Risque hémorragique sous antithrombotiques : le point sur la prévention par IPP

Vincent Richeux

29 janvier 2025

PARIS — La prévention des lésions et des hémorragies gastro-intestinales sous antithrombotiques repose sur une gastroprotection par inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) chez les patients à risque. Lors des Journées européennes de la Société française de cardiologie (JESFC 2025), le Dr Gilles Macaigne (GHI Le Raincy Montfermeil) est revenu sur les conditions de prescription du traitement préventif.

Au cours de ses deux présentations, le gastro-entérologue a notamment rappelé les facteurs de risque à prendre en compte avant d’envisager un traitement par IPP, mais aussi ses effets secondaires, le risque d’interaction avec le clopidogrel et la nécessité de rechercher et d’éliminer une infection par Helicobacter pylori.

Sous-prescription de la gastroprotection

Si 50 à 80 % des prescriptions par IPP ne sont pas justifiées, notamment en prévention de l’ulcère gastroduodénal sous anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), il existe également une sous-prescription chez les patients à risque hémorragique prenant des antithrombotiques, en particulier des anticoagulants oraux directs (AOD), a souligné le spécialiste.

Les patients de plus de 65 ans sous AOD doivent recevoir le traitement par IPP prophylactique.

Une étude danoise s’appuyant sur un registre national de données de santé a pu montrer que 20 % des patients mis sous antithrombotique en prévention du risque cardiovasculaire ont reçu des IPP, alors qu’ils étaient à faible risque hémorragique, tandis que 40 % de ceux présentant un risque hémorragique élevé n’ont pas eu de prescription d’IPP.

Pourtant, les IPP ont fait leur preuve dans cette indication. Selon une méta-analyse, les IPP utilisés comme traitement à visée gastroprotective sont associés à une réduction de 80 % du risque hémorragique. « Il est désormais bien établi qu’il y a un bénéfice des IPP dans la prophylaxie des lésions et des hémorragies digestives chez ces patients à risque », estime le Dr Macaigne.

Il n’y a pas de recommandation spécifique sur la prévention des hémorragies chez les patients sous antithrombotique. Les recommandations européennes sur la prise en charge du syndrome coronarien chronique précisent que le traitement par IPP est recommandé (Classe I, niveau A) « chez les patients à haut risque hémorragique recevant une monothérapie par aspirine, une double agrégation antiplaquettaire (DAPT) ou un AOD ».

Systématique chez les plus de 65 ans sous AOD

Pour y voir plus clair sur les facteurs de risque à prendre en compte chez les patients recevant des antithrombotiques en prévention du risque cardiovasculaire, le Dr Macaigne propose un algorithme construit notamment à partir des recommandations européennes.

 

Chez les patients mis sous antiagrégant plaquettaire, comme l’aspirine, le traitement par IPP est ainsi recommandé dans les situations suivantes :

  • antécédents d’ulcère gastrique ou duodénal avec ou sans complication ;
  • association avec un autre antiplaquettaire ;
  • association avec un antivitamine K ou un AOD ;
  • association avec un traitement par AINS ;
  • association avec un traitement par corticostéroïde.

Le traitement est également recommandé en présence d’au moins deux de ces facteurs de risque : âge ≥ 65 ans, dyspepsie, reflux gastro-œsophagien (RGO), alcoolisme chronique et une infection à H. pylori.

Chez les patients recevant un AOD, on retrouve les mêmes facteurs de risque, mais « l’âge devient un facteur de risque majeur », justifiant à lui seul le traitement préventif par IPP, note le gastro-entérologue. « Les patients de plus de 65 ans sous AOD doivent recevoir le traitement par IPP prophylactique », tout comme les patients traités par une combinaison d’antithrombotiques.

Risque d’interaction avec le clopidogrel

Parmi les AOD, le rivaroxaban est associé au risque le plus élevé d’hémorragie digestive, avec un risque multiplié par cinq dans les études contrôlées contre placebo, tandis que l’apixaban présente un risque moindre par rapport aux autres AOD (risque multiplié par trois).

La prescription des IPP est toutefois à adapter dans cette indication. Tout d’abord, dans la prophylaxie des hémorragies digestives, « il doit être prescrit à demi-dose, sauf dans le cas de l’oméprazole ». Il est recommandé de prendre le médicament à jeun, le matin, 30 minutes avant le repas.

Pour rappel, « une prise unique d’IPP permet une réduction de l’acidité gastrique de 60 % environ pendant près de 24 heures ». Les IPP sont ensuite métabolisés au niveau hépatique par les cytochromes P450.

Cette interaction avec les cytochromes P450 peut réduire l’effet du clopidogrel qui est métabolisé par ces mêmes cytochromes pour libérer son métabolite actif. Par conséquent, chez les patients sous clopidogrel, « il est conseillé d’espacer les deux prises de 12 heures » afin d’éviter les interactions. Mieux vaut alors prendre le clopidogrel le soir.

Rechercher l’infection par H . pylori

Parmi les IPP, le rabéprazole est à privilégier en cas de traitement par clopidogrel, le risque d’interaction étant plus faible avec ce médicament. Si possible, le clopidogrel peut également être substitué par le prasugrel, qui n’a pas d’interaction avec les IPP.

Concernant l’infection par H. pylori, s’il est désormais admis qu’elle n’augmente pas le risque d’hémorragie digestive sous anticoagulant, une éradication de la bactérie améliore la gastrite chronique et réduit le risque de cancer gastrique chez les patients sous traitement par IPP, selon le dernier consensus Maastricht 6 de 2022 sur l’infection par H. pylori.

Il est donc recommandé de rechercher une infection par H. pylori chez ces patients. Si le patient est symptomatique, la recherche s’appuie sur une fibroscopie et une biopsie. Chez le patient asymptomatique, le test respiratoire s’impose. « Il faut alors stopper l’IPP deux semaines avant le test pour augmenter sa sensibilité et ne pas prendre d’antibiotiques pendant les quatre semaines précédentes », précise le Dr Macaigne.

Un arrêt progressif recommandé

Enfin, lorsque l’arrêt du traitement par IPP est envisagé, il doit être progressif en raison d’un risque d’effet rebond acide, a rappelé le gastro-entérologue. « Une interruption brutale des IPP s’accompagne d’une sécrétion acide à un taux supérieur à ce qu’il était avant le début du traitement », ce qui induit des symptômes digestifs.

Autre effet secondaire à prendre en compte avec les IPP : l’hypomagnésémie. « Les IPP inhibent l’absorption du magnésium, en particulier chez les plus de 65 ans. » Un dosage du magnésium sérique est donc à prévoir chez ces patients pour prescrire en plus, si besoin, une supplémentation en magnésium.

Il faut également garder en tête que les IPP favorisent les infections digestives par des bactéries acidsosensibles (Clostridium difficile, salmonella, campylobacter…) et les pullulations bactériennes dans la partie haute du tube digestif, ajoute le Dr Macaigne.

Une diarrhée secrétaire induite par une colique microscopique peut également être observée. « Elle survient en principe chez des patients qui ont commencé le traitement par IPP depuis quatre mois environ. » Le lansoprazole est considéré comme le principal IPP en cause.

La consommation d’alcool excessive est associée à un surrisque d’endocardite infectieuse

Vincent Richeux

4 février 2025

PARIS — Selon une large étude épidémiologique menée en France à partir de données hospitalières, le risque de développer une endocardite infectieuse est deux fois plus élevé chez les patients consommant ou ayant consommé une quantité importante d’alcool (au moins six verres standards d’alcool/jour). Les résultats ont été présentés lors des Journées Européennes de la Société Française de Cardiologie  (JESFC 2025) .

Les chercheurs ont repris les données de 26 millions de patients hospitalisés en France entre 2019 et 2023, dont celles de plus d’un million d’adultes déclarés comme ayant une dépendance à l’alcool. Il s’avère qu’une forte consommation d’alcool, présente ou passée, se retrouve chez un homme atteint d’endocardite sur cinq.

