Un patient de 66 ans a vécu avec un rein provenant d’un cochon modifié génétiquement pendant neuf mois, en attendant une transplantation avec un rein humain compatible.

Les xénogreffes de rein pourraient permettre aux patients de se passer de dialyse en attendant un greffon humain.
Les xénogreffes ont peut-être enfin trouvé leur raison d’être : un pont vers une greffe avec un organe humain. Plusieurs tentatives de xénotransplantation, où on insère un organe d’une autre espèce chez l’humain, ont eu lieu ces cinq dernières années, mais elles ont toutes fini par échouer. En cause, le rejet immunitaire qui attaque le nouvel organe et qu’on ne parvient toujours pas à éteindre complètement. Pour éviter ce rejet, on utilise des organes provenant de cochons modifiés génétiquement pour “ressembler” le plus possible aux organes humains. Ces efforts ont réussi à diminuer la probabilité de rejet aigu (lorsque l’organe est attaqué tout de suite après la greffe), mais, tôt ou tard, l’organe porcin finit par être reconnu comme un intrus et attaqué en conséquence. La possibilité de les utiliser comme de vraies alternatives aux organes humains est donc encore lointaine, mais ils pourraient tout de même sauver des vies : des chercheurs de l’hôpital général du Massachusetts et de l’Université de Harvard ont montré la voie, avec le premier cas de xénogreffe comme relai en attendant la disponibilité d’un organe humain compatible. Cette première a été publiée le 3 septembre 2026 dans The Lancet.
La xénogreffe a encore des problèmes en tant qu’alternative aux greffons humains
Le patient en question, Tim Andrews, est un homme de 66 ans avec une insuffisance rénale sévère à cause d’un diabète de type 2, ce qui l’obligeait à faire des dialyses depuis deux ans. Malgré les dialyses, son état de santé continuait à se détériorer, rendant nécessaire une greffe. Il n’avait pas de donneur potentiel dans son entourage et l’attente pour un rein compatible (groupe sanguin O) était estimée à cinq années. Un temps considéré trop long pour son état de santé par ces médecins, qui ont donc pensé à l’alternative des xénogreffes.
La xénotransplantation a eu lieu le 25 janvier 2025 avec succès. La greffe porcine a fonctionné tout de suite, remplaçant l’organe défaillant et évitant le fardeau des dialyses. Cependant, le corps du patient a réagi agressivement contre la greffe à plusieurs reprises. Deux semaines après l’intervention, le rein porcin a commencé à présenter une inflammation à cause d’une attaque de cellules immunitaires du patient. Les chercheurs ont réussi à contrôler ce premier évènement négatif avec des corticostéroïdes. Des évènements similaires ont eu lieu plusieurs fois, montrant notamment des atteintes au niveau du réseau vasculaire du rein, mais les médecins sont parvenus à stabiliser l’organe à chaque fois. D’autres complications ont aussi eu lieu, certaines causées probablement par le mauvais état de santé du patient (telles que des problèmes cardiaques, sachant que le patient avait déjà eu des problèmes similaires avant la greffe) et d’autres possiblement favorisées par le traitement immunosuppresseur pour éviter le rejet du greffon (telles que des infections urinaires).
La xénogreffe a fonctionné pendant neuf mois
Malgré les efforts des médecins, le rein porcin a commencé à défaillir définitivement environ 260 jours après la greffe. Des biopsies de l’organe montraient des blessures chroniques du réseau vasculaire du rein, et les médecins ont fini par extraire le greffon 271 jours après la greffe. Des analyses postérieures ont confirmé ces dommages, causés par une réactivation de la réponse du système immunitaire contre l’organe. Les médecins pensent que ces dommages pourraient être les conséquences indirectes des infections observées : ils devaient diminuer temporairement le traitement immunosuppresseur du patient pour permettre à son corps de lutter contre l’infection, ce qui aurait pu permettre au système immunitaire de s’attaquer aussi au greffon porcin. Le patient a donc dû revenir aux dialyses neuf mois après la xénogreffe.
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Un pont vers des greffes avec des organes humains
Mais deux mois et demi après, le patient a eu de la chance : un organe hautement compatible a été mis à sa disposition grâce à la probabilité très faible de rejet (à cause d’une haute compatibilité du système HLA, les antigènes des leucocytes humains qui constituent le complexe majeur d’histocompatibilité chez l’humain). Et malgré la xénogreffe précédente, cette nouvelle transplantation n’a présenté aucun problème : pas de rejet de l’organe et pas d’infection à cause d’un éventuel pathogène transporté par l’organe porcin. Au premier septembre 2026 (deux jours avant la publication), le greffon fonctionnait toujours bien depuis 231 jours, montrant qu’une xénogreffe n’est pas un obstacle à une greffe d’un organe humain par la suite.
“L’absence d’infection zoonotique et la transition vers un transplant de rein humain renforcent le rôle potentiel de la xénotransplantation comme un pont ou une stratégie de long terme pour des patients sélectionnés, affirment les auteurs. L’utilisation des xénogreffes de rein va probablement se focaliser d’abord sur les individus avec un accès restreint à une transplantation humaine à temps, mais avec une réserve physiologique suffisante pour tolérer un suivi intensif et l’immunosuppression. Des suivis plus longs et des analyses systématiques seront essentiels pour déterminer la durabilité, la sûreté et le rôle clinique optimal pour les xénotransplantations de rein en tant qu’approche pour pallier la pénurie mondiale de greffons.”