Insuffisance cardiaque : une application suffit-elle à changer les comportements ?

Dans l’insuffisance cardiaque, l’application MonCœur n’améliore ni l’implication des patients ni leur qualité de vie à six mois. Une utilisation trop irrégulière ne permet cependant pas de juger l’efficacité réelle.

Les applications de suivi pour l’insuffisance cardiaque sont de plus en plus nombreuses, mais leur impact réel reste incertain. L’application MonCœur, développée par la Société française de cardiologie, regroupe les outils habituellement proposés : rappels de traitement, suivi du poids et de la tension artérielle, alertes et messages d’éducation thérapeutique. L’essai APPLIMONCOEUR a évalué si cet accompagnement numérique pouvait améliorer la prise en charge des patients.

Un essai randomisé dans douze centres français

L’étude a été menée dans douze centres français. Au total, 123 patients (âge moyen de 55 ans, 84 % d’hommes) présentant une insuffisance cardiaque à fraction d’éjection du ventricule gauche (FEVG) ≤ 40 % ont été analysés. Ils avaient été hospitalisés pour une décompensation récente ou pour une insuffisance cardiaque nouvellement diagnostiquée. Les participants ont été répartis entre un groupe recevant les soins usuels et un groupe recevant les soins usuels associés à l’application.

Le critère principal était l’évolution à six mois du self-care, c’est-à-dire l’implication du patient dans sa propre prise en charge évaluée par l’échelle EHFScB. Les éléments évalués par cette échelle sont les suivants : pesée quotidienne, restriction hydrosodée, observance, recours au soignant en cas de prise de poids, de dyspnée, d’œdèmes ou de fatigue. Sur ce critère, aucune différence n’a été observée : le self-care s’est amélioré de façon comparable dans les deux groupes, sur le plan statistique (−4,6 points dans le groupe application contre −0,9 point dans le groupe soins usuels ; p = 0,23). Même constat pour la qualité de vie (p = 0,87) et l’observance (p = 0,12). L’activité physique progresse aussi dans les deux groupes sans différence à six mois, mais un bénéfice en faveur de l’application émerge à douze mois.

Une efficacité limitée par une utilisation inégale de l’application

Avant de conclure que l’application est inefficace, il faut regarder de plus près son utilisation. Seuls 42 % des patients du groupe d’intervention l’ont utilisée de manière régulière. Dans ces conditions, il est difficile de savoir si l’outil manque réellement d’efficacité ou s’il n’a pas été suffisamment utilisé pour produire un effet. L’étude souffre aussi d’un manque de puissance. Les investigateurs prévoyaient d’inclure 300 patients, mais seulement 123 ont finalement été randomisés. La population étudiée était par ailleurs relativement jeune et très majoritairement masculine, ce qui limite la généralisation des résultats à l’ensemble des patients atteints d’insuffisance cardiaque.

La conclusion de ce travail est qu’une application ne remplace pas le contact humain. Les programmes de télésurveillance efficaces reposaient sur l’intervention régulière d’un soignant, souvent une infirmière, et non sur de simples rappels automatiques. Il faudra, par la suite, évaluer si l’application MonCœur pourrait trouver son utilité au sein d’un parcours structuré associé à un suivi humain.