].
Pollution, tabac et microplastiques
Une nouvelle étude vient s’ajouter aux preuves de plus en plus nombreuses indiquant que la pollution environnementale pourrait avoir un impact sur la santé cardiovasculaire. Cette étude est le fruit d’une collaboration entre des chercheurs de l’université Sapienza de Rome, de l’université de Vérone et du Centre de recherche sur la pollution environnementale et les maladies cardiovasculaires de l’université de Campanie « Luigi Vanvitelli » à Naples, en Italie, un centre dédié à la compréhension de l’influence des polluants environnementaux sur la santé cardiovasculaire.
L’étude a porté sur 61 patients de l’hôpital universitaire Sant’Andrea (Azienda Ospedaliera Universitaria Integrata) de Vérone, en Italie, chez lesquels avait été diagnostiqué soit un infarctus du myocarde, soit une cardiopathie ischémique chronique, soit des artères coronaires normales.
Les chercheurs ont prélevé des échantillons de sang des patients dans les vaisseaux sanguins irriguant le cœur et dans d’autres parties du corps. Ils ont également recueilli des données sur le tabagisme des patients et leur exposition à la pollution, tant le jour du prélèvement que durant les deux années précédentes.
Les résultats montrent que parmi les personnes ayant subi une crise cardiaque, des micro- et nanoplastiques ont été détectés chez 84 % des patients, contre 40 % chez les patients atteints de cardiopathie ischémique chronique et 32 % chez ceux présentant des artères coronaires normales. Les patients ayant subi une crise cardiaque présentaient une plus grande variété de types de plastiques dans leur sang. Le type de plastique le plus courant était le polyéthylène, couramment utilisé dans les emballages et les produits de consommation.
Les patients exposés à des niveaux élevés de pollution atmosphérique à long terme (PM2,5/particules d’un diamètre inférieur ou égal à 2,5 μm) étaient plus susceptibles de présenter des microplastiques dans leur sang, et les fumeurs avaient six fois plus de risques d’en présenter. Tous les patients fumeurs et exposés à des niveaux élevés de pollution atmosphérique présentaient des microplastiques dans le sang, contre seulement 12,5 % des patients non-fumeurs et non exposés à ces niveaux élevés de pollution atmosphérique.
L’étude a également révélé que les fumeurs et les personnes exposées à des niveaux plus élevés de pollution atmosphérique présentaient des taux plus élevés de micro et de nanoplastiques dans le sang, indique un communiqué de l’ESC.
Réduire le fardeau croissant des polluants environnementaux
« Dans notre étude, les antécédents tabagiques étaient étroitement liés à la présence de microplastiques dans le sang. Nos résultats suggèrent que le tabagisme pourrait faciliter la pénétration des micro et nanoplastiques dans la circulation sanguine via les poumons. La pollution atmosphérique pourrait agir de manière similaire », a déclaré le Pr Emanuele Barbato de l’université Sapienza de Rome et directeur de l’unité de cardiologie de l’hôpital universitaire Sant’Andrea, à Rome (Italie) qui a dirigé l’étude.
Dans un éditorial accompagnant cette étude [2], le Pr Andreas Daiber du Centre médical universitaire de l’université Johannes Gutenberg de Mayence, en Allemagne, et ses collègues ont considéré que « bien que limités par la taille de l’échantillon, ces résultats constituent des preuves cliniques préliminaires indiquant que les particules de plastique pourraient être associées à des événements cardiovasculaires aigus ».
Selon eux, « à l’ère de l’Anthropocène, la protection de la santé cardiovasculaire dépendra de plus en plus de la réduction non seulement des facteurs de risque traditionnels, mais aussi du fardeau croissant des polluants environnementaux (la partie néfaste de l’exposome), parmi lesquels les plastiques pourraient bientôt jouer un rôle central. »