Il va falloir désormais interroger les patients pris en charge pour une endocardite sur leur consommation d’alcool.

C’est la première fois que ce facteur majeur de risque d’endocardite est ainsi mis en évidence. Se pose désormais la question du risque associé à une consommation d’alcool plus modérée, « qui est pour le moment inconnu » et qui devra faire l’objet d’autres études, a commenté auprès de Medscape édition française, le Dr Michael Schwarzinger (CHU de Bordeaux).

Les hommes davantage touchés

Néanmoins, « on peut suspecter un risque accru d’endocardite avec la consommation d’alcool en général ». Dans tous les cas, dans cette étude épidémiologique, « l’importance de ce facteur de risque apparaît clairement », a ajouté le médecin de santé publique.

« Il va falloir désormais interroger les patients [pris en charge pour une endocardite] sur leur consommation d’alcool », a souligné en fin de présentation, la Dre Christine Selton-Suty (CHU Nancy-Brabois, Nancy), modératrice de la session, lors d’un échange avec l’auditoire.

En cas de consommation excessive d’alcool, l’intervention d’un addictologue pourrait ainsi se justifier dans le parcours de soins des patients traités pour une endocardite. Pour le moment, les patients sont orientés vers un addictologue seulement en cas d’usage de drogues par voie intraveineuse, facteur de risque bien intégré d’endocardite infectieuse.

Le lien potentiel entre la consommation d’alcool et l’endocardite infectieuse était suspecté au regard des différences en termes de sex ratio observées chez les patients atteints d’endocardite, a expliqué le Dr Schwarzinger. « Aucune piste sérieuse n’a pu expliquer jusqu’à présent pourquoi les hommes sont davantage touchés. »

On compte en effet deux fois plus d’hommes atteints d’endocardite que de femmes, tandis que les hommes sont trois fois plus nombreux à avoir une consommation problématique d’alcool que les femmes. Dans les pays à majorité musulmane, où l’alcool est très peu consommé, l’endocardite semble toucher autant les hommes que les femmes, précise le praticien.

Immunodépression favorisée par l’alcool

L’alcool a aussi un effet négatif sur le système immunitaire. « On sait que les fortes consommations d’alcool sont associées à une immunodépression et à des risques d’infection bactérienne. Il existe un risque d’infection majeur chez les personnes les plus exposées à l’alcool. »

Pour explorer cette piste, le Dr Schwarzinger et ses collègues ont mené une étude épidémiologique à partir des données hospitalières du PMSI (Programme de médicalisation des systèmes d’information). Les données des patients hospitalisés en 2019 et 2023 ont été analysées pour retenir celles concernant une déclaration d’endocardite ou de dépendance à l’alcool.

La dépendance à l’alcool, qui est « la seule déclaration possible dans le PMSI pour la consommation d’alcool », est définie comme une consommation d’au moins six verres standards d’alcool/jour. Un verre standard contient 10 g d’alcool environ et correspond à un demi de bière ou un ballon de vin.

Dans les études, les moyennes rapportées en termes de consommation pour une dépendance à l’alcool se trouvent autour « de 15 verres/jour pour un homme et 10 verres/jour pour une femme ». Une consommation de 15 verres d’alcool standard/jour correspond à quasiment deux bouteilles de vin/jour.

Dans la base de données du PMSI, les déclarations de dépendance à l’alcool concernaient également les patients admis pour une cure de sevrage ou déclarant une abstinence après une dépendance à l’alcool, « qui a pu durer entre 20 et 30 ans ».

Au total, entre 2019 et 2023, 1,1 million de patients avec une dépendance à l’alcool ont effectué un séjour à l’hôpital, dont 75 % d’hommes. Parmi les patients enregistrés comme étant dépendants à l’alcool, 20 % ont déclaré être abstinents.

Effet réversible avec l’abstinence

Au cours des cinq années, 41 632 cas d’endocardite infectieuse ont été enregistrés, soit une prévalence de 0,1 % sur l’ensemble des adultes hospitalisés en France pendant cette période. Le sex ratio est « assez classique », note le Dr Schwarzinger, avec une part d’hommes de 69 %. « La prépondérance des hommes apparait à partir de 45 ans. »

Près de 80 % des patients avec une endocardite ont des comorbidités. La consommation d’opioïdes est rapportée dans 2,5 % des cas, tandis que la dépendance à l’alcool se retrouve chez 15 % des patients. Le taux atteint 19 % chez les hommes (environ 30 % entre 45 et 70 ans) et près de 7 % chez les femmes.

L’analyse montre une forte corrélation entre la consommation d’alcool excessive, qu’elle soit présente ou ancienne, et le risque d’endocardite qui est alors multiplié par deux (hazard ratio [HR] 1,97 [1,86-2,07], p < 0,0001). Les pathologies liées à l’alcool, comme la cirrhose, sont également associées à un surrisque d’endocardite.

Chez les patients en cure de sevrage ou abstinents, « on retrouve un effet-dose avec une réversibilité » sur le niveau de risque, proportionnel à la durée du sevrage, a précisé l’intervenant. Un résultat qui confirme également la corrélation entre l’endocardite et la consommation d’alcool.

Multiplication des facteurs de risque

Pour la Dre Selton-Suty, la réduction du risque, notamment de récidive après une endocardite, passe par une meilleure éducation des patients, notamment sur les gestes préventifs. La baisse de la consommation d’alcool ou le maintien de l’abstinence pourrait, selon elle, s’intégrer dans la prévention, au même titre qu’une bonne hygiène buccodentaire.

D’autres facteurs de risque ont été récemment mis en évidence dans les études épidémiologiques, au point de revoir l’approche adoptée dans la prise en charge de l’endocardite infectieuse, a ajouté la cardiologue. « Il semble que les études sur les données de santé soient en train de remettre à niveau nos connaissances sur l’endocardite. »

Par exemple, un geste buccodentaire chez un porteur de pacemaker serait associé à un surrisque de développer une endocardite dans les trois mois. Le risque serait également majoré en cas de communication interatriale, une malformation congénitale caractérisée par une ouverture entre les deux cavités supérieures du cœur, « alors qu’on nous a toujours appris le contraire ».

Selon le Dr François Goehringer (CHU de Nancy), également modérateur de cette session consacrée à l’endocardite infectieuse, des registres seraient en train de suggérer un surrisque d’endocardite avec des procédures invasives, autres que l’acte dentaire, comme une résection de la prostate. Finalement, « tout acte invasif pourrait être à risque ».

Insuffisance cardiaque : une thérapie génique prometteuse

Article PARU le 19-12-24 sur le site de Sciences et Avenir

Par Lucille Marollé (Sciences et Avenir)

Pour combattre l’insuffisance cardiaque, maladie du cœur encore trop souvent mortelle, des scientifiques américains se sont lancés dans la mise au point d’une thérapie génique à base de protéine et de virus et dont les premiers résultats s’avèrent prometteurs.

Vers un traitement pour combattre l’insuffisance cardiaque ?

L’insuffisance cardiaque touche un peu plus de 64 millions de personnes à travers le monde et entre 400.000 et 700.000 personnes en France (lire l’encadré ci-dessous). Malgré le nombre de personnes concernées et la haute mortalité qu’entraîne cette maladie, il n’existe que peu d’options thérapeutiques pour les patients. En effet, les choix se limitent généralement à un changement dans les habitudes de vie du patient, en passant par l’alimentation ou l’arrêt de la consommation de produits toxiques tels que l’alcool, une intervention, la pose d’un dispositif d’assistance ventriculaire (DAV), afin d’aider le cœur à pomper le sang, ou carrément une transplantation cardiaque. Ainsi, les options pour combattre la maladie et prolonger l’espérance de vie sont assez faibles : en moyenne, 81,3% des patients décèdent dans l’année suivant leur diagnostic.

