Stéphanie Lavaud
Quid de la thrombectomie mécanique chez les patients présentant un AVC ischémique aigu dû à une occlusion artérielle intracrânienne distale ? Dans l’étude DISCOUNT, à trois mois, cette intervention n’a pas amélioré de façon significative le pronostic par rapport au traitement médical seul. L’étude a fait l’objet d’une publication parue le 22 juillet 2026 dans la revue JAMA.
Essai interrompu
La thrombectomie mécanique est une technique consistant à enlever le caillot sanguin qui bouche l’artère, de manière mécanique au moyen d’un système de retrait (« stent retriever »), en association avec un traitement médicamenteux. Si l’utilisation de cette méthode est déjà courante dans la prise en charge des AVC secondaires à une occlusion artérielle d’une artère de gros calibre, son intérêt pour les occlusions intracrâniennes plus distales (artères de moyen ou petit calibre, plus lointaines sur l’arbre vasculaire) reste à démontrer. D’où la mise au point de l’étude DISCOUNT (NCT05030142), sous l’égide des Prs Frédéric Clarençon (service de neuroradiologie de l’hôpital Pitié-Salpêtrière AP-HP, Sorbonne Université) et Agnès Dechartres (service de santé publique de l’hôpital Pitié-Salpêtrière AP-HP, Inserm et Institut Pierre Louis d’Épidémiologie et de Santé Publique).
Cet essai contrôlé randomisé a été mené dans 22 centres spécialisés dans la prise en charge de l’AVC en France entre novembre 2021 et avril 2025, avec un recrutement prévu de 488 patients. L’essai a été interrompu après l’analyse intermédiaire prévue, sur recommandation du comité de surveillance des données et de la sécurité, en raison d’un taux accru d’hémorragie intracrânienne symptomatique associée à la thrombectomie.
Au total, 244 patients, âgés en moyenne de 75 ans, ayant présenté un AVC ischémique aigu dû à une occlusion artérielle intracrânienne distale, ont été inclus : 123 ont été randomisés pour recevoir une thrombectomie mécanique en complément du traitement médical, et 121 ont reçu le traitement médical seul (groupe contrôle).
Complications hémorragiques plus fréquentes
Trois mois après la randomisation, un bon résultat fonctionnel a été observé chez 62 % des patients du groupe thrombectomie, contre 68 % dans le groupe contrôle. L’incidence des hémorragies intracrâniennes symptomatiques était plus élevée chez les 100 patients ayant effectivement bénéficié d’une thrombectomie que chez ceux qui n’en avaient pas bénéficié (11 % contre 3 %, p = 0,008), tout comme l’incidence des hémorragies sous-arachnoïdiennes (13 % contre 2 %, p < 0,001) et de la migration de l’embole (5 % contre 1 %, p = 0,04). Le taux de mortalité ne présentait pas de différence significative entre les deux groupes (6 % contre 8 %, p = 0,49).
La thrombectomie n’a donc pas permis d’obtenir un taux plus élevé de bons résultats cliniques à 3 mois par rapport au traitement médical seul chez les patients victimes d’un AVC ischémique aigu lié à une occlusion vasculaire majeure, les complications hémorragiques ayant été plus fréquentes après une thrombectomie.
« Toutefois, ces résultats contribuent à mieux définir la place de cette intervention et soulignent la nécessité de poursuivre les recherches afin d’identifier les patients susceptibles d’en tirer un bénéfice et d’optimiser les stratégies de prise en charge de ces AVC liés à une occlusion intracrânienne distale », considèrent les auteurs dans un communiqué de l’AP-HP.