Les diabétiques traités par un analogue du GLP-1 (ou incrétinomimétique) présentent un risque légèrement accru de développer une dégénérescence maculaire liée à l’âge néovasculaire (dite encore humide, ou exsudative), d’après une étude publiée début juin par le JAMA Ophthalmology . Ce type de dégénérescence maculaire (DMLAn) se caractérise par une angiogenèse anormalement accrue et des lésions de la macula. Elle se traite par injections intraoculaires d’anti-VEGF afin de restaurer partiellement la vision ou, à tout le moins, freiner sa progression.
Le Dr Reut Shor (Département d’ophtalmologie de l’Université de Toronto) et son équipe ont inclus 139 002 patients dans leur étude prospective, qui a été conduite entre janvier 2020 et novembre 2023 et dont le suivi a été de 3 ans. Les patients inclus étaient tous diabétiques et âgés d’au moins 66 ans.
Cette cohorte canadienne a été constituée à partir des 1 119 517 patients potentiellement éligibles, avec un ratio d’appariement de 1 pour 2 : 46 334 patients ayant pris un analogue du GLP-1 et 92 668 témoins n’en ayant pas pris. L’âge moyen était de 66,2 ans, et la proportion de femmes s’élevait à 46,6 %. Le critère principal d’évaluation était l’incidence et le délai d’apparition d’une DMLAn au cours du suivi.
Un risque doublé
L’étude montre qu’après un an les patients ayant pris un analogue du GLP-1 étaient plus nombreux à avoir développé une DMLAn en comparaison avec des patients appariés selon l’âge mais n’ayant pas pris un tel médicament. Le risque restait relativement faible dans l’absolu, mais la différence était significative : environ 0,2 % chez les patients sous analogue du GLP-1 contre 0,1 % chez les autres patients (risque relatif ajusté : 2,21 ; IC à 95% : 1,65 – 2,96).
Cette différence soulève la question de savoir si ce risque accru de DMLAn est causé par des effets directs ou indirects. En tout cas, « nos données suggèrent que les médecins devraient être conscients des complications oculaires potentielles associées à l’utilisation des analogues du GLP-1 », écrivent les auteurs. Ils rappellent que « tout effet indésirable suspecté devrait être signalé aux systèmes de pharmacovigilance afin d’accroître la sécurité et de sensibiliser le public. »
Les auteurs estiment également que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour clarifier les mécanismes physiopathologiques en jeu et pour évaluer aussi complètement que possible les bénéfices et les risques liés à la prise d’un analogue du GLP-1.
D’autres Effets Indésirables oculaires connus des médicaments anorexigènes
A noter qu’une étude publiée dans le JAMA Ophtalmology a montré une association entre l’utilisation du sémaglutide et la neuropathie optique ischémique antérieure non artéritique (NOINA). En juin dernier, après analyse de toutes les données disponibles, l’agence européenne du médicament (EMA) a d’ailleurs publié un communiqué indiquant que la NOIAN était un effet indésirable très rare des médicaments à base de sémaglutide, pouvant toucher jusqu’à 1 patient sur 10 000. Chez les adultes atteints de diabète de type 2, la prise de sémaglutide serait associée à un risque environ 2 fois plus élevé de développer une NOIAN, par rapport aux personnes ne prenant pas ce médicament. Cela correspond à approximativement un cas supplémentaire de NOIAN pour 10 000 personnes-années de traitement.
En outre, les notices des agonistes des incrétines que sont le sémaglutide et le tirzepatide comportent des avertissements concernant le risque accru de rétinopathie diabétique chez les patients atteints de diabète de type 2. Tous les médicaments amaigrissants peuvent aggraver la rétinopathie diabétique en raison d’une chute brutale de la glycémie. Ils peuvent aussi modifier la forme du cristallin, ce qui peut entraîner une vision floue temporaire.
Enfin, la notice de l’association phentermine-topiramate, commercialisé aux Etats-Unis dans la prise en charge du surpoids et de l’obésité, met en garde contre un risque de myopie aiguë et de glaucome secondaire à angle fermé, tandis que celle de l’association naltrexone-bupropion, commercialisée mais non remboursée en France, mentionne le risque de glaucome à angle fermé.