Cependant, des chercheurs de l’Université de santé de l’Utah (Etats-Unis) se sont penchés sur les solutions pouvant être apportées aux patients souffrant d’une insuffisance cardiaque. Ainsi, les scientifiques ont réalisé leurs expérimentations sur des porcs, car leur cœur présente une physiologie assez proche de celui de l’humain. Les résultats de cette étude ont été publiés dans la revue Nature.

L’insuffisance cardiaque, qu’est-ce que c’est ?

L’insuffisance cardiaque est une maladie du cœur, rendant le muscle cardiaque incapable d’assurer de manière normale la propulsion du sang dans le corps, c’est-à-dire que la capacité du cœur à pomper le sang pour répondre aux besoins de l’organisme se trouve largement diminuée. Selon l’Institut de Cardiologie de Montréal (Canada), les causes de l’insuffisance cardiaque peuvent être multiples : des malformations du cœur aux maladies cardiaques en passant par la consommation excessive d’alcool, de nombreux facteurs peuvent jouer sur le développement de cette maladie cardiaque. D’après la Société Française de Cardiologie, l’insuffisance cardiaque touche entre 1 et 2% de la population générale, avec une augmentation des risques en vieillissant.

Durant ses recherches, l’équipe de spécialistes s’est rendu compte que, lorsqu’un individu souffre d’insuffisance cardiaque, une protéine des cellules du cœur venait à baisser en quantité. Constat fait également chez la souris et le porc. Cette protéine, c’est l’intégrateur d’interconnexion cardiaque 1 (en anglais, « cardiac bridging integrator 1 »), abrégé cBIN1. « Quand les taux de cBIN1 sont bas, nous savons que les patients ne vont pas aller bien », précise le docteur Robin Shaw, spécialiste du cœur à l’Université d’Utah (Etats-Unis) et co-auteur principal de l’étude. Alors il s’est posé la question suivante : qu’arrive-t-il aux patients à qui on réinjecte cette protéine dans leurs cellules cardiaques ?

« Nous n’avons jamais vu une telle efficacité »

Pour répondre à cette question, ce scientifique et son équipe ont décidé d’utiliser des porcs en leur faisant subir, via des stimulations d’un pacemaker, des battements du cœur fortement élevés, aux alentours de 170 battements par minute, afin qu’ils développent une insuffisance cardiaque. Ils ont ensuite pu injecter directement dans les vaisseaux sanguins des animaux la protéine cBIN1, contenue dans un virus adéno-associé (c’est-à-dire un petit virus contenant des gènes et déjà existant chez l’humain et le porc). La protéine, en passant par les vaisseaux sanguins de l’animal, via le virus, a alors pu directement aller dans les cellules cardiaques des porcs.

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Les porcs ayant subi cette thérapie génique (lire l’encadré ci-dessous) sont restés sous les mêmes conditions de stress tout au long de l’étude, c’est-à-dire que durant six mois, leurs battements de cœur sont restés élevés par stimulation. Pourtant, d’après les scientifiques, les quatre porcs ayant reçu ses injections sont restés vivants jusqu’à la fin de l’étude, au lieu de mourir dans un délai d’un mois s’il ne l’avait pas reçu. De plus, le traitement n’a pas seulement empêché leur situation d’empirer, mais il l’a en plus amélioré ! En effet, le cœur se serait même mis à s’auto-réparer, c’est-à-dire que certaines de ses fonctions se sont améliorées. « Nous n’avons jamais vu une telle efficacité dans toute l’histoire des recherches sur l’insuffisance cardiaque », se réjouit le docteur Robin Shaw.

Effectivement, plusieurs tentatives précédentes de traitements étudiés pour combattre l’insuffisance cardiaque n’ont montré de signes d’amélioration des fonctionnalités du cœur n’allant que de 5 à 10%. Cependant, la thérapie génique à base de cBIN1 a mis en évidence des signes d’amélioration des fonctions cardiaques pouvant aller jusqu’à 30%. Les fonctions du cœur se rétablissent avec notamment une amélioration du pompage du sang, une diminution de la pression artérielle et parfois même une réduction de la taille du cœur qui pouvait aller jusqu’à retrouver une allure presque semblable à celle d’un cœur sain. D’après le docteur Shaw, « c’est le jour et la nuit », entre ces traitements et leurs résultats.

La thérapie génique, qu’est-ce que c’est ?

La thérapie génique est une stratégie thérapeutique visant à modifier les gènes présents dans certaines cellules dans le but de guérir une maladie. Des thérapies géniques sont déjà utilisées, notamment pour lutter contre certaines maladies rares. Quant aux thérapies géniques visant le cœur, elles cherchent à stimuler la formation de nouveaux vaisseaux sanguins. De nombreuses recherches et études sont en cours afin de pouvoir en trouver une qui puisse être efficace face à l’insuffisance cardiaque.

Une thérapie génique testée sur l’humain dès l’automne 2025

Ainsi, les scientifiques ont bon espoir que cette thérapie génique puisse s’appliquer dans un futur plus ou moins proche aux humains. « Lorsque vous voyez de telles données sur des animaux larges à la physiologie proche de celle de l’humain, cela vous fait réfléchir et vous vous dites que vous pouvez peut-être guérir cette maladie”, s’enthousiasme TingTing Hong, co-autrice de l’étude.

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Ainsi, l’équipe de chercheurs compte demander l’autorisation de tester cette thérapie sur des humains, dès l’automne 2025, auprès de la FDA (ou Food and Drug Administration), l’administration américaine chargée de la surveillance des produits alimentaires et médicamenteux. Cependant, cette thérapie génique doit encore passer de nombreux tests et études toxicologiques pour assurer sa sûreté pour l’humain. De plus, comme dans la plupart des thérapies géniques, il reste à voir si elle fonctionnera chez les personnes ayant acquis une immunité naturelle contre le virus adéno-associé porteur de la protéine cBIN1.

 

Nouvelles données : les traitements les plus prometteurs dans le COVID long

Sara Novak

9 décembre 2024

Le COVID long est une maladie symptomatique, ce qui signifie qu’en l’absence de traitement curatif, les médecins traitent principalement les symptômes ressentis par leurs patients. Les traitements efficaces pour le Covid long restent compliqués à déterminer, car ce qui fonctionne pour un patient peut être totalement inefficace pour un autre. Mais, en cette fin 2024, les chercheurs ont commencé à identifier un certain nombre de traitements qui soulagent les 17 millions d’Américains diagnostiqués avec un Covid long et les autres patients dans le monde.

Voici un aperçu des traitements les plus prometteurs identifiés par la recherche.

Naltrexone à faible dose

Certaines recherches suggèrent que la naltrexone à faible dose peut être utile pour les patients souffrant de brouillard cérébral (brain fog), de douleurs, de troubles du sommeil et de fatigue, a déclaré le Dr Ziyad Al-Aly, expert mondial en matière de Covid long et chef de la recherche et du développement au Veterans Affairs St Louis Health Care System.

La naltrexone à faible dose est un agent anti-inflammatoire actuellement approuvé par la Food and Drug Administration des États-Unis pour le traitement de la dépendance à l’alcool et aux opioïdes.

« Nous ne connaissons pas le mécanisme d’action de ce médicament et, d’ailleurs, nous ne comprenons pas vraiment ce qui cause le brouillard cérébral. Mais ses propriétés anti-inflammatoires semblent peut-être aider, et pour certains patients, la naltrexone à faible dose a été utile », a déclaré le Dr Al-Aly.

Une étude publiée en mars 2024 a montré que la fatigue et la douleur étaient améliorées chez les patients prenant une faible dose de naltrexone. Dans une autre étude, publiée dans le numéro de juin 2024 de Frontiers in Medicine , les chercheurs ont constaté que la naltrexone à faible dose était associée à l’amélioration de plusieurs symptômes cliniques liés au Covid long, tels que la fatigue, la mauvaise qualité du sommeil, le brouillard cérébral, le malaise post-exercice et les maux de tête.

Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) et antidépresseurs

L’année dernière, des chercheurs de l’université de Pennsylvanie, à Philadelphie, ont découvert un lien entre une longue période de Covid et des niveaux plus faibles de sérotonine dans l’organisme. Cette découverte a permis de mettre en évidence la possibilité d’utiliser des ISRS pour traiter la maladie.

Pour les patients dont les problèmes psychiatriques se chevauchent et se confondent avec un brouillard cérébral, les ISRS prescrits pour traiter la dépression et d’autres troubles mentaux, ainsi que l’antidépresseur Bupropion, se sont révélés efficaces pour traiter les problèmes de concentration, le brouillard cérébral et la dépression, a déclaré la Dre Nisha Viswanathan, directeur du programme Covid long de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) à l’UCLA Health.

Une étude publiée dans le numéro de novembre 2023 de la revue Scientific Reports a révélé que les ISRS entraînaient une « réduction considérable des symptômes », en particulier le brouillard cérébral, la fatigue, la surcharge sensorielle et une amélioration générale du fonctionnement. L’Abilify à faible dose, qui contient de l’aripiprazole, un médicament antipsychotique, s’est également avéré efficace pour les problèmes cognitifs causés par les symptômes persistants de Covid.

« Abilify est traditionnellement utilisé pour le traitement de la schizophrénie ou d’autres troubles psychotiques, mais à faible dose, certaines données suggèrent qu’il peut également être anti-inflammatoire et utile pour les problèmes cognitifs tels que le brouillard cérébral », a déclaré la Dre Viswanathan.

Modafinil

Le modafinil, un médicament précédemment utilisé pour gérer la narcolepsie, s’est également révélé efficace pour traiter la fatigue et les déficits neurocognitifs causés par le Covid long, a déclaré la Dre Viswanathan. Il s’agit d’un autre médicament qu’elle a trouvé utile pour un certain nombre de ses patients.

On pense que ces symptômes cognitifs sont causés par la libération de cytokines inflammatoires qui entraînent une stimulation excessive des neurotransmetteurs dans l’organisme. Selon un article paru en juin 2024 dans l’American Journal of Psychiatry, « le modafinil peut agir de manière thérapeutique sur ces voies, ce qui a peut-être contribué à l’amélioration des symptômes ». Mais ce médicament n’a pas été étudié à grande échelle chez les patients souffrant de Covid long et il s’est avéré qu’il présentait des interactions avec d’autres médicaments.

La metformine

Des recherches ont montré que la metformine, un médicament bien connu contre le diabète, réduit les cas de Covid long lorsqu’elle est prise pendant la phase aiguë de la maladie. Elle semble stimuler la fonction métabolique des patients.

« Il est logique qu’elle soit efficace car elle semble avoir des effets anti-inflammatoires sur l’organisme », a déclaré la Dre Grace McComsey, qui dirige à Cleveland l’un des 15 centres nationaux de traitement du COVID long financés par l’initiative fédérale RECOVER (Researching COVID to Enhance Recovery). La Dre McComsey ajoute qu’elle pourrait réduire la persistance virale à l’origine de certaines formes de COVID long.

Une étude publiée dans le numéro d’octobre 2023 de la revue The Lancet Infectious Diseases a montré que la metformine semblait réduire les cas de Covid long chez les patients qui la prenaient après avoir reçu un diagnostic de Covid. Elle semble moins efficace chez les patients qui souffrent déjà d’un Covid long.

Antihistaminiques

D’autres données suggèrent que la prise d’antihistaminiques a amélioré la situation de certains patients souffrant d’un Covid long. La recherche a montré que les symptômes du Covid long se sont améliorés chez 29% des patients atteints de ce syndrome.

Bien que les chercheurs ne sachent pas exactement pourquoi les antihistaminiques agissent sur le Covid long, on pense que lorsque les mastocytes, un type de globule blanc qui fait partie du système immunitaire, « dégranulent » et provoquent une réaction inflammatoire, ils libèrent une grande quantité d’histamines. Les médicaments antihistaminiques comme la famotidine bloquent les récepteurs de l’histamine dans l’organisme, ce qui améliore les symptômes tels que le brouillard cérébral, les difficultés respiratoires et l’accélération du rythme cardiaque chez les patients.

« Pour certains patients, ces médicaments peuvent sauver leur vie », a déclaré David Putrino, directeur du Cohen Center for Recovery from Complex Chronic Illness (Centre Cohen pour le rétablissement des maladies chroniques complexes) et leader national dans le traitement du Covid long.

Le Dr Putrino met en garde les patients contre la prise aléatoire de ces médicaments et d’autres, lesquels ne sont pas sans risques, surtout si l’on prend plusieurs d’entre eux.

« Souvent, on dit aux patients qu’ils ne risquent rien à essayer quelque chose, mais les médecins devraient tout de même conseiller leurs patients et leur rappeler que toute prise médicamenteuse comporte un risque de sensibilité aux médicaments et d’interactions médicamenteuses », a déclaré le Dr Putrino.

La bonne nouvelle est que les médecins ont commencé à identifier certains traitements qui semblent fonctionner chez leurs patients, mais nous ne disposons pas encore d’essais cliniques à grande échelle permettant d’identifier les traitements qui fonctionneront chez certains patients et pourquoi.

Il y a encore beaucoup de choses que nous ne savons pas, et pour les médecins qui sont en première ligne pour traiter les Covid long, c’est encore un jeu de devinettes. « Ce n’est pas juste une seule chose mais une constellation de symptômes », a déclaré le Dr Al-Aly. Et si un traitement peut être extrêmement efficace pour un patient, il peut être inefficace ou, pire, problématique, pour un autre.

AHA : focus sur les études OPTION, VANISH2 et CLEAR SYNERGY

Dr Michel Zeitouni

22 novembre 2024

Michel Zeitouni, cardiologue  à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière,  résume et commente 3 études marquantes de l’ AHA 2024  : l’essai OPTION qui compare fermeture de l’auricule gauche et anticoagulation après l’ablation de la FA ; VANISH2 qui s’intéresse à l’ablation par cathéter vs les traitements médicamenteux dans la tachycardie ventriculaire ; et CLEAR SYNERGY sur les effets de la spironolactone dans l’infarctus du myocarde.

TRANSCRIPTION

Bonjour à tous, j’ai le plaisir de partager avec vous quelques études auxquelles j’ai assisté à l’American Heart Association (AHA) 2024 à Chicago — c’était d’ailleurs les 100 ans de l’AHA.

OPTION : anticoagulation vs fermeture de l’auricule gauche après l’ablation de la FA

Une étude qui a beaucoup fait parler d’elle, c’est OPTION , qui a été présentée par un des investigateurs de la Cleveland Clinic. Cette étude randomisée s’intéressait à l’hypothèse suivante : la fermeture de l’auricule gauche dans les suites d’une ablation de fibrillation atriale (FA) est-elle non inférieure à une stratégie standard par anticoagulant ?

En pratique, l’étude a inclus 1600 patients qui avaient tous une ablation de FA et qui ont été randomisés à soit à la fermeture de l’auricule gauche concomitante, soit à un traitement anticoagulant oral. Les patients avaient donc une ablation de FA de prévu et ils avaient un CHA2DS2-VASc > 2 pour les femmes ou > 3 pour les hommes.

Cette étude a montré la non-infériorité sur les événements ischémiques, c’est-à-dire les décès, AVC ou accident cardio-embolique de la fermeture de l’auricule gauche par rapport aux anticoagulants. Et elle a montré la supériorité sur les événements hémorragiques, c’est-à-dire que les patients qui avaient l’auricule gauche fermé et qui donc n’avaient plus d’anticoagulants au bout de 3 mois après la fermeture de l’auricule, avaient moins de saignements. Et le critère exact était les saignements non majeurs mais cliniquement importants, non liés par la procédure.

