A deux doigts de la liquidation judiciaire, l’entreprise Carmat est sur sa fin

Le tribunal de commerce de Versailles devrait prononcer très prochainement la liquidation judiciaire de la société Carmat. Confrontée à des difficultés financières insurmontables, la firme française pionnière du premier vrai « cœur artificiel », fleuron de l’ingénierie française mis au point par le Pr Carpentier, va très probablement mettre la clé sous la porte.

De battre, le cœur Carmat va s’arrêter

Ayant vu la seule offre de reprise de l’entreprise refusée par le Tribunal de Commerce de Versailles le 30 septembre dernier, le cœur novateur de l’entreprise Carmat va probablement s’arrêter définitivement de battre dans les jours qui viennent.

L’administrateur judiciaire avait reçu, le 31 juillet 2025, une offre de reprise émanant de la société HOUGOU de M. Pierre Bastid, président du conseil d’administration de CARMAT et actionnaire à hauteur d’environ 17% de la Société. Mais lors de l’audience du 30 septembre 2025, le Tribunal a constaté que cette offre n’était pas recevable, « l’ensemble des conditions suspensives, et notamment celle relative à l’obtention des financements nécessaires à la reprise, n’ayant pas été levées », indique le communiqué de la société Carmat.

Suivant la procédure classique en cas de cessation de paiement d’une entreprise, l’administrateur judiciaire a déposé auprès du Tribunal une requête en vue de solliciter la conversion de la procédure de redressement judiciaire en liquidation judiciaire, laquelle devrait être examinée par le Tribunal lors d’une audience prévue le 14 octobre 2025.

« A ce stade, il est donc extrêmement probable que le Tribunal sera amené, le 14 octobre 2025, à prononcer la liquidation judiciaire de la Société, dont les activités alors cesseront » peut-on lire dans le communiqué de société Carmat.

Première implantation en décembre 2014

Cette fermeture marquera la fin de l’aventure d’une pépite de l’ingénierie française initié par le Pr Alain Carpentier, chirurgien cardiaque.

Initialement envisagée avant la fin 2011, la première implantation sur l’homme a été à plusieurs reprises reportée et le premier cœur-machine, sur lequel avaient planché des ingénieurs détachés par Matra (d’où le nom Carpentier-Matra), a finalement été implanté le 18 décembre 2014 chez un homme en phase terminale d’insuffisance cardiaque et sans alternative thérapeutique.

Contrairement aux pompes d’assistance mécanique pour des patients en stade terminal d’insuffisance cardiaque en attente de greffe, le cœur Carmat se distinguait par sa morphologie proche du cœur humain et sa biocompatibilité. Il est aussi plus physiologique (reproduction des battements cardiaques) et intelligent (biocapteurs pour asservissement de fréquence). Il avait été d’emblée conçu comme une solution définitive avec la possibilité de durer 5 ans (dans un premier temps). Une première.

Dans l’enthousiasme du démarrage de l’aventure en 2013, la société Carmat estimait que 100 000 patients aux Etats-Unis et en Europe pourraient bénéficier de ce cœur artificiel et visait un marché de 16 milliards d’euros.

Des pics d’arythmie pendant 10 ans

La suite va donner tort à ce bel élan, car dès le départ, le cœur Carmat cumule les incidents avec plusieurs décès de patients peu de temps après les toutes premières implantations.

Néanmoins, en 2016, après une première série de quatre patients implantés, Carmat annonce avoir reçu les autorisations nécessaires pour lancer un essai de phase 2 portant sur une vingtaine de patients.

Mais l’année suivante, rien de va plus, après le décès du cinquième patient, l’ANSM demande de suspendre toutes les implantations en attendant la fin des investigations sur les causes de décès.

Après avoir connu des hauts et des bas, la start-up franchit en 2021 deux nouvelles étapes importantes avec la première implantation commerciale de son cœur artificiel en Italie, alors que quelques jours auparavant, le dispositif avait été implanté pour la première fois chez l’homme aux Etats-Unis, dans le cadre d’une étude clinique.

Mais, de nouveau, fin 2021, les implantations de certains cœurs artificiels Aeson® – nom de marque du cœur artificiel – sont suspendues temporairement à titre préventif, à la suite d’un problème qualité, avant de reprendre un an plus tard.

En octobre 2023, nouvelle alerte : CARMAT reconnait être en mauvaise posture financière, mais se montre confiante quant à sa capacité à faire repartir la machine. Un optimisme qui semble de bon aloi à en croire le communiqué de ce début 2025, où la société Carmat annonçait que le chiffre symbolique de la 100ème implantation d’un cœur artificiel total Aeson® dans le monde avait été franchi, les 99ème et 100ème implantations ayant été réalisées avec succès le vendredi 7 février 2025 dans les CHU de Lille et de Dijon.

Electrocardiogramme plat

Au final, le coût de ce bijou de technologie – 200 000 euros pièce selon France Info– aura probablement eu raison de l’enthousiasme qu’a représenté cette avancée médicale majeure qui aura été implantée après 12 années chaotiques, à 122 patients en insuffisance cardiaque terminale.

