Pénurie d’anti-PCSK9 : une association de patients en appelle au président et au premier ministre

Aude Lecrubier

1er juillet 2025

En raison d’une pénurie en hypolipémiants anti-PCSK9, les patients à haut risque neuro-cardiovasculaire sont en danger, alerte l’Association Nationale des Hypercholestérolémies familiales et Lipoprotéines (a) (Anhet.f).

Il y a effectivement un problème d’ampleur et on ne voit pas clairement de solution Pr François Schiele

Risque de rupture d’accès imminent

Dans un communiqué, l’association en appelle au président de la République et au premier ministre pour sortir de la situation de blocage qui s’est installée entre les autorités de santé et les laboratoires commercialisant ces biothérapies ; un statu quo à l’origine des tensions d’approvisionnement dans l’hexagone.

« En dépit d’alertes répétées auprès des pouvoirs publics par des associations de patients, des sociétés savantes, des professionnels de santé et des industriels, sur le risque de rupture imminent d’accès des patients aux anti-PCSK9, l’immobilisme prévaut. En conséquence, la santé de milliers de patients se dégrade, avec à la clef des accidents graves et des décès. Une situation particulièrement tragique pour les patients atteints de la forme rare d’hypercholestérolémie familiale (homozygote), pour lesquels les traitements anti-PCSK9 sont vitaux », souligne l’Anhet.f qui indique recevoir chaque jour des appels désespérés de patients.

L’association rapporte que de nombreuses régions de France ne sont déjà plus approvisionnées en anti-PCSK9 laissant des milliers de patients français « brutalement privés de soins ».

« Il y a effectivement un problème d’ampleur; les deux produits sont régulièrement en rupture et on ne voit pas clairement de solution; en tout cas pas à court terme », confirme le Pr François Schiele (CHU Besançon – Hôpital Jean Minjoz) à Medscape édition française. « Je comprends cette réaction des associations de patients atteints d’hypercholestérolémie familiale. Ce patients, sont bien au courant de l’importance du contrôle du LDL-c, ce sont ceux qui en font le plus les frais », souligne-t-il.

Déjà, le 30 avril dernier le Collège National Professionnel CardioVasculaire avait publié une tribune intitulée « Docteur, pourquoi ne puis-je plus avoir ce médicament ? » qui décrivait « une perte de chance pour les malades qui devraient bénéficier de ces traitements [et] un obstacle à la mission des médecins qui ne peuvent pas proposer à leur patients les meilleurs soins ».

Un problème économique

En cause ? Officiellement, les laboratoires invoquent un marché en forte croissance et des problèmes logistiques. En fait, il semblerait que les discussions de fixation des prix entre les autorités de santé françaises et les laboratoires commercialisant le Praluent (alirocumab, Sanofi) et le Repatha (evolocumab, Amgen) soient au point mort.

« Contrairement à la plupart des pays européens, la HAS refuse de considérer la seule baisse du LDL-cholestérol comme critère suffisant d’efficacité. Elle demande des preuves directes sur la réduction des infarctus, AVC et décès. Cette position aboutit à une note d’amélioration de service médical rendu (ASMR) IV, soit un bénéfice jugé mineur, et par conséquent, un prix aligné sur les traitements existants. Une situation jugée économiquement insoutenable par Sanofi », indique notre consœur Anne Prigent du Figaro Santé .

Résultat, la France n’est pas le marché privilégié des laboratoires et alors que l’hexagone connait d’importantes ruptures de stocks, les autres pays européens continuent, eux, de bénéficier de ces traitements.

Une situation de blocage s’est installée, une crise sanitaire majeure s’annonce Anhet.f

Dans le bras de fer qui oppose les deux parties, Sanofi menace désormais de passer à la vitesse supérieure et de sortir du remboursement, rapporte le Figaro Santé. Une décision qui créerait une discrimination d’accès aux soins entre les patients les plus aisés et les autres et qui inquiète médecins et patients.

« Depuis plusieurs mois, les industriels et les pouvoirs publics n’ont pas trouvé les conditions permettant de garantir une continuité d’approvisionnement des anti-PCSK9 en France. Depuis plusieurs mois, le statut quo prévaut, au détriment des patients, avec pour conséquences une augmentation du nombre d’hospitalisations de malades non-traités, et en corollaire des dépenses publiques supérieures aux coûts des traitements des anti-PCSK9. Une situation de blocage s’est installée, une crise sanitaire majeure s’annonce », s’inquiète l’Anhet.f.

L’association sollicite donc président de la République et la premier ministre pour que soient convoquées « sans tarder l’ensemble des parties prenantes pour aboutir à un accord juste et durable » et permettre « un accès aux anti-PCSK9 dans notre pays, à tous les patients à haut risque neuro-cardiovasculaire ».

Faute d’une réponse, l’Anhet.f et l’ensemble de ses soutiens porteront leur combat haut et fort dans la société civile, indique le communiqué de l’association de patients.

A noter que l’arrivée sur le marché européen de nouveaux traitements anti-cholestérol comme l’evinacumab ou l’ARN interférent inclisiran pourraient aussi peser dans les négociations.

La réglisse : un risque cardiovasculaire à ne pas négliger

Laurence Salmon

23 juin 2025

La réglisse fait l’objet d’une alerte de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentaire, de l’environnement et du travail (ANSES). En effet, son usage répandu dans l’alimentation, les boissons et les compléments alimentaires pour ses propriétés digestives n’est pas sans risque, en particulier lorsqu’elle est consommée de façon régulière et en grande quantité. Elle peut être à l’origine d’hypokaliémie et d’hypertension artérielle augmentant le risque cardiovasculaire.

Le composant en cause est l’acide glycyrrhizique, substance active de la racine de réglisse, ainsi que son sel d’ammonium, tous 2 autorisés comme arômes alimentaires (E958).