Il y a quelques remarques qu’il faut faire sur cette étude :

  • la première chose est que le design de non-infériorité est discutable puisqu’on rajoute une procédure.
  • le 2e point est que la marge de non-infériorité qui a été définie était large et le taux d’événements n’était pas si élevé. Pour rappel, ces patients qui ont une ablation de FA étaient plutôt en bonne santé comparés aux patients chez qui on ferme l’auricule gauche habituellement — c’était 69 ans de moyenne, une FEVG normale et in fine un taux d’événements entre 5 et 6% qui était inférieur à ce qui était attendu.
  • enfin, on peut s’interroger sur la non-inclusion des saignements procéduraux. Certains pourraient dire entre guillemets que c’est de la « triche ».

    En tout cas, cette étude ouvre une certaine perspective. L’essai OPTION donne une option aux patients qui vont avoir une ablation de FA, celle de fermer l’auricule gauche et de pouvoir se passer d’anticoagulants si une contre-indication survenait ou si un événement hémorragique survenait et ainsi d’arrêter les anticoagulants en restant protégé contre des AVC ou des événements cardio-emboliques.

    VANISH2 : ablation par cathéter vs médicaments dans la tachycardie ventriculaire

    La 2e étude qui m’a intéressé, c’est VANISH2 . C’est un essai extrêmement intéressant portant sur des patients qui ont une cardiopathie ischémique et qui vont souffrir d’un orage rythmique.

    L’étude a comparé 2 bras : un premier bras « médicaments standard » (Cordarone [amiodarone] ou sotalol). Les patients qui n’avaient pas de contre-indication au sotalol étaient donc mis sous sotalol et tous les autres, ceux qui avaient une dysfonction VG par exemple, étaient mis sous amiodarone. Et ce groupe médicamenteux a été comparé à un groupe chez qui on faisait une ablation de la TV dans les suites de ce premier épisode d’orage rythmique. Ainsi, on avait 200 patients à peu près dans chaque groupe.

    Les résultats ondiquent qu’une stratégie d’ablation de TV chez les patients qui ont une cardiopathie ischémique dès le premier événement d’orage rythmique conduisait à moins de décès et moins d’orages rythmiques.

    C’est une étude qui je pense va changer les pratiques, en particulier qui va permettre d’opter pour une option où on n’aura pas les effets secondaires des médicaments. Il ne faut pas oublier l’hépatotoxicité, la toxicité pulmonaire de l’amiodarone, et le fait que le sotalol est souvent peu toléré et pas si efficace. D’ailleurs les résultats étaient surtout drivés par l’absence d’efficacité du sotalol chez ces patients.

    CLEAR SYNERGY (OASIS 9) : la spironolactone dans l’IDM

    Enfin, une étude extrêmement intéressante qu’on attendait pour les patients d’USIC qui font un infarctus du myocarde (IDM). C’était le 2e résultat de l’étude CLEAR SYNERGY . Pour rappel, il s’agit d’un vaste essai randomisé de plus de 7000 patients qui testait deux hypothèses, celle de la colchicine et celle de l’Aldactone [spironolactone] en post-IDM.

    Les résultats de la colchicine ont été présentés au congrès TCT. Cette étude randomisée en double aveugle avait montré une absence de bénéfice de la colchicine et nous avions, ici à l’AHA, les résultats sur la [spironolactone].

    Les résultats montrent que chez le tout-venant, sur un critère de décès ou de réhospitalisation ou insuffisance cardiaque, la [spironolactone] n’améliore pas le pronostic des patients. Néanmoins, on a un signal favorable chez les patients qui avaient un infarctus compliqué d’une dysfonction VG sur le taux de réhospitalisation pour insuffisance cardiaque. Donc au global, la [spironolactone] pour le tout venant en USIC pour son infarctus du myocarde, c’est plutôt non. Par contre, pour une population sélectionnée à haut risque il faudra refaire des essais cliniques dans ce sens. Un patient qui fait un infarctus avec une dysfonction VG derrière, pourrait probablement bénéficier de la [spironolactone].

    Voilà pour les 3 études qui m’ont le plus intéressé à l’AHA 2024. Je remercie et je vous dis à bientôt.

RGO et risque de fibrillation atriale

Paolo Spriano

21 novembre 2024

Les patients atteints de reflux gastro-œsophagien (RGO) ont une incidence plus élevée de fibrillation atriale (FA) et sont également plus susceptibles de développer une FA récurrente.

À retenir pour la pratique clinique

  • L’impact du RGO et du traitement par Inhibiteurs de la Pompe à Protons (IPP) sur les résultats du traitement de la FA n’est pas tout à fait clair, bien que les IPP soient couramment prescrits après une ablation de la FA pour protéger l’œsophage.
  • Le RGO est un facteur prédictif indépendant du risque de nouvelle ablation par cathéter pour la FA dans l’année qui suit le traitement.
  • Le traitement par IPP peut moduler ce risque, de sorte que la survie sans nouvelle ablation des patients atteints de RGO traitée ne soit pas inférieure à celle des patients sans reflux.
  • Le RGO joue un rôle en tant que facteur de risque potentiellement modifiable dans le développement de la FA, dans sa récurrence et dans les résultats du traitement.
  • L’évaluation et le traitement agressif de RGO par IPP peuvent être envisagés dans le cadre de la prise en charge de routine de la FA récurrente et réfractaire. La fibrillation atriale (FA) est l’arythmie cardiaque la plus fréquente dans la pratique clinique, avec une prévalence estimée d’environ 3 % chez les adultes. Le nombre de personnes atteintes de FA dans le monde a rapidement augmenté de 1990 à 2017, passant de 19,1 millions à 37,6 millions, et devrait continuer à croître à l’avenir.

Il existe de nombreux facteurs de risque et affections médicales qui prédisposent une personne au développement de la FA, bien que les mécanismes sous-jacents à l’apparition et à la persistance de la FA ne soient pas entièrement compris. Le tabagisme, une chirurgie cardiaque, l’apnée du sommeil, l’obésité, les maladies thyroïdiennes, les cardiopathies valvulaires et l’insuffisance rénale chronique sont des facteurs qui augmentent le risque de développer une FA. Le remodelage de l’oreillette gauche et les battements ectopiques, en particulier dans des veines pulmonaires, sont des facteurs importants qui contribuent à l’apparition de la FA.

Le reflux gastro-œsophagien (RGO) se définit par des symptômes irritants de brûlures d’estomac ou de régurgitation et représente une affection médicale courante dont la prévalence variable chez les adultes est estimée entre 8,8 % et 25,9 % en Europe. En raison de la localisation anatomique de l’œsophage, juste derrière l’oreillette gauche, et des arcs réflexes neuronaux communs à l’œsophage et au cœur, il a été suggéré que le développement de la FA pouvait être associé à l’apparition du RGO.

La relation entre le RGO et la FA fait l’objet d’études, car on ne sait pas avec certitude laquelle des deux maladies est à l’origine de l’autre. Il existe aussi une certaine confusion autour des facteurs liés à la fois au RGO et à la FA, notamment l’apnée du sommeil, l’obésité et l’inflammation locale.

Les incertitudes… liées aux données probantes

Des études observationnelles prospectives suggèrent une association entre le RGO et la FA, mais il n’est pas explicitement établi si le RGO augmente le risque de FA. Une revue systématique a montré que les risques relatifs (RR) corrigés de RGO induit par une FA et de FA induite par un RGO étaient respectivement de 1,54 [1,08 – 2,17] et de 1,06 [0,86 – 1,31], avec des données issues d’une méta-analyse soutenant l’association entre la FA et l’augmentation du risque de RGO.

Il a été démontré que les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) réduisent la charge des arythmies symptomatiques. Cependant, une évaluation objective du RGO a montré une faible corrélation temporelle entre les épisodes de reflux et l’arythmie cardiaque, ce qui confirme l’incertitude quant à la fonction causale du RGO dans le développement de la FA en raison de la possibilité d’un biais sous forme de facteur de confusion ou de causalité inverse.