Le couperet pour Carmat tombera lors de l’audience du 14 octobre prochain. « En tout état de cause, CARMAT fait du support des patients qui bénéficient actuellement d’Aeson® sa priorité et s’efforcera donc de faire en sorte que celui-ci soit assuré même en cas de liquidation judiciaire sans poursuite d’activité », assure la bio-tech.

Exploit extraordinaire d’une insuffisante cardiaque

L’exploit extraordinaire de Clémence Gualy qui a nagé 7h non stop
Clémence Gualy, montpelliéraine de 30 ans, ambassadrice des patients atteints de maladie cardiaque et de Cardiomyopathie, aux côtés de l’Association de Cardiologie Languedoc-Roussillon, a réussi l’exploit extraordinaire de nager pendant 7h non-stop dans la piscine olympique Angelotti de Montpellier, le 4 octobre 2025, de 10H jusqu’à 17h, lors de la seconde édition de la nage du coeur, soit 10 kms à la nage qu’elle a parcourue. Avec toujours la même rage de vaincre et de vivre, pour promouvoir à travers ses performances physiques et mentales les bienfaits de la natation. Réaffirmer que l’activité physique, à condition qu’elle soit adaptée, est possible, bénéfique, même lorsque l’on est atteint d’une maladie cardiaque.
En nageant, Clémence efface les fausses croyances, les tabous, que l’on peut avoir au sujet des maladies cardiaques et de l’activité physique : « Trop souvent, on pense qu’avec un coeur fragile il faut rester au calme, immobile, afin de se préserver. Mais c’est faux. Bouger, c’est se maintenir en vie. Bouger, c’est respirer mieux, se sentir plus fort, soulager les douleurs et les symptômes, prendre confiance en soi, renforcer son coeur. Bien sûr, cela s’apprend, pas à pas. Commencer par 10, 20 minutes d’activité physique adaptée au quotidien, puis augmenter doucement, progressivement, régulièrement, afin de gagner en forme, en muscles, en énergie, en endurance, en souffle. En piscine ou en mer, chacun peut trouver son rythme, son souffle, son équilibre » dit-elle.

Retrouvez l’article complet ici

Et la vidéo de l’exploit ci-dessous:

Covid long et cœur : un consensus de prise en charge de l’ESC

Un rapport de l’ESC soulignant les effets du Covid et du Covid long sur le cœur insiste sur la nécessité d’un dépistage précoce, de la vaccination et de la réadaptation cardiaque.

Les personnes hospitalisées pour cause de Covid pourraient être près de quatre fois plus susceptibles de subir des événements cardiovasculaires jusqu’à trois ans après l’infection.

Augmentation du risque de complications cardiovasculaires graves

L’infection par le Covid-19 et le Covid long augmentent considérablement le risque de complications cardiovasculaires graves, notamment d’insuffisance cardiaque, d’arythmies, d’accidents vasculaires cérébraux (AVC) et de thromboembolie, selon une déclaration de consensus clinique de la Société européenne de cardiologie (European Society of Cardiology, ESC).

Le rapport, publié dans la revue European Journal of Preventive Cardiology, indique que des problèmes cardiovasculaires à long terme peuvent apparaître pendant la phase aiguë de la maladie et persister plusieurs mois, voire plusieurs années.

Les personnes hospitalisées pour cause de Covid pourraient être près de quatre fois plus susceptibles de subir des événements cardiovasculaires jusqu’à trois ans après l’infection.

Les chercheurs estiment qu’environ 5 % des personnes infectées par le Covid-19, soit près de 5 millions de personnes dans le monde, développent une forme de Covid long cardiaque, caractérisée par des douleurs thoraciques, des palpitations, un essoufflement, une fatigue persistante et, dans certains cas, un dysfonctionnement du système nerveux autonome.

Même les patients sans antécédents de cardiopathie présentent un risque accru. Les personnes hospitalisées pour cause de Covid pourraient être près de quatre fois plus susceptibles de subir des événements cardiovasculaires jusqu’à trois ans après l’infection, selon le rapport.

Le panel d’experts appelle les cliniciens à :

  • encourager les patients à signaler rapidement tout symptôme cardiaque après l’infection aiguë ;
  • poursuivre la vaccination afin de réduire les risques de complications cardiaques et de Covid long ;
  • prescrire des programmes structurés de rééducation cardiaque pour restaurer la fonction cardiopulmonaire et réduire la morbidité à long terme ;
  • éviter le recours systématique à un traitement antiplaquettaire ou anticoagulant prophylactique sans indication claire, en raison du manque de preuves d’efficacité préventive et du risque hémorragique associé.