Quelles sont les personnes les plus à risque ?

Les populations les plus à risque sont les enfants, les femmes enceintes ou allaitantes, ainsi que les patients présentant des comorbidités cardiovasculaires (notamment hypertension), rénales ou hépatiques.

L’interaction de la réglisse avec certains traitements (diurétiques hypokaliémiants, laxatifs stimulants, glucocorticoïdes, digitaliques, antihypertenseurs ou médicaments allongeant l’intervalle QT) est également à prendre en compte dans l’évaluation du risque.

Sur quoi repose cette alerte ?

Plus d’une centaine de cas d’effets indésirables, parfois sévères, signalés dans le cadre du dispositif de Nutrivigilance et par les centres antipoison ont été analysés par l’ANSES. Leurs manifestations incluaient principalement des symptômes d’hypokaliémies et d’hypertensions artérielles pouvant exposer à des complications cardiovasculaires. L’ANSES a relevé qu’environ 60 % des adultes et plus de 40 % des enfants consommateurs de réglisse dépassaient la dose de sécurité toxicologique établie lors de l’analyse.

Quelles sont les recommandations de l’ANSES ?

Au vu des données issues de l’évaluation des effets indésirables, l’ANSES recommande plusieurs mesures permettant d’alerter le consommateur sur le risque d’hypertension :

  • un étiquetage systématique des aliments informant de la présence de réglisse même à faible dose (une directive européenne imposait déjà leur identification quand leur concentration excède un seuil particulier dans les aliments et boissons) ;
  • la préconisation de l’éviction du cumul des sources de réglisse dans l’alimentation (boissons, sirops, confiseries, tisanes, compléments alimentaires) ;
  • l’information des personnes à risque (hypertension, insuffisance rénale ou hépatique, hypokaliémie, grossesse, allaitement) ainsi que de celles suivant des traitements exposant à des interactions médicamenteuses, de la nécessité de signaler toute consommation de réglisse à leur professionnel de santé.

La FDA reconnaît le statut de « Breakthrough Device » à un pacemaker contre l’HTA

Brian Owens

6 mai 2025

La Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis a accordé à Orchestra BioMed le statut de Breakthrough Device Designation pour sa thérapie innovante de modulation de l’intervalle auriculo-ventriculaire (AVIM) via un pacemaker destinée aux patients souffrant d’hypertension artérielle non contrôlée.

La modulation de l’intervalle auriculo-ventriculaire est un algorithme de stimulation incorporé dans les stimulateurs cardiaques double chambre pour traiter l’hypertension. Il fournit des séquences répétées de délais auriculo-ventriculaires plus courts et plus longs, réduisant la pression artérielle tout en modulant le système nerveux autonome.

La désignation de dispositif innovant concerne un stimulateur cardiaque implantable permettant d’administrer le traitement AVIM à des patients présentant un risque accru de maladie cardiovasculaire athéroscléreuse sur 10 ans, une fonction systolique du ventricule gauche préservée et une hypertension non contrôlée, malgré l’utilisation de médicaments antihypertenseurs ou chez des patients pouvant présenter une intolérance aux médicaments antihypertenseurs. Orchestra BioMed estime que plus de 7,7 millions de patients aux États-Unis répondent à ces critères.

Un stimulateur cardiaque pour l’hypertension

« Nous sommes ravis d’avoir reçu de la FDA la désignation Breakthrough Device Designation pour la thérapie AVIM, qui a le potentiel d’offrir une solution différenciée et avantageuse pour la prise en charge de l’hypertension dans une large population », a déclaré David Hochman, PDG d’Orchestra BioMed.

L’étude pilote randomisée en double aveugle MODERATO II a montré que les patients traités par AVIM présentaient des réductions nettes de 8,1 mmHg de la pression artérielle systolique ambulatoire sur 24 heures et de 12,3 mmHg de la pression artérielle systolique en consultation après 6 mois de suivi, par rapport aux patients du groupe témoin qui avaient reçu le dispositif implantable Moderato, programmé pendant 1 mois comme stimulateur standard sans activation de la fonction neuromodulation cardiaque.

Un autre essai pivot mené en collaboration avec Medtronic, appelé BACKBEAT, évalue actuellement la sécurité et l’efficacité du traitement par AVIM dans la réduction de la pression artérielle chez les patients chez qui un stimulateur cardiaque double chambre a été indiqué et récemment implanté.

« L’hypertension artérielle reste un problème de santé publique mondial important, particulièrement pertinent pour les porteurs de stimulateurs cardiaques, car il s’agit de la comorbidité la plus fréquente chez ces patients », a déclaré le Dr Robert C. Kowal, vice-président des thérapies de stimulation cardiaque au sein de l’unité opérationnelle de prise en charge du rythme cardiaque de Medtronic.

Toutefois, la thérapie AVIM est conçue pour avoir une large applicabilité clinique au-delà des patients souffrant d’hypertension et nécessitant un stimulateur cardiaque. Il est donc également prévu d’étendre cette approche aux patients souffrant d’hypertension non contrôlée qui n’auraient pas besoin d’un stimulateur cardiaque.

« Nous pensons que des millions de patients sans indication de stimulateur cardiaque, souffrant d’hypertension non contrôlée et présentant un risque cardiovasculaire accru, pourraient bénéficier d’un traitement basé sur un dispositif tel que la thérapie AVIM », a soutenu le Dr Avi Fischer, vice-président senior des affaires médicales et de l’innovation chez Orchestra BioMed.