Randomisation mendélienne et nouvelles données probantes

Les gènes étant attribués au hasard lors de la conception, les relations génétiques, contrairement aux corrélations observationnelles, ne sont pas affectées par les facteurs de confusion et la causalité inverse. La randomisation mendélienne (RM) est considérée comme une méthode efficace pour déterminer les effets causaux d’une exposition modifiable sur des troubles complexes et a été utilisée dans deux études pour déterminer la relation causale entre le RGO et la FA.

Dans la première étude, la relation causale entre les deux pathologies a été estimée à l’aide d’une RM bidirectionnelle et a montré que les instruments génétiques du RGO étaient corrélés à un risque accru de FA, avec un OR de 1,339 [1,242 – 1,444], p < 0,001), en l’absence de données probantes selon lesquelles la FA génétiquement prédite était associée à un risque élevé de RGO (p = 0,351).

La seconde étude a vérifié l’effet causal du RGO sur la pathogenèse de la FA à partir d’une importante étude d’association à l’échelle du génome (genome-wide association study, GWAS). La recherche sur les gènes associés au RGO a conduit à l’identification de 80 polymorphismes mononucléotidiques significativement associés au RGO et à un risque accru de FA (OR = 1,201 [1,112 – 1,297]). Ces résultats sont cohérents avec l’idée des chercheurs selon laquelle le traitement précoce des patients atteints de RGO par des IPP pourrait réduire le risque de développer une FA.

Rôle des inhibiteurs de la pompe à protons

Peu d’études à ce jour ont examiné la relation entre l’utilisation des IPP et l’amélioration symptomatique de la FA. Cependant, chez 56 % des patients présentant des symptômes d’arythmie et de RGO, une corrélation entre le pH œsophagien et la variabilité de la fréquence cardiaque a été observée, avec une réduction significative des symptômes cardiaques après un traitement par IPP.

Dans une récente étude de cohorte rétrospective portant sur 381 patients atteints de FA paroxystique / persistante ayant fait l’objet d’une première ablation, les patients atteints de RGO non traitée (37,5 %) étaient plus susceptibles de devoir faire l’objet d’une nouvelle ablation que les patients sans reflux (11,3 % ; p = 0,0003) et les patients atteints d’un RGO traité (16,7 % ; p = 0,035). Le RGO était un facteur de risque indépendant de nouvelle ablation (HR : 3,30) et, dans les cas non traités, elle était associée à une nouvelle ablation précoce par rapport à ceux sans RGO (HR : 4,02 ; p = 0,0013).

Quels médicaments peuvent provoquer des œdèmes ?

Dr Mauricio Wajngarten

11 novembre 2024

L’œdème des pieds et des jambes est une condition médicale fréquente qui peut être à l’origine de douleurs, de faiblesse, de lourdeurs, d’inconfort, d’une limitation des mouvements et d’une détérioration de l’image corporelle. Plusieurs médicaments peuvent contribuer à l’apparition d’œdèmes, seuls ou en combinaison avec d’autres problèmes de santé.

Les œdèmes sont également associés à un âge avancé, au sexe féminin, à l’obésité, au diabète, à l’hypertension, à la douleur, au manque d’activité physique et à la limitation de la mobilité. Ces facteurs nécessitent souvent la prescription de médicaments, ce qui peut aggraver le problème. Il est donc important de savoir comment traiter ou prévenir les œdèmes induits par les médicaments.

Il existe quatre causes principales qui peuvent favoriser la survenue d’un œdème d’origine médicamenteuse :

  1. L’augmentation de la pression capillaire. Des affections telles que l’insuffisance cardiaque, le dysfonctionnement rénal, l’insuffisance veineuse, la thrombose veineuse profonde et la cirrhose peuvent augmenter la pression capillaire et provoquer des œdèmes.
  2. La diminution de la pression oncotique. L’hypoalbuminémie, cause principale de la réduction de la pression oncotique des colloïdes, peut résulter du syndrome néphrotique, de la néphropathie diabétique, de la néphropathie lupique, de l’amylose, d’autres néphropathies, de la cirrhose, des maladies hépatiques chroniques et de la malabsorption ou de la malnutrition.
  3. L’augmentation de la perméabilité capillaire. Les lésions vasculaires, souvent associées au diabète, peuvent augmenter la perméabilité capillaire et contribuer à la formation d’œdèmes.
  4. L’altération du drainage lymphatique. L’obstruction lymphatique est fréquente chez les patients souffrant de lymphœdème, de tumeurs, d’inflammation, de fibrose, de certaines infections, de chirurgie et d’anomalies congénitales. Des affections telles que les troubles de la thyroïde peuvent également provoquer une augmentation de l’albumine interstitielle et d’autres protéines sans augmentation correspondante du flux lymphatique, ce qui entraîne un lymphœdème.

Médicaments susceptibles de provoquer un œdème

  • Inhibiteurs calciques. Des médicaments tels que la nifédipine et l’amlodipine peuvent augmenter la pression hydrostatique en provoquant une vasodilatation sélective des vaisseaux précapillaires, ce qui entraîne une augmentation des pressions intracapillaires. Les nouveaux médicaments lipophiles (par exemple, la lévamlodipine) présentent des taux d’œdème plus faibles. La réduction de la dose est souvent efficace. Les diurétiques ne sont pas très efficaces contre l’œdème induit par la vasodilatation. L’association des inhibiteurs calciques aux inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (ECA) ou aux antagonistes des récepteurs de l’angiotensine (ARA), qui induisent une dilatation postcapillaire et normalisent la pression intracapillaire, peut réduire la fuite de liquide dans l’espace interstitiel. Cette association peut être plus bénéfique qu’une monothérapie par inhibiteurs calciques à forte dose.
  • Thiazolidinediones ou glitazones (p. ex. pioglitazone). Elles augmentent la perméabilité vasculaire et la pression hydrostatique. Elles agissent en stimulant le récepteur gamma activé par les proliférateurs de peroxysomes, en augmentant la perméabilité de l’endothélium vasculaire, la sécrétion du facteur de croissance de l’endothélium vasculaire et la rétention rénale de sodium et de fluides. En raison d’autres effets indésirables, leur utilisation est désormais limitée.
  • Agents contre la douleur neuropathique (gabapentine et prégabaline). Ces médicaments peuvent induire une vasodilatation sélective des artérioles par un mécanisme similaire à celui des inhibiteurs calciques, provoquant une augmentation des pressions intracapillaires. L’œdème apparaît généralement au cours du premier mois de traitement ou d’augmentation de la dose, et régresse souvent après la réduction de la dose ou l’arrêt du médicament.
  • Agonistes dopaminergiques antiparkinsoniens. Ils augmentent la pression hydrostatique en réduisant le tonus sympathique et en dilatant les artérioles grâce à l’activité des récepteurs alpha-2 adrénergiques.
  • Nouveaux antipsychotiques. Des médicaments comme la clozapine, l’ilopéridone, la lurasidone, l’olanzapine, la quétiapine, la rispéridone et la ziprasidone peuvent augmenter la pression hydrostatique par des effets antagonistes sur les récepteurs alpha-1 adrénergiques, provoquant une vasodilatation.
  • Nitrates. Ces médicaments augmentent la pression hydrostatique en provoquant une dilatation veineuse préférentielle, ce qui entraîne une augmentation de l’accumulation veineuse.
  • Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS). Ils peuvent augmenter la pression hydrostatique en inhibant la vasodilatation des artérioles rénales afférentes, en diminuant le taux de filtration glomérulaire et en stimulant le système rénine-angiotensine-aldostérone, ce qui entraîne une rétention de sodium et d’eau. Ces effets indésirables justifient une utilisation prudente de ces agents.
  • Inhibiteurs de l’ECA. Des médicaments tels que l’énalapril et le ramipril peuvent augmenter la perméabilité vasculaire. Ils réduisent le métabolisme et l’accumulation de bradykinine, qui augmente la perméabilité vasculaire et la fuite de liquide. Ces effets sont rares et sont généralement liés à des réponses allergiques.
  • Insuline. Elle diminue la pression oncotique capillaire et augmente la perméabilité vasculaire. Une correction rapide de l’hyperglycémie peut entraîner une perte de la pression oncotique, tandis qu’une hyperglycémie chronique peut endommager les membranes vasculaires et augmenter la perméabilité. Ces effets sont généralement bénins et peuvent être gérés par un titrage prudent de la dose, une restriction sodique ou des diurétiques.
  • Stéroïdes. Les stéroïdes ayant une activité minéralocorticoïde peuvent augmenter la rétention rénale de sodium et d’eau, entraînant une augmentation du volume sanguin. La fludrocortisone a l’activité minéralocorticoïde la plus élevée, tandis que la dexaméthasone et la méthylprednisolone ont une activité négligeable.