« Le Covid n’affecte pas seulement les poumons. Il peut aussi endommager le cœur et les vaisseaux sanguins, pendant l’infection aiguë et plusieurs mois après », a déclaré l’auteur principal, le Pr Vassilios Vassiliou, professeur clinique de médecine cardiaque à l’Université d’East Anglia (Cambridge, Royaume-Uni), dans un communiqué. « Cela signifie que la douleur thoracique, l’essoufflement, les palpitations ou la fatigue peuvent être des signes de Covid long cardiaque. Si vous souffrez déjà d’une maladie cardiaque, le Covid augmente le risque de complications graves, tant immédiatement qu’à long terme. Dans les deux cas, la rééducation peut protéger le cœur et favoriser la récupération. »

Le Pr William Schaffner, professeur de médecine et de maladies infectieuses au Centre médical universitaire Vanderbilt (Nashville, États-Unis), a déclaré que ce rapport devrait placer les risques cardiovasculaires liés au Covid « au premier plan » des préoccupations des cliniciens.

« Cela m’a impressionné, et je suis pourtant assez à jour dans ce domaine », a-t-il confié. « En regroupant toutes ces données, il devient évident que les médecins doivent garder à l’esprit cette série d’événements cardiovasculaires associés au Covid, aussi bien de manière aiguë qu’à long terme, lorsqu’ils traitent leurs patients. »

Encourager une activité physique progressive, une alimentation équilibrée et une bonne observance du traitement antihypertenseur demeure fondamental

Le Pr Schaffner a également souligné que ces résultats devraient encourager les professionnels de santé à renforcer leurs recommandations en matière de vaccination. « Toute personne atteinte d’une maladie cardiovasculaire, qu’il s’agisse d’insuffisance cardiaque, de fibrillation auriculaire ou d’hypertension, est éligible à la vaccination conformément aux directives de la FDA », a-t-il précisé. « Le Comité consultatif sur les pratiques de vaccination a d’ailleurs insisté sur l’importance de la vaccination pour les groupes à haut risque. Nos recommandations sont assez larges à ce sujet. »

Cependant, diagnostiquer un Covid long cardiaque reste difficile, explique le Pr Schaffner, car les symptômes, fatigue, douleur thoracique, palpitations, se chevauchent souvent avec d’autres affections. Néanmoins, un lien temporel clair, lorsque des troubles cardiaques apparaissent pendant la phase aiguë de l’infection et persistent par la suite, peut aider les cliniciens à établir la relation. « Si une insuffisance cardiaque congestive se déclare trois mois après la guérison, le lien devient beaucoup plus incertain », a-t-il précisé.

Les experts de l’ESC et le Pr Schaffner rappellent que la prise en charge classique du risque cardiovasculaire, contrôle du poids, du diabète, de l’hypertension, du tabagisme et de la sédentarité, reste essentielle dans le suivi post-Covid.

« Être attentif à tous ces aspects est une excellente idée », a conclu le Pr Schaffner. « Non seulement sur le plan physique, mais aussi mental : encourager une activité physique progressive, une alimentation équilibrée et une bonne observance du traitement antihypertenseur demeure fondamental. »

La première xénogreffe de poumons de cochon sur un humain a eu lieu en Chine

Pour pallier le manque d’organes disponibles, la recherche explore la piste de greffe d’organes d’animaux génétiquement modifiés sur les humains. Pour la première fois, l’opération a été tentée avec le poumon d’un cochon.

La première greffe de poumons de cochons sur un humain a eu lieu en Chine.

La première xénogreffe de poumon de cochon modifié a eu lieu en Chine.

Martin Bureau / AFP

La première xénogreffe d’un poumon, du cochon vers l’humain, a été réalisée en Chine, à l’hôpital universitaire de Guangzhou. Cette technique, destinée à pallier la pénurie d’organes, a déjà été réalisée sur des cœurs et des reins. Pour cette expérience inédite, aucun incident majeur n’a été constaté durant les neuf jours qui ont suivi la greffe.

Avec une taille similaire aux organes humains et faciles à modifier génétiquement, les organes de cochons sont privilégiés pour les xénogreffes, les greffes de l’animal vers l’humain. Pour la première fois, un poumon de cochon génétiquement modifié a été greffé sur un receveur de 39 ans en état de mort encéphalique en Chine. Si un tel receveur a été choisi pour l’opération, c’est parce que l’objectif de la greffe consistait avant tout à savoir si la xénogreffe de poumons, de cochon à humain, pourrait représenter une piste intéressante. Plus précisément, l’équipe explique avoir voulu savoir si un rejet hyperaïgu – un rejet qui survient directement après l’opération- pouvait être évité. L’occasion aussi de comprendre comment le système immunitaire humain répondait aux poumons d’un cochon génétiquement modifié. Une première étape cruciale avant de pouvoir envisager des xénogreffes de poumons de cochons sur des receveurs classiques, dans le but de leur permettre de poursuivre leur vie.

Or la greffe de poumon fait partie des opérations de greffe les plus compliquées. « Les poumons s’avèrent plus difficiles à greffer que d’autres organes à cause de leur complexité anatomique et physiologique. A l’inverse des reins ou du cœur, le haut débit de sang et l’exposition externe à l’air font du poumon un organe particulièrement vulnérable aux attaques immunitaires, aux problèmes ischémiques liés à la reperfusion (lorsque l’organe greffé est à nouveau irrigué par le sang, ndlr) », décrivent les chercheurs dans Nature medicine. Autant de facteurs qui précipitent l’échec de la greffe.