« Notre vision à long terme est que la thérapie AVIM sera utilisée comme une thérapie efficace, permanente et programmable pour l’hypertension afin de ne pas dépendre uniquement de l’observance aux médicaments oraux quotidiens – l’un des plus grands défis dans la lutte contre l’hypertension – indépendamment de l’indication d’un stimulateur cardiaque. »

Le programme Breakthrough Device de la FDA a pour but d’accélérer le développement et d’assurer un examen prioritaire à des technologies médicales innovantes qui ont le potentiel d’améliorer de manière significative le pronostic de patients souffrant de maladies graves ou potentiellement mortelles. Il pourrait également permettre aux dispositifs compatibles avec l’AVIM de bénéficier d’un remboursement plus élevé par le Center for Medicare & Medicaid Services à l’avenir.

Un pacemaker de la taille d’un grain de riz pour traiter les nourrissons

Vu sur Sciences et Avenir

Ce nouveau dispositif est implantable par injection. Il est biodégradable et se décompose tout seul après son utilisation, évitant ainsi toute chirurgie pour l’extraire.

Ce pacemaker est beaucoup plus petit que les pacemakers traditionnels (à gauche), et même que le pacemaker implanté le plus petit (au milieu).

Ce pacemaker est beaucoup plus petit que les pacemakers traditionnels (à gauche), et même que le pacemaker implanté le plus petit (au milieu).

Northwestern University

Petit comme un grain de riz ! Des chercheurs de l’Université Northwestern aux États-Unis viennent de dévoiler le pacemaker le plus petit au monde : 3,5 mm de longueur, 1,8 mm de largeur et 1 mm de profondeur, pesant seulement 13,8 mg ! En terme de comparaison, le pacemaker le plus petit jamais implanté (implanté en 2014) mesure 8 mm de large et 24 mm de long.  Leur dispositif, présenté le 2 avril 2025 dans Nature, est tellement petit qu’il peut être implanté par injection, sans aucune chirurgie. Et il est biodégradable, c’est-à-dire qu’il se décompose tout seul pour que le corps l’éjecte par l’urine, évitant les risques liés aux interventions pour extraire ce genre d’appareil. Avec sa petite taille, il pourrait devenir un outil précieux pour traiter certains défauts cardiaques chez les nouveau-nés.

Un espoir pour les enfants nés avec un défaut cardiaque

“Notre motivation majeure est l’enfance : environ 1% des enfants naissent avec des défauts cardiaques congénitaux, et la plupart nécessitent une assistance cardiaque temporaire après leur chirurgie”, explique Igor Efimov, directeur de l’étude, dans un communiqué. “Dans ces cas la miniaturisation est incroyablement importante, plus c’est petit, mieux c’est, ajoute l’ingénieur biomédical John Rogers, qui a conçu l’appareil. En diminuant ainsi la taille, nous simplifions l’implantation, enlevant certains risques pour le patient, et grâce à sa nature décomposable, nous éliminons le besoin de toute chirurgie d’extraction.”

Pacemaker et batterie, tout en un

Mais comment sont-ils parvenus à réduire ainsi la taille du pacemaker ? Un des secrets de son petit gabarit est que ses électrodes font office de stimulateur électrique et de batterie, en même temps. L’anode de cette batterie est une des électrodes, composée de magnésium ou zinc, et la cathode est l’électrode à l’autre extrémité, composé de trioxyde de molybdène. Les électrons se déplacent de l’un à l’autre à travers le tissu cardiaque et les fluides dans lesquels il baigne, qui font office d’électrolyte.

L’appareil est activé par de la lumière infrarouge, grâce à un capteur localisé entre les deux électrodes. Cette lumière est émise par un dispositif portable posé sur la poitrine du patient. Lorsque ce dispositif détecte un rythme cardiaque irrégulier, il émet une lumière infrarouge, qui traverse la peau et les tissus et atteint le pacemaker. Cela active l’appareil, en permettant le passage d’électrons d’une électrode à l’autre. En temps normal, ce passage ne peut pas se faire à cause d’une très haute résistance dans la partie intermédiaire du pacemaker, coupant le circuit. La lumière diminue considérablement cette résistance, permettant de fermer le circuit électrique.

Petit mais puissant

Malgré sa petite taille, leur pacemaker stimule le cœur aussi bien que des pacemakers traditionnels, selon les essais réalisés sur des animaux et des cœurs humains. Au contraire, leur petit gabarit permet d’en utiliser plusieurs en même temps, pour stimuler différentes parties du cœur afin d’améliorer la synchronisation de l’activité cardiaque en fonction des besoins de chaque patient. Les auteurs prévoient aussi de pouvoir incorporer ce pacemaker dans d’autres dispositifs. Par exemple dans les valves artificielles, utilisées pour remplacer la valve aortique, qui empêche le sang de refluer de l’aorte vers le cœur, lorsque celle-ci ne remplit plus sa fonction. “Ce pacemaker est tellement petit qu’il peut être intégré à pratiquement n’importe quel dispositif implantable, développe John Rogers. Dans ces cas, les pacemakers peuvent être activés si jamais il y a des complications après la chirurgie, optimisant ces implants traditionnels pour leur permettre aussi d’octroyer une stimulation plus fonctionnelle.” Ce minuscule pacemaker semble ainsi avoir un énorme champ d’utilisations potentielles. La prochaine étape sera donc de le tester chez des patients, avec l’espoir que ces grandes espérances soient confirmées.

Cardiomyopathie non ischémique et risque de mort subite : la génétique devenue incontournable

Vincent Richeux

11 mars 2025

PARIS — Chez les patients présentant une cardiomyopathie non ischémique, la décision de poser un défibrillateur automatique implantable (DAI) s’appuie désormais sur plusieurs scores de risque basés sur la génétique. Au cours des Journées Européennes de la Société Française de Cardiologie (JESFC 2025), une présentation a fait le point sur ce changement majeur, en appelant au passage à la modération dans les demandes de tests génétiques.

