L’œdème des pieds et des jambes est une condition médicale fréquente qui peut être à l’origine de douleurs, de faiblesse, de lourdeurs, d’inconfort, d’une limitation des mouvements et d’une détérioration de l’image corporelle. Plusieurs médicaments peuvent contribuer à l’apparition d’œdèmes, seuls ou en combinaison avec d’autres problèmes de santé.
Les œdèmes sont également associés à un âge avancé, au sexe féminin, à l’obésité, au diabète, à l’hypertension, à la douleur, au manque d’activité physique et à la limitation de la mobilité. Ces facteurs nécessitent souvent la prescription de médicaments, ce qui peut aggraver le problème. Il est donc important de savoir comment traiter ou prévenir les œdèmes induits par les médicaments.
Il existe quatre causes principales qui peuvent favoriser la survenue d’un œdème d’origine médicamenteuse :
- L’augmentation de la pression capillaire. Des affections telles que l’insuffisance cardiaque, le dysfonctionnement rénal, l’insuffisance veineuse, la thrombose veineuse profonde et la cirrhose peuvent augmenter la pression capillaire et provoquer des œdèmes.
- La diminution de la pression oncotique. L’hypoalbuminémie, cause principale de la réduction de la pression oncotique des colloïdes, peut résulter du syndrome néphrotique, de la néphropathie diabétique, de la néphropathie lupique, de l’amylose, d’autres néphropathies, de la cirrhose, des maladies hépatiques chroniques et de la malabsorption ou de la malnutrition.
- L’augmentation de la perméabilité capillaire. Les lésions vasculaires, souvent associées au diabète, peuvent augmenter la perméabilité capillaire et contribuer à la formation d’œdèmes.
- L’altération du drainage lymphatique. L’obstruction lymphatique est fréquente chez les patients souffrant de lymphœdème, de tumeurs, d’inflammation, de fibrose, de certaines infections, de chirurgie et d’anomalies congénitales. Des affections telles que les troubles de la thyroïde peuvent également provoquer une augmentation de l’albumine interstitielle et d’autres protéines sans augmentation correspondante du flux lymphatique, ce qui entraîne un lymphœdème.
Médicaments susceptibles de provoquer un œdème
- Inhibiteurs calciques. Des médicaments tels que la nifédipine et l’amlodipine peuvent augmenter la pression hydrostatique en provoquant une vasodilatation sélective des vaisseaux précapillaires, ce qui entraîne une augmentation des pressions intracapillaires. Les nouveaux médicaments lipophiles (par exemple, la lévamlodipine) présentent des taux d’œdème plus faibles. La réduction de la dose est souvent efficace. Les diurétiques ne sont pas très efficaces contre l’œdème induit par la vasodilatation. L’association des inhibiteurs calciques aux inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (ECA) ou aux antagonistes des récepteurs de l’angiotensine (ARA), qui induisent une dilatation postcapillaire et normalisent la pression intracapillaire, peut réduire la fuite de liquide dans l’espace interstitiel. Cette association peut être plus bénéfique qu’une monothérapie par inhibiteurs calciques à forte dose.
- Thiazolidinediones ou glitazones (p. ex. pioglitazone). Elles augmentent la perméabilité vasculaire et la pression hydrostatique. Elles agissent en stimulant le récepteur gamma activé par les proliférateurs de peroxysomes, en augmentant la perméabilité de l’endothélium vasculaire, la sécrétion du facteur de croissance de l’endothélium vasculaire et la rétention rénale de sodium et de fluides. En raison d’autres effets indésirables, leur utilisation est désormais limitée.
- Agents contre la douleur neuropathique (gabapentine et prégabaline). Ces médicaments peuvent induire une vasodilatation sélective des artérioles par un mécanisme similaire à celui des inhibiteurs calciques, provoquant une augmentation des pressions intracapillaires. L’œdème apparaît généralement au cours du premier mois de traitement ou d’augmentation de la dose, et régresse souvent après la réduction de la dose ou l’arrêt du médicament.
- Agonistes dopaminergiques antiparkinsoniens. Ils augmentent la pression hydrostatique en réduisant le tonus sympathique et en dilatant les artérioles grâce à l’activité des récepteurs alpha-2 adrénergiques.
- Nouveaux antipsychotiques. Des médicaments comme la clozapine, l’ilopéridone, la lurasidone, l’olanzapine, la quétiapine, la rispéridone et la ziprasidone peuvent augmenter la pression hydrostatique par des effets antagonistes sur les récepteurs alpha-1 adrénergiques, provoquant une vasodilatation.
- Nitrates. Ces médicaments augmentent la pression hydrostatique en provoquant une dilatation veineuse préférentielle, ce qui entraîne une augmentation de l’accumulation veineuse.
- Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS). Ils peuvent augmenter la pression hydrostatique en inhibant la vasodilatation des artérioles rénales afférentes, en diminuant le taux de filtration glomérulaire et en stimulant le système rénine-angiotensine-aldostérone, ce qui entraîne une rétention de sodium et d’eau. Ces effets indésirables justifient une utilisation prudente de ces agents.
- Inhibiteurs de l’ECA. Des médicaments tels que l’énalapril et le ramipril peuvent augmenter la perméabilité vasculaire. Ils réduisent le métabolisme et l’accumulation de bradykinine, qui augmente la perméabilité vasculaire et la fuite de liquide. Ces effets sont rares et sont généralement liés à des réponses allergiques.
- Insuline. Elle diminue la pression oncotique capillaire et augmente la perméabilité vasculaire. Une correction rapide de l’hyperglycémie peut entraîner une perte de la pression oncotique, tandis qu’une hyperglycémie chronique peut endommager les membranes vasculaires et augmenter la perméabilité. Ces effets sont généralement bénins et peuvent être gérés par un titrage prudent de la dose, une restriction sodique ou des diurétiques.
- Stéroïdes. Les stéroïdes ayant une activité minéralocorticoïde peuvent augmenter la rétention rénale de sodium et d’eau, entraînant une augmentation du volume sanguin. La fludrocortisone a l’activité minéralocorticoïde la plus élevée, tandis que la dexaméthasone et la méthylprednisolone ont une activité négligeable.
Implications
Il est important de comprendre comment ces médicaments provoquent des œdèmes pour une prise en charge efficace. Par exemple, dans le cas de ceux qui provoquent des œdèmes en raison d’une réduction de la pression oncotique, comme l’insuline, des titrages de dose lents peuvent aider à s’adapter aux changements d’osmolarité. Pour les médicaments provoquant des œdèmes en raison d’une augmentation de la pression hydrostatique, les diurétiques sont plus efficaces dans la prise en charge aiguë.
Les principaux enseignements à retenir sont les suivants :
- Sensibilisation à l’œdème induit par les médicaments. De nombreux médicaments autres que les inhibiteurs calciques peuvent provoquer des œdèmes.
- Traitement combiné. L’association d’inhibiteurs de l’ECA ou d’ARA avec des inhibiteurs calcique peut prévenir ou réduire l’œdème induit par les inhibiteurs calciques seuls.
- Stratégies de prise en charge des œdèmes. Les stratégies de prise en charge ou de prévention des œdèmes doivent inclure des réductions de dose ou le remplacement du médicament problématique, en particulier dans les cas graves ou réfractaires.