Neuf jours d’observation

Mais cette première tentative s’est avérée plutôt positive. Dans le cas de ce receveur de 39 ans, les paramètres physiologiques (température du corps, fréquence cardiaque, etc) et hémodynamiques (pression artérielle, débit cardiaque, etc) sont restés stables durant la période d’observation de 216 heures, soit neuf jours, jusqu’à ce que l’étude ne se termine. Le poumon de cochon a démontré une bonne viabilité et ainsi qu’une bonne capacité à se remplir d’air après la reperfusion, le moment où le sang fait son retour dans les tissus de l’organe greffé. Autre bonne nouvelle, les analyses n’ont pas indiqué d’infection active après la transplantation.

Bien qu’un rejet hyperaïgu ait pu être évité, l’équipe indique avoir observé « un oedème pulmonaire ainsi qu’une réponse inflammatoire précoce localisée, caractérisée par un niveau élevé de cytokines inflammatoires et une infiltration de macrophages« , expliquent les médecins. En clair, les analyses ont détecté deux mécanismes clé du système immunitaie, qui montrent une réaction locale à l’encontre de l’organe geffé : une protéine du système inflammatoire qui active les autres cellules inflammatoires et un type de globule blanc qui amplifie l’inflammation.

Lire aussiXénogreffe : des organes de porcs génétiquement modifiés pour répondre à la pénurie en France

Optimiser la greffe autant que possible

Parmi les facteurs qui augmentent le risque de dysfonction du greffon figurent l’incompatibilité de coagulation entre le porc et l’humain. En effet, la coagulation, chargée de former des caillots pour arrêter les saignements, diffère entre les espèces. Les mêmes protéines n’entrent pas en jeu. Pour contourner cette difficulté, le cochon duquel a été prélevé le poumon a été génétiquement modifié avant le prélèvement du poumon.

Deux gènes humains protecteurs (EPCR et TBM) ont été insérés dans son génome afin de réguler la coagulation. Ajouté à cela, l’équipe s’est servie d’une technique appelée VA-ECMO (pour oxygénation par membrane extracorporelle veino-artérielle) une fois la transplantation terminée. Il s’agit d’un circuit faisant circuler le sang en dehors du corps, pour le faire passer par une machine qui le ré-oxygène avant de le renvoyer dans l’organisme. Ce dispositif permet, dans le cas de cette xénogreffe, de protéger le greffon de lésions précoces et de lui laisser le temps de s’adapter.

Si dans l’ensemble, aucune dysfonction majeure n’a été constatée, l’équipe souligne tout de même un possible biais. En effet, le receveur avait conservé un de ses poumons et un seul poumon de cochon lui a été transplanté, « ce qui pourrait avoir influencé à la fois la greffe et la réponse immunitaire. Cela rend difficile d’estimer la viabilité d’une xénotransplantation d’un poumon unique à long terme. »

La première pierre de la xénotransplantation de poumons vient en tout cas d’être posée. La première greffe de cœur de porc sur humain vivant avait, elle, eu lieu en 2022. Le receveur avait alors survécu environ deux mois, avant de décéder d’une infection liée à la transplantation. Le premier rein de porc sur receveur vivant avait ensuite été greffé en mars 2024. Le receveur est lui aussi décédé mais de causes étrangères à la xénogreffe. Enfin, le premier foie de porc a été greffé en mars 2025 sur un patient en état de mort encéphalique. Il avait fonctionné pendant 10 jours.

Une pompe cardiaque inspirée des poissons implantée pour la première fois.

« Nous pourrions ouvrir une nouvelle ère de l’assistance circulatoire » :

Inspirée de la nage des poissons, une pompe cardiaque à membrane ondulante développée par la medtech francilienne Corwave a été implantée pour la première fois chez un patient australien. Un essai clinique international, impliquant une vingtaine de patients dans six hôpitaux dont quatre en Europe, doit désormais confirmer l’efficacité de ce dispositif d’assistance ventriculaire.

 

L'équipe de l'implantation du dispositif cardiaque à Sydney

De gauche à droit, le Dr Paul Jansz, le professeur Chris Hayward et le patient implanté Michael Smith.

Hôpital Saint Vincent, Sydney, Australie.

C’est une première mondiale. Une pompe cardiaque à membrane ondulante inspirée de la nage des poissons et mise au point par la medtech francilienne CorWave vient d’être implantée chez un premier patient cet été. Imaginé à Clichy (92) mais utilisé à Sydney (Australie), ce dispositif cardiaque, contrairement aux pompes rotatives actuellement commercialisées, fonctionne sur un mode unique.

20 implantations prévues dans les années à venir

Comme le résume le communiqué de la startup, « il vise à préserver les effets des battements cardiaques sur le système vasculaire et fonctionner de manière synchrone avec le cœur, en ajustant automatiquement le débit sanguin selon l’activité du patient, que celui-ci soit au repos ou bien en mouvement ».