Inadéquation entre l’évolution des recommandations et les moyens

Dans la cardiomyopathie non ischémique, « la génétique est devenue un outil incontournable dans la stratification du risque de mort subite », a commenté la Pre Estelle Gandjbakhch (hôpital Pitié-Salpêtrière, AP-HP, Paris), lors de sa présentation. Toutefois, « il y a une inadéquation entre l’évolution des recommandations et les moyens à disposition [pour le séquençage génétique] ».

En attendant d’avoir une offre plus conséquente au niveau national dans l’accès aux tests génétiques, la cardiologue a fait appel à la « responsabilité des prescripteurs » pour mieux évaluer le risque chez leurs patients, avec l’aide notamment de l’imagerie cardiaque, mais aussi pour éviter de demander systématiquement des tests en urgence.

Actuellement, « la moitié des tests génétiques sont demandés en urgence, alors qu’on peut estimer que 5% maximum des patients ont réellement besoin d’un test rapide ».

Plusieurs dizaines de gènes identifiés

Alors qu’il est désormais difficile d’identifier les patients pouvant bénéficier d’un DAI après une cardiopathie ischémique, faute de critères pertinents (voir notre article Mort subite après un infarctus du myocarde: la place du DAI en question), les apports de la génétique et de l’imagerie ont largement compensé les limites du seul critère de la fraction d’éjection du ventricule gauche (FEVG) dans la cardiomyopathie non ischémique.

En quelques années, plusieurs dizaines de gènes ont été identifiés pour leur implication dans le développement de la cardiomyopathie dilatée, de la cardiomyopathie ventriculaire droite arythmogène (CVDA) ou encore de la cardiomyopathie hypertrophique (CMH), ce qui a conduit à l’élaboration de scores spécifiques de mort subite, selon les gènes identifiés et la pathologie concernée, a rappelé la Pre Gandjbakhch.

Publiées en 2023, les recommandations européennes sur la prise en charge des cardiomyopathies reflètent ces avancées majeures en génétique, mais aussi en imagerie médicale pour aider à évaluer le risque de mort subite, qui ne s’appuie plus uniquement sur la FEVG. En conséquence, pour la première fois, le document est consacré à l’ensemble des cardiomyopathies non ischémiques et pas seulement à la CMH.

La cardiomyopathie dilatée est celle qui a connu la plus forte progression sur le plan de la génétique, essentiellement en cas de FEVG>35%, a commenté la cardiologue. Alors que cette pathologie était considérée comme une entité unique, « on estime désormais qu’elle englobe une multitude de pathologies aux causes multiples ».

On estime que 30 à 40% des cas de cardiomyopathie dilatée sont d’origine génétique. Plus de 60 gènes ont été identifiés comme étant en cause. On retrouve essentiellement des gènes pathologiques liées à la titine (TTN), une protéine musculaire du sarcome qui joue un rôle important dans la rigidité du myocarde, et à la lamine A (LMNA).

Cardiomyopathie dilatée : de multiples scores

« Tous ces gènes ne sont pas associés au même risque », d’où une stratification du risque en fonction des gènes identifiés et des facteurs de risque associés. Plusieurs scores de risque spécifiques ont ainsi été développés et rendus accessibles en ligne, comme celui associé à l’identification d’une mutation sur le gène LMNA, responsable de formes sévères.

Selon les recommandations concernant la cardiomyopathie dilatée, en présence de mutations à haut risque (LMNA, THEM43, DSP, PLN, RBM20…), le défibrillateur est à envisager en cas de FEVG > 35% et de facteurs de risque supplémentaires, variables selon le gène impliqué (recommandation de classe IIb ou IIa selon les cas).

Dans le cas de la cardiomyopathie ventriculaire droite arythmogène (CVDA), un nouveau score du risque rythmique est également apparu dans les recommandations de 2023 avec une performance variable selon le génotype, a précisé la Pre Gandjbakhch. En présence du variant PKP2, le score a une bonne performance, alors qu’il est « très mauvais » dans le cas d’autres variants.

Chez les patients avec une CDVA, la décision de poser un DAI s’appuie sur ce score de risque, mais la pertinence de celui-ci implique de prendre en compte le génotype sous-jacent, a rappelé la cardiologue.

Mesurer le rehaussement tardif

S’agissant de la cardiomyopathie hypertrophique (CMH), des variants génétiques de protéines du sarcomère (MYH7, MYBPC3…) sont retrouvés dans un cas sur deux. Selon les recommandations européennes sur la prise en charge des troubles du rythme ventriculaire et la prévention de la mort subite, publiées en 2022, la pose d’un DAI est à considérer en présence d’un variant sarcomérique chez les patients à risque intermédiaire.

Pour améliorer la stratification du risque dans la CMH, une étude prospective est menée actuellement par Cardiogen, centre de référence des maladies cardiaques héréditaires, a indiqué l’intervenante. L’objectif est d’inclure dans cette évaluation l’IRM, mais aussi la génétique. Les résultats seront connus « d’ici quelques années ».

Ces évolutions montrent l’importance de rechercher des variants génétiques pour affiner les indications de la pose d’un DAI. Pour autant, même si d’autres critères de risque sont attendus, des examens comme l’imagerie cardiaque peuvent aider à identifier les patients les plus à risque, a précisé la Pre Gandjbakhch.

L’IRM permet notamment d’évaluer le niveau de fibrose myocardique par l’étude du rehaussement tardif, qui se traduit par un hypersignal blanc à l’IRM dans les zones nécrosées ou fibrosées. Dans la cardiomyopathie dilatée, « deux localisations du rehaussement tardif sont a priori plus à risque : latéral sous-épicardique et antéroseptal ». Ces deux localisations peuvent ainsi justifier une demande de test génétique en urgence.