    Implications

    Il est important de comprendre comment ces médicaments provoquent des œdèmes pour une prise en charge efficace. Par exemple, dans le cas de ceux qui provoquent des œdèmes en raison d’une réduction de la pression oncotique, comme l’insuline, des titrages de dose lents peuvent aider à s’adapter aux changements d’osmolarité. Pour les médicaments provoquant des œdèmes en raison d’une augmentation de la pression hydrostatique, les diurétiques sont plus efficaces dans la prise en charge aiguë.

    Les principaux enseignements à retenir sont les suivants :

    • Sensibilisation à l’œdème induit par les médicaments. De nombreux médicaments autres que les inhibiteurs calciques peuvent provoquer des œdèmes.
    • Traitement combiné. L’association d’inhibiteurs de l’ECA ou d’ARA avec des inhibiteurs calcique peut prévenir ou réduire l’œdème induit par les inhibiteurs calciques seuls.
    • Stratégies de prise en charge des œdèmes. Les stratégies de prise en charge ou de prévention des œdèmes doivent inclure des réductions de dose ou le remplacement du médicament problématique, en particulier dans les cas graves ou réfractaires.

Xénogreffes : une nouvelle ère pour les transplantations d’organes

 

Aude Lecrubier

16 octobre 2024

La recherche française est à la pointe dans le domaine de la xénogreffe. Paris a d’ailleurs accueilli en septembre dernier plus de 350 experts mondiaux à l’occasion de la conférence internationale de Banff 2024 coorganisée par Alexandre Loupy, professeur de néphrologie à l’Hôpital Necker (AP-HP), directeur de l’Institut Transplantation et Régénération d’Organes PITOR de l’Université Paris Cité et Carmen Lefaucheur, professeure de néphrologie et cheffe de service à l’Hôpital Saint-Louis (AP-HP). Cet événement a été marqué par l’entrée de la xénotransplantation dans la classification internationale.
A cette occasion, Medscape édition française s’est entretenue sur les avancées et les enjeux de la xénogreffe avec Valentin Goutaudier, néphrologue et chercheur à l’Institut PITOR.
La xénogreffe est une des solutions qui semble actuellement la plus prometteuse pour pallier la pénurie mondiale d’organes.

Retrouvez l’article complet ici

Clémence Gualy a nagé 6H non stop contre la Cardiomyopathie

Clémence Gualy a réussi à la piscine olympique de Montpellier un exploit fabuleux : celui de nager 6H non-stop contre la Cardiomyopathie

Elle l’a fait !!!! Clémence Gualy, ambassadrice des personnes atteintes de Cardiomyopathie aux cotés de l’Association de Cardiologie Languedoc-Roussillon ( membre de la Fédération Française de Cardiologie), est une warrior, une championne, elle a nagé 6h non-stop lors de l’événement la nage du cœur en ce samedi 28 septembre 2024. Une performance, un exploit incroyable, à couper le souffle, réalisé dans la piscine olympique Angelotti de Montpellier dans le but de promouvoir les bienfaits de l’activité physique adaptée à travers la natation, mais surtout de sensibiliser et récolter des fonds contre la cardiomyopathie, de donner de la force, du courage, de l’espoir à toutes celles et ceux souffrants de la maladie, mais aussi d’une autre pathologie ou bien d’un handicap. On peut insister sur le mot exploit extraordinaire en sachant que la cardiomyopathie hypertrophique de Clémence Gualy est très sévère, elle a été opérée à cœur ouvert d’une Myectomie Septale à l’âge de 15 ans ayant nécessité 12h d’intervention. Elle a eu plusieurs pacemakers et défibrillateurs implantables, une endocardite infectieuse, sa maladie a évolué récemment vers une insuffisance cardiaque, et une greffe cardiaque est envisagée et se fera au moment opportun.

 

La natation pour Clémence Gualy lui permet en se surpassant de sensibiliser en rendant la maladie invisible « visible », et d’aider la recherche autour de cette maladie cardiaque, de soulager certains de ses symptômes tel un bouclier dont la fatigue, essoufflements, palpitations et douleurs thoraciques, de ressentir un bien-être physique et mental, d’avoir une certaine maîtrise, contrôle, en se sentant invincible, utile. Le 18 juin 2022 elle est devenue la première femme au monde atteinte d’une cardiomyopathie hypertrophique très sévère à avoir nagé 5 km en pleine mer (ce qui équivaut à un semi-marathon de course à pied) à travers un relais de 15 km à la nage entre la Grande-Motte et Palavas-les-Flots. Cela a permis la création d’une bourse de recherche FFC de 50 000 euros pour pouvoir financer le projet CARDIOMYOFIT pour aider les patients cardiaques atteints de cardiomyopathie hypertrophique à la réhabilitation par la pratique d’une activité physique adaptée pour éviter le déconditionnement.

 

Elle prouve telle une guerrière, une championne que rien n’est impossible, mais que tout est possible, que résister face à la maladie c’est exister, et que l’un des plus beaux combats de la vie, c’est d’avoir réussi à surmonter sa maladie.

 

Clémence Gualy souhaite grandement remercier l’Association de Cardiologie Languedoc-Roussillon pour l’organisation de cet événement unique et important et particulièrement Kim Zehner, le Pr Patrick Messner, Patrick Petit, Vanina Faure Brac , ainsi que les bénévoles, partenaires, dont Radio One, l’équipe du CHU Arnaud de Villeneuve de Montpellier, la cellule de recherche cardiaque dont Sonia Soltani, ainsi que ses cardiologues dont le Pr Jean-Luc Pasquié, le docteur Valentin Dupasquier , le docteur Christophe Hedon, le Dr Stéphane Cade, la Métropole de Montpellier, les Clubs Cœur et Santé de Montpellier, le Muc Natation, mais également les donateurs, nageurs et les médias dont Midi Libre, France 3, la Gazette de Montpellier, Métropolitain, Info Occitanie et bien d’autres qui se reconnaitront. Il y avait plus de 200 nageurs qui ont participé à l’événement la nage du cœur.

 

Clémence veut aussi remercier et féliciter les quatre nageurs courageux, fantastiques, qui ont effectué avec elle jusqu’au bout les  6h de nage en piscine sans rien lâcher et souhaite les citer: Viallon Remy, Brian David, Emilie Labbé, et bien entendu son guide Jacques Tuset, grand nageur, aventurier.

Effectuer 6h de nage non-stop, affirme Clémence Gualy : « c’est une prouesse, mais très fière et soulagée d’avoir été jusqu’au bout du défi, de l’avoir amplement réussi. Bien sûr que j’avais à l’arrivée très mal dans les bras et les jambes, et je sentais une lourdeur dans le cœur, la cage thoracique oppressante, elle me brûlait à l’inspiration., et en sortant de l’eau, j’avais l’impression de tanguer, mais l’envie de réussir, de bien faire, a pris le dessus. D’ailleurs certains nageurs qui ont nagé avec moi étaient émus, et même qu’ils ont pleuré de joie. Pour fêter cela, je suis allé manger au restaurant de crêpes le Kreisker sur Montpellier   avec deux amis Yannis-Christophe Garcia et Emilie Labbé., On s’est bien régalés ».