Avec cette pompe à membrane ondulante –  en pratique, un mélange de titane, de silicone et de métaux ferromagnétiques -, trois objectifs sont poursuivis : la réduction des complications graves (AVC, saignements, insuffisances cardiaques droites et valvulaires) associées aux dispositifs actuels, l’amélioration de la qualité de vie des patients avec une reprise plus précoce de leurs activités et enfin la rémission de l’insuffisance cardiaque possible chez certains patients.

Reste à démontrer l’efficacité de ce dispositif d’assistance ventriculaire par un essai clinique, cette implantation n’étant que la première de la vingtaine prévue. Toutes doivent avoir lieu dans les trois ans à venir dans six hôpitaux, dont quatre en Europe et deux en Australie.

L’insuffisance cardiaque touche plus de 64 millions de personnes dans le monde

Ce premier patient, Michael Smith, âgé de 67 ans, était en phase terminale d’insuffisance cardiaque. Selon le communiqué de l’hôpital Saint Vincent diffusé début juillet au moment de sa sortie, soit plus de 30 jours après l’intervention effectuée le 28 mai, son état était bon et sa récupération rapide. Selon le Dr Paul Jansz, le chirurgien aux manettes lors de l’intervention, « la procédure chirurgicale pour cette implantation est très similaire à celle des dispositifs d’assistance ventriculaire gauche (LVAD) actuels. Cependant, contrairement à ces derniers, ce système de nouvelle génération permet de préserver le pouls naturel, ce qui est potentiellement révolutionnaire. Nous pourrions ouvrir une nouvelle ère de l’assistance circulatoire ».

L’insuffisance cardiaque touche plus de 64 millions de personnes dans le monde, et les plus sévèrement atteints, plusieurs centaines de milliers de patients, pourraient être candidats à ce type de solution d’assistance circulatoire de longue durée. Ce premier patient pourra ainsi conserver le dispositif jusqu’à ce qu’un cœur compatible soit trouvé pour effectuer une transplantation.

Cette prothèse inspirée du monde aquatique a vu le jour après plus de 10 ans de recherche et c’est en octobre 2023 que la medtech est passée à l’échelle industrielle avec l’inauguration de son usine urbaine à Clichy. En souhaitant maintenant à Michael Smith des jours tranquilles à Sidney.

Les pompes d’assistance ventriculaire françaises ont le vent en poupe

Aude Lecrubier

29 juillet 2025

Alors que Carmat, développeur du cœur artificiel Aeson, est actuellement en redressement judiciaire, deux autres startup tricolores spécialisées dans les pompes d’assistance ventriculaire, CorWave (Clichy) et FineHeart S. A. (Pessac) pourraient, grâce à leurs technologies innovantes, redéfinir l’avenir des patients atteints d’insuffisance cardiaque sévère. Les deux dispositifs, CorWave LVAD et FlowMaker, respectivement, n’ont rien à envier aux dernières assistances circulatoires mécaniques en développement aux Etats-Unis.

Première implantation mondiale de la pompe CorWave LVAD

Cocorico ! La pompe cardiaque de nouvelle génération CorWave LVAD, conçue par l’entreprise française CorWave (92), a été implantée pour la première fois à un patient à Sydney fin mai, avec succès.

Inspirée de la nage ondulatoire des animaux aquatiques, la technologie à membrane ondulante vise à préserver l’équilibre physiologique du système cardiovasculaire, contrairement aux pompes actuelles dites « rotatives », qui produisent un flux constant et continu.

Le dispositif a été conçu pour préserver les effets des battements cardiaques sur le système vasculaire et fonctionner de manière synchrone avec le cœur pour préserver sa fonction et ses structures, en ajustant automatiquement le débit sanguin selon l’activité du patient, qu’il soit au repos ou en mouvement.

Avec CorWave LVAD, le sang s’écoule à une vitesse physiologique le long de la membrane, soit environ 1-2m/s. La membrane exerce ainsi une force de cisaillement limitée sur les cellules sanguines, préservant l’intégrité du sang, contrairement aux pompes rotatives dans lesquelles le sang s’écoule à plus de 5m/s. Aussi, la technologie permet de fournir un débit pulsatile avec une fréquence suivant le rythme cardiaque, aux alentours de 60 pulsations par minute.

L’objectif est de limiter les complications, notamment les risques d’AVC, de saignements, les insuffisances cardiaques droites ou encore les maladies valvulaires, tout en améliorant la qualité de vie des patients. Favoriser la rémission de l’insuffisance cardiaque serait également possible chez certains patients, d’après le constructeur.

La première implantation de CorWave LVAD a été réalisée par les équipes du St Vincent’s Hospital de Sydney chez un patient de 67 ans atteint d’insuffisance cardiaque avancée. D’après un communiqué du fabricant en date du 9 juillet, le patient « se porte bien plus de trente jours après l’intervention et a quitté l’hôpital ».

Aucune complication liée au fonctionnement de la pompe, le critère de jugement principal de l’étude, n’a été observée.

D’après CorWave, le patient « confirme lui-même se sentir bien mieux

qu’avant son intervention chirurgicale et ne ressentir aucune gêne particulière. Il ne présente plus de fatigue ni d’essoufflement, qui sont des symptômes typiques de l’insuffisance cardiaque avancée ».