Par ailleurs, les distributions de rehaussement tardif varient selon les mutations. Mais, ces variations ne sont pas encore suffisamment caractérisées pour en faire un critère de risque majeur. La mise en évidence de nouveaux critères pour la pose d’un DAI devrait encore nécessiter « beaucoup de travail dans les années à venir », a conclu la cardiologue.

CBD et médicaments : attention aux interactions !

Fanny Le Brun

26 mars 2025

L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) souhaite alerter les professionnels de santé sur le risque d’interaction entre cannabidiol (CBD) et médicaments.

Quels sont les risques ?

Depuis 2015, des produits contenant du CBD sont commercialisés sous différentes formes : huiles buvables, tisanes, bonbons, gâteaux, e-liquides pour cigarette électronique, comprimés…

Ils sont consommés pour leurs effets réels ou supposés sur le bien-être. Ces produits peuvent être à l’origine d’interactions lorsqu’ils sont consommés en même temps que certains médicaments et ainsi réduire leur efficacité ou augmenter leurs effets indésirables, faisant courir des risques aux patients pour leur santé.

Entre 2017 et 2023, les centres antipoison ont recensé 58 cas d’interactions entre médicaments et CBD et, sur la période 2021-2022, les centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV) et les centres d’évaluation et d’information sur la pharmacodépendance-addictovigilance (CEIP-A) ont recensé 4 cas graves d’interactions médicament-CBD, ce nombre étant probablement fortement sous-évalué. Les risques existent, quelles que soient la forme (bonbons, gâteaux, tisanes…), la fréquence ou la durée de consommation du CBD.

Quels sont les médicaments les plus concernés ?

Des études expérimentales in vitro  ont montré que le CBD est un puissant inhibiteur de plusieurs cytochromes enzymatiques, et notamment des cytochromes CYP2B6, CYP2C19 et CYP3A4, qui sont des voies métaboliques de nombreux médicaments.

  • Anti-épileptiques (acide valproïque, lamotrigine, phénytoïne, carbamazépine, oxcarbazépine, phénobarbital, topiramate, stiripentol)  : des interactions entre le CBD et des médicaments anti-épileptiques ont été mises en évidence et nécessitent une surveillance plus rapprochée (clinique et biologique) en cas d’association.
  • Anticoagulants (warfarine, coumarines, fluindione, dabigatran) : la warfarine, par exemple, est métabolisée par le cytochrome P450, incluant notamment les CYP2C19 et 3A4, et un cas d’interaction avec le CBD a été mis en évidence. Il est donc important de mettre en place un monitoring rapproché, clinique et sanguin, via l’INR (International normalized ratio), lors de prise de CBD et de warfarine.
  • Immunosuppresseurs (évérolimus, tacrolimus, sirolimus) : le tacrolimus, par exemple, est très sensible aux interactions médicamenteuses. Des auteurs ont rapporté le cas d’un patient sous tacrolimus mis sous CBD pour une épilepsie réfractaire et qui a présenté une augmentation de ses concentrations plasmatiques de tacrolimus d’un facteur 3, conduisant à diminuer sa posologie de tacrolimus, afin d’éviter la survenue d’une toxicité aiguë.
  • Traitement de substitution des opiacés (méthadone) : le CBD peut entraîner une augmentation des concentrations plasmatiques de méthadone en inhibant les enzymes qui interviennent dans sa dégradation (CYP3A4, CYP2C19).

    Il a également été mis en évidence des interactions avec des antalgiques, des anesthésiques généraux, des antiarythmiques, des hypolipémiants, des antidiabétiques oraux, des hormones thyroïdiennes, des inhibiteurs de la pompe à protons, des antibiotiques, des antifongiques, des myorelaxants, des antidépresseurs, des antipsychotiques, des hypnotiques et des benzodiazépines. Cette liste n’est pas exhaustive et la prudence est de mise, car le CBD est susceptible d’interagir avec d’autres types de médicaments qui ne sont pas encore identifiés. Il est également fortement déconseillé d’avoir recours au CBD en cas d’insuffisance hépatique.

    Les patients doivent être informés de ces risques dans un but préventif, mais aussi, en cas d’interactions, pour pouvoir relier une inefficacité de traitement médicamenteux ou la survenue d’effets indésirables à l’exposition concomitante avec du CBD. Les patients doivent comprendre la nécessité d’informer leur professionnel de santé s’ils prennent ou envisagent de prendre des produits contenant du CBD, afin qu’il puisse en tenir compte lors de la prescription d’un traitement.

    Les signes devant alerter le patient et l’amener à arrêter le CBD et à consulter un professionnel de santé sont :

    • l’apparition d’effets indésirables ou la sensation que le traitement médicamenteux agit différemment (plus ou moins efficace, par exemple) depuis la prise de CBD ;
    • l’apparition de nausées, diarrhées, vertiges, somnolence, fatigue, maux de tête, idées et comportements suicidaires ou crise d’épilepsie après la consommation d’un produit contenant du CBD.

Xénogreffe : des organes de porcs génétiquement modifiés pour répondre à la pénurie en France

Pour répondre à la pénurie d’organes, la xénotransplantation d’organes de porcs génétiquement modifiés est perçue comme une des solutions. Un nouveau consortium, XenoCure, se met en place en France pour accélérer le développement de la xénogreffe dans le pays.

Xénotransplantatin de cœur porcin

Première transplantation de cœur porcin génétiquement modifié à cœur humain, aux États-Unis le 7 janvier 2022. Malgré la greffe considérée comme un succès, le patient est décédé au bout de deux mois.

EyePress News/Shutterstock/SIPA

Chaque année, ce sont plus de 22.000 personnes qui sont en attente de transplantation, et seulement 6.000 sont réalisées par manque d’organes, selon l’Agence de la Biomédecine. Des délais importants qui obligent certains patients à attendre jusqu’à 3 ou 4 ans, voire plus selon le type de greffe demandée, entraînant parfois le décès du malade. Pour pallier la pénurie d’organes, la xénogreffe, la transplantation de greffon d’un donneur d’espèce différente du receveur, apparaît comme une solution.