 

Vous pouvez toujours effectuer un don en ligne pour soutenir la recherche sur les cardiomyopathies via ce lien : https://www.fedecardio-lr.com/nage-du-coeur-2024/

 

Acheter un bonnet de natation chez SWIIIM natation  » ensemble contre la cardiomyopathie » :

https://www.swiiim.fr/5459-bonnet-de-bain-ensemble-contre-la-cardiomyopathie-resister-c-est-exister/

Cardiomyopathie hypertrophique obstructive : mise à disposition et remboursement du mavacamten (CAMZYOS)

Stéphanie Lavaud

1er octobre 2024

Alors qu’il bénéficiait d’une autorisation d’accès précoce post AMM depuis le 21 septembre 2023, le mavacamten (Camzyos, Bristol Myers Squibb) est désormais disponible en pharmacie et remboursé dans le traitement de la cardiomyopathie hypertrophique obstructive (CMHo) chez les patients adultes avec des symptômes (stade II-III de la classification NYHA) persistants sous traitement de fond de la CMHo . C’est à ce jour le premier et seul inhibiteur sélectif de la myosine cardiaque autorisé en France. Disponible en gélules, il représente une nouvelle option de traitement de la CMHo.

« First-in-class »

La CMH symptomatique est une maladie cardiaque souvent héréditaire qui peut être chronique et évolutive. On estime sa prévalence à 1/500 soit 0,2 % de la population générale, mais elle pourrait être supérieure. La CMH peut se manifester par divers symptômes tels qu’une dyspnée et/ou une syncope à l’effort, des douleurs thoraciques, des malaises lipothymiques, des palpitations. Un souffle cardiaque et des anomalies à l’ECG peuvent également être évocateurs. La maladie peut évoluer vers une insuffisance cardiaque, une fibrillation atriale, un accident vasculaire cérébral, et une mort subite. Il s’agit d’ailleurs de la principale cause de mort subite chez le jeune adulte, en particulier chez le sportif de moins de 35 ans. Les risques de présenter ces symptômes et de développer des complications sont plus élevés en présence d’une obstruction.

Alors que jusqu’à présent, la prise en charge de la CMHo visait à améliorer les symptômes, stabiliser l’évolution de la maladie, traiter et prévenir les complications, le mavacamten est le premier traitement qui cible la physiopathologie sous-jacente de la CMH. Il s’agit en effet du premier médicament de sa catégorie à agir sur le sarcomère, l’unité contractile des cellules cardiaques. Plus précisément, le mavacamten agit en se liant à la myosine, pour que celle-ci se détache de l’actine, ce qui a pour effet de réduire les liaisons excessives entre ces deux protéines. Cette action permet au muscle cardiaque de mieux se relaxer. De fait, chez les patients adultes atteints de cardiomyopathie hypertrophique obstructive, l’inhibition de la myosine cardiaque par le mavacamten réduit l’obstruction dynamique de la chambre de chasse du ventricule gauche (CCVG) et améliore les pressions de remplissage cardiaque.

Des résultats positifs dans deux essais cliniques de phase III

L’autorisation de mise sur le marché de CAMZYOS repose sur les résultats de 2 essais cliniques de phase III, comparant mavacamten au placebo, EXPLORER-HCM et VALOR-HCM qui ont montré, chez les patients adultes symptomatiques, une amélioration des symptômes et de la capacité physique ainsi qu’une réduction du recours à la chirurgie.

L’essai de phase III EXPLORER-HCM (NCT03470545) est un essai en double aveugle, randomisé, contrôlé versus placebo, en groupes parallèles, multicentrique et international, réalisé auprès de 251 patients adultes atteints de cardiomyopathie hypertrophique obstructive symptomatique (classe II ou III NYHA), présentant une FEVG ≥ 55 %. Parmi eux, 92 % suivaient un traitement de fond par bêta-bloquant ou inhibiteur calcique.

Tous les critères d’évaluation primaires et secondaires ont été significativement atteints à la semaine 30 par rapport au placebo.

À la semaine 30, 37 % des patients sous mavacamten (n = 45/123) ont atteint le critère composite d’évaluation principal, correspondant soit à une amélioration de la VO2 maximal (volume d’oxygène) d’au moins 1,5 ml/kg/min associée à une amélioration de la classe NYHA d’au moins 1 stade, soit à une amélioration de la VO2 max d’au moins 3,0 ml/kg/min sans aggravation de la classe NYHA, versus 17 % traités par le placebo (n = 22/128).

Les patients sous mavacamten ont montré une amélioration plus importante que le groupe placebo pour tous les critères d’évaluation secondaires.

VALOR-HCM (NCT04349072) est une étude de phase III multicentrique, randomisée, en double aveugle, contrôlée versus placebo, menée auprès de 112 patients atteints de CMH symptomatique obstructive réfractaire au traitement (classe NYHA III-IV ou NYHA II avec syncope) qui étaient éligibles à la thérapie de réduction septale (TRS : gradient de la CCVG ≥ 50 mmHg et classe III-IV de la NYHA, ou classe II avec syncope à l’effort ou quasi syncope).

Le critère composite d’évaluation principal était la proportion de patients décidant de procéder à une TRS à la semaine 16 ou avant, ou demeurant éligibles à la TRS à la semaine 16. Les résultats de VALOR-HCM sont largement en faveur du mavacamten. Seulement 18% des patients dans le bras mavacamten ont eu une indication à la myomectomie contre 77% des patients dans le bras placebo. Le risque absolu était réduit de 59 %. L’ensemble des critères secondaires a par ailleurs montré une amélioration significative entre l’inclusion et la semaine 16. Le mavacamten s’est avéré efficace également sur les paramètres cliniques et échocardiographiques. L’amélioration d’une ou plusieurs classes fonctionnelles de la NYHA, du gradient d’obstruction ventriculaire gauche, du gradient lors de la manœuvre de Valsalva, du taux de NT-pro-BNP et de celui de la troponine, tous étaient améliorés par le mavacamten par rapport au placebo.

Les principaux effets indésirables rapportés dans ces deux études étaient des vertiges (17 %), une dyspnée (12 %), un dysfonctionnement systolique (5 %) et des syncopes (5 %). Ces taux sont comparables avec ceux observés sous placebo.

Mavacamten en pratique

Camzyos est indiqué chez les patients adultes pour le traitement de la cardiomyopathie hypertrophique obstructive (CMHo) symptomatique (NYHA stade II-III) en seconde intention lorsqu’un traitement de fond optimisé par bêtabloquants, inhibiteurs calciques et/ou disopyramide est inefficace ou mal toléré.

Le traitement doit être instauré sous la surveillance d’un médecin expérimenté dans la prise en charge de patients atteints de cardiomyopathie. Camzyos peut causer des effets secondaires graves, notamment une insuffisance cardiaque.

Il est délivré uniquement sur prescription initiale hospitalière (PIH). La prescription initiale et le renouvellement sont réservés aux spécialistes en cardiologie. Camzyos se présente sous forme de gélules et existe en quatre dosages : 2,5 mg, 5 mg, 10 mg ou 15 mg. La présentation en boite de 28 gélules est commercialisée.

Son taux de remboursement pour l’inscription sur la liste des spécialités remboursables aux assurés sociaux : 65 %. Son prix est de 1 258,65 € (PFHT) et 1 383,69 € (PPTTC).

Contre-indications :

  • Allergie au mavacamten ou à l’un des autres ingrédients de Camzyos ;
  • prise des inhibiteurs modérés ou puissants de l’enzyme 2C19 du cytochrome P450 (CYP 2C19), ou des inhibiteurs puissants du CYP 3A4 ;
  • prise des inducteurs modérés ou puissants du CYP 2C19 ou du CYP 3A4 ;
  • grossesse ou désir de grossesse.