« La récupération post-opératoire du patient s’est déroulée sans aucune complication. Nous sommes très satisfaits de son évolution. Les premiers résultats que nous observons sont très encourageants », a indiqué le Pr Christopher Hayward, cardiologue spécialisé en insuffisance cardiaque et transplantation cardiaque au St Vincent’s Hospital et investigateur principal de l’étude.

Cette première implantation marque le début de la phase d’étude clinique du dispositif d’assistance cardiaque de CorWave.

Feu vert de l’ANSM pour l’évaluation clinique de la pompe FlowMaker

En parallèle du succès de CorWave, la société FineHeart S. A. a aussi le vent en poupe grâce à sa pompe cardiaque miniaturisée implantable FlowMaker.

La société installée à Pessac en Gironde (33) a reçu, début juin, l’autorisation de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de Santé (ANSM) pour débuter, en France, une étude clinique chez des patients souffrant d’insuffisance cardiaque avancée.

L’étude prospective, non randomisée et multicentrique française First-In-Human (FIH) a pour objectif d’évaluer la sécurité, la faisabilité d’implantation, et les performances cliniques préliminaires de cette assistance ventriculaire gauche de nouvelle génération conçue pour fonctionner en synergie avec la contraction naturelle du cœur.

Elle fait suite aux premières implantations réalisées en 2024 à l’IKEM (Institut de Médecine Expérimentale et Clinique) de Prague, et dont les premiers résultats ont été positifs.

Ce premier accélérateur de débit cardiaque intraventriculaire fournit un soutien physiologique synchronisé avec les contractions naturelles du cœur. Il respecte le flux sanguin naturel et ne nécessite pas de pontage aortique.

Il n’a aucun câble d’alimentation extérieur car il est rechargé par un système de transfert d’énergie transcutané (TET), limitant ainsi les risques d’infection.

Le dispositif d’à peine 10 cm est implanté selon une procédure mini-invasive à cœur battant d’une durée moyenne de 90 minutes.

« Grâce à son fonctionnement pulsatile et synchronisé à l’activité électrique du cœur, le FlowMaker pourrait transformer la prise en charge des patients, en leur offrant une solution moins invasive et potentiellement plus durable que les dispositifs actuels. Nous sommes impatients de débuter cette étude clinique et de confirmer ces bénéfices dans notre pratique », a commenté le Pr Pascal Leprince, chef de service de chirurgie thoracique et cardio-vasculaire Hôpital Universitaire Pitié-Salpêtrière (AP-HP) Sorbonne Université, et investigateur principal de l’essai clinique en France dans un communiqué.

Les fleurons français parmi les plus avancés au monde

Outre le cœur Carmat et ces deux dispositifs français, trois autres pompes d’assistance circulatoire mécanique sont actuellement en phase préclinique avancée ou en phase clinique précoce de développement aux Etats-Unis. Il s’agit d’EVAHEART 2 (Evaheart Inc., Texas), une pompe centrifuge équipée d’une roue à aubes ouvertes dotée d’un palier sans contact rendu possible par un système de suspension hydrodynamique, de BRIOVAD (BrioHealth Solutions Inc., Californie), un dispositif d’assistance ventriculaire gauche compact qui utilise un rotor centrifuge à longue pale entièrement en lévitation magnétique, conçu pour minimiser les contraintes de cisaillement et de TORVAD (Windmill Cardiovascular, Inc., Texas), une pompe volumétrique à flux rotatif.

Comment des médicaments courants détruisent-ils le microbiome ?

Eli Paes

18 juillet 2025

Des moyens efficaces visant à combattre les virus, bactéries, champignons et vers parasites nuisibles ont permis des avancées majeures en médecine et ont contribué à une augmentation significative de l’espérance de vie humaine au cours du siècle dernier. Cependant, à mesure que les connaissances sur le rôle de ces micro-organismes dans la promotion et le maintien de la santé s’approfondissent, il est nécessaire de porter un nouveau regard sur l’impact de ces traitements.

Il n’existe pas encore de protocoles visant à préserver le microbiote pendant le traitement pharmacologique Dre Maria Júlia Segantini

Impact des médicaments courants sur la flore intestinale

La liste des médicaments pouvant modifier directement le microbiote intestinal est longue. Outre les antibiotiques, les antiviraux, les antifongiques, les anthelminthiques (vermifuges), les inhibiteurs de la pompe à protons, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), les laxatifs, les antidiabétiques oraux, les antidépresseurs, les antipsychotiques, les statines, les chimiothérapies et les immunosuppresseurs peuvent déclencher une dysbiose.

Une étude publiée en 2020 dans Nature Communications, qui a analysé l’impact de médicaments courants sur la composition et la fonction métabolique des bactéries intestinales, a montré que sur les 41 classes de médicaments, 19 étaient associées à une dysbiose. Les chercheurs ont constaté que 19 d’entre elles étaient associées à des modifications du microbiome, notamment les antibiotiques, les inhibiteurs de la pompe à protons, les laxatifs et la metformine.