Dans le domaine de la xénotransplantation, la France a toujours été dans la course. Au début du XXe siècle, Mathieu Jaboulay greffe pour la première fois un organe de chèvre chez une femme. Quelques petites années après, le Franco-russe Serge Voronoff expérimente lui aussi la xénotransplantation en utilisant des tissus de testicules de singe chez l’homme. Des pratiques qui se sont arrêtées en raison d’échecs causés par une réponse immunologique forte, et dont l’inquiétude face aux risques de transmission de virus dans les années 1990, notamment celui du VIH, a été un découragement supplémentaire.

Alors que les Etats-Unis ont autorisé la réalisation de xénotransplantation dans le cadre de la recherche sur leur sol, où en est-on en France, et sommes-nous en retard ? Une conférence s’est tenue jeudi 6 mars 2025 à Paris pour faire le point.

Les Etats-Unis semblent en avance

Les Etats-Unis semblent plus avancés que l’Hexagone sur ce sujet. En 2021, ils ont réalisé, avec réussite, des xénotransplantations sur des patients en état de mort cérébrale. Une « preuve de concept » confirmant la faisabilité à court terme (quelques jours) de la méthode. Depuis, ils ont enclenché la vitesse supérieure en réalisant des greffes sur des patients bel et bien vivants. À ce jour, on compte sur le sol américain cinq greffes de porc en trois ans, deux cardiaques et trois rénales, qui se sont toutes soldées par un décès du patient, sauf pour la dernière sur Towana Looney agée de 53 ans qui, pour l’heure, est encore en vie.

À quoi est due cette accélération ? Alors qu’au début des années 2000 on pensait encore la xénogreffe comme de la science-fiction, pensant que d’autres solutions viendraient répondre à la pénurie d’organes, quel est le détail qui l’a fait basculer dans le champ du “possible” ? Indéniablement, c’est ce qui aura valu un prix Nobel de Chimie à la Française Emmanuelle Charpentier ; la découverte et l’ingénierie des ciseaux moléculaires CRISPR/Cas9 (lire l’encadré ci-dessous).

Le système CRISPR/Cas9 permet de couper l’ADN à un endroit précis du génome. Inspiré d’un mécanisme de défense bactérien, il associe un “ARN guide”, qui cible une séquence d’ADN, à l’enzyme Cas9, qui la coupe comme des ciseaux moléculaires. Cette coupure peut ensuite être exploitée pour désactiver un gène ou insérer une séquence génétique corrigée.

L’avancée génomique a boosté celle de la xénotransplantation

Il existe plusieurs grands domaines d’enjeux pour la xénotransplantation. Le premier est immunologique, consistant à gérer l’immunosuppression. L’édition du génome par CRISPR/Cas9 donne la possibilité de modifier le génome de l’individu cible, par exemple le porc, sans générer d’anomalie, permettant ainsi de limiter le rejet du greffon par le patient humain. Pour cela, deux techniques sont adoptées : d’abord le « knock-out », pour enlever les antigènes du porc reconnus par les anticorps humains et générant un rejet, et le « knock-in », la transgénèse, pour introduire des gènes humains atténuant la réponse immunitaire.

Ces porcs génétiquement modifiés fournissent alors des organes extrêmement sophistiqués avec une meilleure compatibilité humaine. Pour gérer un autre enjeu, cette fois-ci virologique, les rétrovirus porcins (PERV) sont éliminés du génome à l’aide des ciseaux moléculaires CRISPR/Cas9, limitant le risque infectieux.

Lire aussiRetour sur le boom des xénogreffes

« La France n’est pas en retard »

Ces manipulations génétiques sont largement pratiquées et maîtrisées en France et à travers le globe, constituant l’une des compétences nécessaires au développement de la xénotransplantation. Aussi, l’allotransplantation, greffe où le donneur et le receveur sont de la même espèce, est déjà réalisée sur une grande diversité d’organes dans l’Hexagone ; rein, cœur, poumon, foie, pancréas, tissus, cellules… “Le pays a des compétences sur le plan immunologique, chirurgical mais aussi de savoir-faire de production”, affirme Antoine Durrbach, professeur de néphrologie à l’Hôpital Henri Mondor à l’Université Paris-Saclay.

C’est justement parce que le pays avance dans la recherche sur le sujet qu’un consortium national sur le développement de la xénogreffe est en train de voir le jour : XenoCure. L’objectif ? Regrouper tous les acteurs impliqués afin de discuter des enjeux, questions à venir, nécessités, et des compétences déjà acquises. Vétérinaires, éleveurs, médecins, chirurgiens, scientifiques… Personne n’est laissé à part. Gilles Blancho, directeur de l’Institut Transplantation Urologie Néphrologie de Nantes, insiste : « ça a commencé aux Etats-Unis et en Chine, mais la France n’est pas en retard, les règles éthiques sont différentes”.

Avant d’utiliser ces greffons chez l’humain, des essais sur modèles expérimentaux de primates non-humains seront nécessaires, comme cela a été le cas outre-Atlantique. “Avant d’arriver à utiliser ces animaux chez l’humain, il y a eu des survies de plusieurs années dans des modèles de primates (aux Etats-Unis et en Chine, ndlr). C’est ça qui va nous donner le feu vert, des immunosuppressions raisonnables (peu élevées, ndlr) ; des individus qui vont bien, avec justement des organes qui fonctionnent bien”.

