Vincent Richeux
MUNICH — Chez les patients atteints de fibrillation auriculaire (FA) symptomatique non permanente, un programme personnalisé d’activité physique au long cours permet, à un an, de réduire de 45% le temps passé en arythmie, par rapport à une prise en charge standard, selon l’essai multicentrique randomisé NEXAF, dont les résultatsont été présentés lors du congrès de la Société européenne de cardiologie (ESC 2026).
Cet essai, qui a inclus près de 300 patients, vient ainsi confirmer le bénéfice de l’exercice physique, encore peu pratiqué par les patients atteints de FA, malgré les recommandations en sa faveur. Présentées lors de ce congrès de l’ESC, les premières recommandations européennes sur la réadaptation cardiaque ont d’ailleurs rappelé l’intérêt de cette approche dans cette population (voir encadré).
Actuellement, « selon une enquête de l’European Heart Rhythm Association, seul un patient [atteint de FA] éligible sur dix est orienté vers un programme de réadaptation basé sur l’exercice », a indiqué le Dr Bjarne Nes (Université norvégienne des sciences et de la technologie, Trondheim, Norvège), investigateur principal de l’étude, qui déplore « un déficit dans la mise en œuvre » des recommandations.
Baisse des hospitalisations pour FA
« Les patients, mais aussi les cliniciens sont souvent inquiets du risque d’aggraver la FA avec la pratique d’une activité physique », a précisé le cardiologue lors de son intervention. Or, il a été déterminé que le bénéfice observe une courbe en J, le risque d’arythmie étant augmenté au-delà de 300 minutes (5 heures) d’activité modérée ou 150 minutes d’activité élevée par semaine.
Dans cet essai randomisé, qui a comparé l’effet d’un programme d’activité physique individualisé à une prise en charge standard, « une intervention reposant sur l’exercice physique pendant un an a entraîné une réduction significative de la charge globale de FA, amélioré la condition physique et réduit le nombre d’hospitalisations liées à la FA », a souligné le Dr Nes.
L’intervention consistait en huit séances supervisées de haute intensité au cours des quatre à six premières semaines, avant un suivi et un accompagnement à distance d’une activité physique régulière visant à maintenir l’activité à raison d’au moins 175 minutes d’exercice d’intensité modérée ou 75 minutes d’exercices d’intensité élevée par semaine.
Des recommandations favorables à l’activité physique adaptée
Hypertension, surpoids, apnée du sommeil, consommation d’alcool et inactivité physique font partie des facteurs de risque modifiables de FA sur lesquels il est recommandé d’agir en prévention primaire et secondaire. Depuis les recommandations européennes de prise en charge de la FA de 2024, la mise en place d’un programme d’activité physique adapté est à envisager en prévention secondaire pour réduire le risque de récidive.
Les premières recommandations européennes sur la réadaptation cardiaque, qui ont été révélées lors de l’ESC2026, valident également l’entraînement physique sous supervision médicale dans le cadre d’une réadaptation chez les patients atteints de FA. Cette approche vise notamment à « réduire la sévérité des symptômes liés à la FA, la charge symptomatique, la fréquence et la durée des épisodes, ainsi que les récidives », indique le document.
Si ce bénéfice de l’activité physique est désormais bien établi chez les patients atteints de FA, les essais étaient généralement de petite taille et de courte durée, a rappelé le cardiologue. L’essai NEXAF a été conçu pour évaluer les effets d’une intervention d’un an, non pas sur la récidive de FA, mais sur le temps passé en arythmie, ce qui fait l’originalité de l’étude.
L’essai a été mené dans trois centres en Norvège et a inclus 295 patients (âge moyen de 64 ans, 30% de femmes) présentant une FA symptomatique paroxystique – caractérisée par des épisodes intermittents d’arythmie durant moins de sept jours – ou persistante, diagnostiquée depuis cinq ans en moyenne. Etaient exclus les patients avec une FA permanente et ceux ayant bénéficié récemment d’un traitement par ablation ou chez qui une ablation étaient programmée.
Accompagnement à distance
Ils ont été randomisés pour, soit intégrer le programme d’activité physique pendant un an, soit la prise en charge standard, qui ne comprend pas d’intervention structurée basée sur l’exercice. Le programme comprenait un accompagnement à distance au moyen d’une montre connectée, d’une application et d’une plateforme en ligne. Tous les patients ont été équipés d’un moniteur cardiaque implantable.
Les deux critères primaires d’évaluation sont le temps passé en FA au cours de l’année de suivi et la variation à un an de la qualité de vie, évaluée par le score AFEQT (Atrial Fibrillation Effect on Quality of Life).
À un an, le temps passé en FA était réduit de 45 % chez les patients suivant le programme d’activité physique par rapport à ceux du groupe contrôle (respectivement 3,9 % contre 7,1 % du temps de suivi). Cette amélioration ne s’est toutefois pas traduite par une amélioration significative de la qualité de vie à un an selon le score AFEQT (+5,6 vs +4,4 points).
Concernant les critères d’évaluation secondaires, des améliorations de la capacité cardiorespiratoire et de la fréquence cardiaque au repos ont été observées avec l’intervention basée sur l’exercice. Les chercheurs ont également constaté une réduction de 37 % du nombre total d’hospitalisations et de 46 % des hospitalisations liées à la FA.
Déterminer la dose et l’intensité
Selon le Dr Nes, ce programme hybride associant une supervision à court terme en clinique à un programme d’exercice à domicile sur le long terme, avec un soutien numérique, a nécessité peu de ressources humaines et s’était révélé réalisable en pratique clinique.
« Cet essai renforce les arguments en faveur d’une mise en œuvre plus large d’un exercice physique structuré et au long cours dans la prise en charge de la FA », a-t-il conclu.
Invitée à commenter les résultats, la Dre Elena Arbelo (Hospital Clínic of Barcelona, Espagne) a indiqué qu’il convient désormais de mieux définir cette approche préventive par l’activité physique « en déterminant la dose et l’intensité des exercices nécessaires » pour assurer à la fois un bénéfice et une bonne adhérence au programme.
Selon la cardiologue, il sera également nécessaire « de mieux identifier les patients qui pourront bénéficier de ce type d’intervention » et de poursuivre le suivi pour savoir si cette approche « peut s’appliquer à plus long terme ».