« Il n’existe pas encore de protocoles visant à préserver le microbiote pendant le traitement pharmacologique. Les recherches futures devraient permettre d’identifier les biomarqueurs de la dysbiose induite par les médicaments et éventuellement d’adapter les biothérapies vivantes pour les contrecarrer », a déclaré la Dre Maria Júlia Segantini, coloproctologue certifiée et membre de la Société brésilienne de coloproctologie, de l’Université de São Paulo.

Retrouvez l’article complet ici

 

Les bêtabloquants protègent-ils vraiment l’aorte ?

Dr Yohann Bohbot

22 juillet 2025

Une étude danoise bouleverse les certitudes : loin de protéger, les bêtabloquants pourraient augmenter le risque de dissection aortique chez les hypertendus. Ces résultats, s’ils se confirment, remettent en cause des décennies de pratique.

Depuis des décennies, les bêtabloquants sont largement prescrits aux patients hypertendus dans l’espoir de prévenir les dissections aortiques. Cette pratique repose principalement sur des travaux anciens, menés pour la plupart chez des patients atteints de maladies génétiques rares comme le syndrome de Marfan. Mais qu’en est-il pour les millions de patients hypertendus sans maladie génétique ? C’est à cette question qu’a voulu répondre une équipe danoise dans une étude publiée dans le  Journal of American Heart , qui pourrait bien remettre en cause une habitude profondément ancrée en cardiologie [1].

Une conception cas-témoins et une cohorte historique

Dans un premier temps, dans une analyse cas-témoins, plus de 1 600 patients ayant présenté une dissection aortique entre 1996 et 2016 ont été comparés à plus de 16 000 patients hypertendus sans dissection, appariés selon l’âge, le sexe et le traitement antihypertenseur. Les patients qui présentaient une valve aortique bicuspide ou des anomalies du tissu conjonctif ont été exclus. Dans l’analyse de cohorte, plus de 2 000 survivants d’une dissection aortique ont été suivis pendant 5 ans afin d’évaluer si la prise de bêtabloquants après l’événement avait un impact sur la survie à long terme.

Un risque multiplié par plus de trois

Non seulement les bêtabloquants n’ont pas été associés à une réduction du risque de dissection aortique, mais leur usage prolongé s’était révélé corrélé à une augmentation significative de ce risque, en particulier pour les dissections de type B (multiplication par plus de trois du risque relatif). Plus la dose cumulée de bêtabloquants était élevée, plus le risque augmentait.

Chez les patients ayant déjà survécu à une dissection, les bêtabloquants ne se sont pas montrés plus protecteurs. Au contraire, ceux qui en prenaient présentaient une mortalité globale, ainsi qu’une mortalité liée à l’aorte, plus élevée que ceux traités avec d’autres classes d’antihypertenseurs (augmentation de 50 % du risque relatif).

Ces résultats sont très perturbants, car ils remettent en cause une pratique assez fréquente, qui était finalement peu étayée par des données solides chez les patients non syndromiques. Bien sûr, il faut rester prudent : cette étude est observationnelle et certains éléments cliniques importants, comme les dimensions précises de l’aorte ou les niveaux de pression artérielle, n’étaient pas disponibles. Néanmoins, l’ampleur de l’étude et sa rigueur méthodologique incitent à ne pas balayer ces conclusions d’un revers de la main.

Ainsi, bien que les auteurs n’apportent pas de réponse définitive, ils invitent à remettre en question certaines certitudes cliniques et, surtout, soulignent la nécessité de mener des essais cliniques randomisés afin de répondre de manière rigoureuse à cette problématique majeure. Par ailleurs, la population porteuse d’une valve aortique bicuspide, absente de cette étude, mérite une attention particulière. Cette malformation congénitale, qui concerne 1 à 2 % de la population générale, justifie à elle seule des études dédiées.

La Société Carmat est en redressement judiciaire

Stéphanie Lavaud

4 juillet 2025

La société CARMAT, concepteur et développeur du cœur artificiel total le plus avancé au monde – visant à offrir une alternative thérapeutique aux malades souffrant d’insuffisance cardiaque biventriculaire avancée – a annoncé le 1er  juillet l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire.

En février dernier, la société avait pourtant fièrement indiqué que le chiffre symbolique de la 100ème implantation d’un cœur artificiel total Aeson dans le monde avait été franchi.

À bout de souffle

Le cœur Carmat va-t-il s’arrêter de battre ? Le 30 juin dernier, la société a annoncé par voie de communiqué de presse procéder à une déclaration de cessation des paiements auprès du tribunal des Affaires Économiques de Versailles, et solliciter l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire. Ce n’est pas la première fois que l’entreprise française connaît des déboires financiers.

À l’automne 2023, Carmat avait déjà communiqué sur des difficultés du même ordre, expliquant à l’époque avoir été impacté par des perturbations d’approvisionnement.