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« On doit avoir à disposition les organes »

D’autres enjeux forts sont à souligner dans la xénotransplantation, comme la question de transfert de zoonose (transfert d’une maladie infectieuse de l’animal à l’humain), et notamment du risque virologique qui doit être contrôlé. La ferme de l’entreprise française Xenothera, qui élève des porcs génétiquement modifiés dans une optique de xénotransplantation, y est très attentive. « On a cette compétence d’avoir un élevage qui a des normes sanitaires suffisantes, dans un environnement sécurisé, voire hermétique, pour faire des organes sans risques », affirme Odile Duvaux, présidente de Xenothera.

La production est aussi un enjeu clé. “On a besoin d’une implantation de sources de production locales. Si on se réfère simplement à des organes qui sont produits aux Etats-Unis ou en Chine, le temps de transport est trop long. On doit avoir à disposition les organes, sur notre territoire ou dans l’espace européen, pour avoir un temps de transport le plus court possible”, ajoute Antoine Durrbach.

Une réalité dont est consciente la présidente de Xenothera : “il faut arriver à trouver une solution de production, notamment de reproduction, qui soit compatible avec les enjeux économiques. On ne peut pas faire des organes à 20.000 euros, ce n’est pas compatible avec notre vision de l’équité des soins en Europe”. Le modèle mené par Xenothera permet de le faire.

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L’éthique, une autre barrière

Pourquoi le porc reste-t-il le modèle de prédilection ? Contrairement aux primates, pour qui l’utilisation soulève d’importantes objections morales, c’est un animal déjà utilisé en médecine, et dont la physiologie et les fonctions de ses organes sont proches de celles de l’humain, facilitant la compatibilité en cas de xénogreffe. Si certaines associations de protection animale pourraient voir d’un mauvais œil la xénogreffe, les docteurs l’ont affirmé lors de la conférence : la demande vient avant tout des patients.

Malgré l’engouement et le potentiel de la recherche boosté par le consortium, il ne faut pas s’attendre à se voir greffer un rein porcin demain. Les réglementations éthiques françaises et européennes doivent être modulées. “Il va d’abord y avoir une étape réglementaire pour autoriser les études et lancer cette dynamique de 2 ou 3 ans. […] L’utilisation en routine d’un organe porcin pour traiter un patient au CHU d’à côté, ce n’est pas pour tout de suite”, relativise Olivier Thaunat, professeur de néphrologie et d’immunologie clinique au CHU de Lyon et Président de l’European Society for Organ Transplantation (ESOT). « Il est probable que l’essor des xénogreffes en clinique commence par des situations techniquement plus simples que la transplantation d’organes vascularisés, sans doute par la greffe de tissus comme les îlots de Langerhans pour guérir le diabète » ajoute-t-il.

Un dernier point à ajouter et non des moindres : la xénotransplantation n’a pas pour but de remplacer l’allogreffe, qui restera toujours la meilleure option. Elle pourra toutefois venir en complément pour accroître le nombre de greffes, et également dans certains cas, servir de solution transitoire pour maintenir un patient en vie jusqu’à l’obtention d’un greffon humain.

Cardiomyopathie non ischémique et risque de mort subite : la génétique devenue incontournable

Vincent Richeux

11 mars 2025

PARIS — Chez les patients présentant une cardiomyopathie non ischémique, la décision de poser un défibrillateur automatique implantable (DAI) s’appuie désormais sur plusieurs scores de risque basés sur la génétique. Au cours des Journées Européennes de la Société Française de Cardiologie (JESFC 2025), une présentation a fait le point sur ce changement majeur, en appelant au passage à la modération dans les demandes de tests génétiques.

Inadéquation entre l’évolution des recommandations et les moyens

Dans la cardiomyopathie non ischémique, « la génétique est devenue un outil incontournable dans la stratification du risque de mort subite », a commenté la Pre Estelle Gandjbakhch (hôpital Pitié-Salpêtrière, AP-HP, Paris), lors de sa présentation. Toutefois, « il y a une inadéquation entre l’évolution des recommandations et les moyens à disposition [pour le séquençage génétique] ».

En attendant d’avoir une offre plus conséquente au niveau national dans l’accès aux tests génétiques, la cardiologue a fait appel à la « responsabilité des prescripteurs » pour mieux évaluer le risque chez leurs patients, avec l’aide notamment de l’imagerie cardiaque, mais aussi pour éviter de demander systématiquement des tests en urgence.

Actuellement, « la moitié des tests génétiques sont demandés en urgence, alors qu’on peut estimer que 5% maximum des patients ont réellement besoin d’un test rapide ».

Plusieurs dizaines de gènes identifiés

Alors qu’il est désormais difficile d’identifier les patients pouvant bénéficier d’un DAI après une cardiopathie ischémique, faute de critères pertinents (voir notre article Mort subite après un infarctus du myocarde: la place du DAI en question), les apports de la génétique et de l’imagerie ont largement compensé les limites du seul critère de la fraction d’éjection du ventricule gauche (FEVG) dans la cardiomyopathie non ischémique.

En quelques années, plusieurs dizaines de gènes ont été identifiés pour leur implication dans le développement de la cardiomyopathie dilatée, de la cardiomyopathie ventriculaire droite arythmogène (CVDA) ou encore de la cardiomyopathie hypertrophique (CMH), ce qui a conduit à l’élaboration de scores spécifiques de mort subite, selon les gènes identifiés et la pathologie concernée, a rappelé la Pre Gandjbakhch.

Publiées en 2023, les recommandations européennes sur la prise en charge des cardiomyopathies reflètent ces avancées majeures en génétique, mais aussi en imagerie médicale pour aider à évaluer le risque de mort subite, qui ne s’appuie plus uniquement sur la FEVG. En conséquence, pour la première fois, le document est consacré à l’ensemble des cardiomyopathies non ischémiques et pas seulement à la CMH.