Avec cette ouverture d’une procédure judiciaire, la Medtech qui conçoit, produit et commercialise le cœur artificiel Aeson, une prouesse technologique, est cette fois-ci à bout de souffle. Elle affirme cependant que l’exploitation de la Société se poursuit pendant la période d’observation, conformément aux dispositions légales. « CARMAT examinera durant cette période toutes les options lui permettant la poursuite de ses activités, notamment un plan de cession. »

Pour ce qui est des patients qui bénéficient actuellement du cœur artificiel Aeson, elle confirme qu’elle s’efforcera de continuer à en assurer le support.

Rappelons que Aeson est commercialement disponible dans l’indication de « pont à la transplantation » dans l’Union européenne et dans les autres pays qui reconnaissent le marquage CE. Le dispositif est également actuellement évalué dans le cadre d’un essai clinique de faisabilité aux États-Unis.

Risque accru de DMLA néovasculaire chez les diabétiques sous analogue du GLP-1

Ute Eppinger

8 juillet 2025

Les diabétiques traités par un analogue du GLP-1 (ou incrétinomimétique) présentent un risque légèrement accru de développer une dégénérescence maculaire liée à l’âge néovasculaire (dite encore humide, ou exsudative), d’après une étude publiée début juin par le JAMA Ophthalmology . Ce type de dégénérescence maculaire (DMLAn) se caractérise par une angiogenèse anormalement accrue et des lésions de la macula. Elle se traite par injections intraoculaires d’anti-VEGF afin de restaurer partiellement la vision ou, à tout le moins, freiner sa progression.

Le Dr Reut Shor (Département d’ophtalmologie de l’Université de Toronto) et son équipe ont inclus 139 002 patients dans leur étude prospective, qui a été conduite entre janvier 2020 et novembre 2023 et dont le suivi a été de 3 ans. Les patients inclus étaient tous diabétiques et âgés d’au moins 66 ans.

Cette cohorte canadienne a été constituée à partir des 1 119 517 patients potentiellement éligibles, avec un ratio d’appariement de 1 pour 2 : 46 334 patients ayant pris un analogue du GLP-1 et 92 668 témoins n’en ayant pas pris. L’âge moyen était de 66,2 ans, et la proportion de femmes s’élevait à 46,6 %. Le critère principal d’évaluation était l’incidence et le délai d’apparition d’une DMLAn au cours du suivi.

Un risque doublé

L’étude montre qu’après un an les patients ayant pris un analogue du GLP-1 étaient plus nombreux à avoir développé une DMLAn en comparaison avec des patients appariés selon l’âge mais n’ayant pas pris un tel médicament. Le risque restait relativement faible dans l’absolu, mais la différence était significative : environ 0,2 % chez les patients sous analogue du GLP-1 contre 0,1 % chez les autres patients (risque relatif ajusté : 2,21 ; IC à 95% : 1,65 – 2,96).

Cette différence soulève la question de savoir si ce risque accru de DMLAn est causé par des effets directs ou indirects. En tout cas, « nos données suggèrent que les médecins devraient être conscients des complications oculaires potentielles associées à l’utilisation des analogues du GLP-1 », écrivent les auteurs. Ils rappellent que « tout effet indésirable suspecté devrait être signalé aux systèmes de pharmacovigilance afin d’accroître la sécurité et de sensibiliser le public. »

Les auteurs estiment également que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour clarifier les mécanismes physiopathologiques en jeu et pour évaluer aussi complètement que possible les bénéfices et les risques liés à la prise d’un analogue du GLP-1.

D’autres Effets Indésirables oculaires connus des médicaments anorexigènes

A noter qu’une étude publiée dans le JAMA Ophtalmology a montré une association entre l’utilisation du sémaglutide et la neuropathie optique ischémique antérieure non artéritique (NOINA). En juin dernier, après analyse de toutes les données disponibles, l’agence européenne du médicament (EMA) a d’ailleurs publié un communiqué indiquant que la NOIAN était un effet indésirable très rare des médicaments à base de sémaglutide, pouvant toucher jusqu’à 1 patient sur 10 000. Chez les adultes atteints de diabète de type 2, la prise de sémaglutide serait associée à un risque environ 2 fois plus élevé de développer une NOIAN, par rapport aux personnes ne prenant pas ce médicament. Cela correspond à approximativement un cas supplémentaire de NOIAN pour 10 000 personnes-années de traitement.

En outre, les notices des agonistes des incrétines que sont le sémaglutide et le tirzepatide comportent des avertissements concernant le risque accru de rétinopathie diabétique chez les patients atteints de diabète de type 2. Tous les médicaments amaigrissants peuvent aggraver la rétinopathie diabétique en raison d’une chute brutale de la glycémie. Ils peuvent aussi modifier la forme du cristallin, ce qui peut entraîner une vision floue temporaire.

Enfin, la notice de l’association phentermine-topiramate, commercialisé aux Etats-Unis dans la prise en charge du surpoids et de l’obésité, met en garde contre un risque de myopie aiguë et de glaucome secondaire à angle fermé, tandis que celle de l’association naltrexone-bupropion, commercialisée mais non remboursée en France, mentionne le risque de glaucome à angle fermé.