La cardiomyopathie dilatée est celle qui a connu la plus forte progression sur le plan de la génétique, essentiellement en cas de FEVG>35%, a commenté la cardiologue. Alors que cette pathologie était considérée comme une entité unique, « on estime désormais qu’elle englobe une multitude de pathologies aux causes multiples ».

On estime que 30 à 40% des cas de cardiomyopathie dilatée sont d’origine génétique. Plus de 60 gènes ont été identifiés comme étant en cause. On retrouve essentiellement des gènes pathologiques liées à la titine (TTN), une protéine musculaire du sarcome qui joue un rôle important dans la rigidité du myocarde, et à la lamine A (LMNA).

Cardiomyopathie dilatée : de multiples scores

« Tous ces gènes ne sont pas associés au même risque », d’où une stratification du risque en fonction des gènes identifiés et des facteurs de risque associés. Plusieurs scores de risque spécifiques ont ainsi été développés et rendus accessibles en ligne, comme celui associé à l’identification d’une mutation sur le gène LMNA, responsable de formes sévères.

Selon les recommandations concernant la cardiomyopathie dilatée, en présence de mutations à haut risque (LMNA, THEM43, DSP, PLN, RBM20…), le défibrillateur est à envisager en cas de FEVG > 35% et de facteurs de risque supplémentaires, variables selon le gène impliqué (recommandation de classe IIb ou IIa selon les cas).

Dans le cas de la cardiomyopathie ventriculaire droite arythmogène (CVDA), un nouveau score du risque rythmique est également apparu dans les recommandations de 2023 avec une performance variable selon le génotype, a précisé la Pre Gandjbakhch. En présence du variant PKP2, le score a une bonne performance, alors qu’il est « très mauvais » dans le cas d’autres variants.

Chez les patients avec une CDVA, la décision de poser un DAI s’appuie sur ce score de risque, mais la pertinence de celui-ci implique de prendre en compte le génotype sous-jacent, a rappelé la cardiologue.

Mesurer le rehaussement tardif

S’agissant de la cardiomyopathie hypertrophique (CMH), des variants génétiques de protéines du sarcomère (MYH7, MYBPC3…) sont retrouvés dans un cas sur deux. Selon les recommandations européennes sur la prise en charge des troubles du rythme ventriculaire et la prévention de la mort subite, publiées en 2022, la pose d’un DAI est à considérer en présence d’un variant sarcomérique chez les patients à risque intermédiaire.

Pour améliorer la stratification du risque dans la CMH, une étude prospective est menée actuellement par Cardiogen, centre de référence des maladies cardiaques héréditaires, a indiqué l’intervenante. L’objectif est d’inclure dans cette évaluation l’IRM, mais aussi la génétique. Les résultats seront connus « d’ici quelques années ».

Ces évolutions montrent l’importance de rechercher des variants génétiques pour affiner les indications de la pose d’un DAI. Pour autant, même si d’autres critères de risque sont attendus, des examens comme l’imagerie cardiaque peuvent aider à identifier les patients les plus à risque, a précisé la Pre Gandjbakhch.

L’IRM permet notamment d’évaluer le niveau de fibrose myocardique par l’étude du rehaussement tardif, qui se traduit par un hypersignal blanc à l’IRM dans les zones nécrosées ou fibrosées. Dans la cardiomyopathie dilatée, « deux localisations du rehaussement tardif sont a priori plus à risque : latéral sous-épicardique et antéroseptal ». Ces deux localisations peuvent ainsi justifier une demande de test génétique en urgence.

Par ailleurs, les distributions de rehaussement tardif varient selon les mutations. Mais, ces variations ne sont pas encore suffisamment caractérisées pour en faire un critère de risque majeur. La mise en évidence de nouveaux critères pour la pose d’un DAI devrait encore nécessiter « beaucoup de travail dans les années à venir », a conclu la cardiologue.

De nouvelles recommandations américaines précisent les cas nécessitant l’implantation de dispositifs cardiaques

Marcia Frellick

25 février 2025

De nouveaux critères américains pour « une utilisation appropriée » des défibrillateurs implantables, des appareils de resynchronisation cardiaque et des pacemakers ont été publiés.

Par rapport à 2013, le nouveau texte intègre les nouvelles technologies et les approches de soins personnalisées, a déclaré le Dr Milind Y. Desai, coprésident du groupe de travail, directeur du Centre de cardiomyopathie hypertrophique de l’Institut de cardiologie, vasculaire et thoracique de la Cleveland Clinic (États-Unis).

« Elle met l’accent sur une approche centrée sur le patient et une stratification des risques plus globale, reflétant les progrès réalisés avec les dispositifs cardiaques et les données cliniques obtenues depuis 2013 », a-t-il expliqué.

Ce document – élaboré par l’American College of Cardiology (ACC) et l’American Heart Association, ainsi que par les principales sociétés de spécialité et de sous-spécialité – passe en revue de manière détaillée 335 scénarios cliniques courants dans lesquels les défibrillateurs implantables, les thérapies de resynchronisation, de modulation de la contractilité cardiaque, de stimulation sans fil ou de stimulation du système de conduction sont souvent envisagées.

Un système d’évaluation indique la pertinence de l’implantation d’un dispositif dans certains scénarios.

Un focus sur les dispositifs sans sondes

« Les dispositifs tels que les stimulateurs cardiaques sans fil et les défibrillateurs sous-cutanés, qui n’étaient pas aussi présents dans les recommandations de 2013, le sont », a indiqué le Dr Desai.

Le document, publié en ligne dans le Journal of the American College of Cardiology, explique que la sonde du défibrillateur est connue comme étant « le maillon faible » de ce dispositif, avec des taux de défaillance qui augmentent au fil du temps.

Les sondes transveineuses sont également associées à des risques aigus, tels que le pneumothorax, la perforation ou le délogement de la sonde », écrivent les auteurs. Les défibrillateurs sous-cutanés ont été mis au point pour réduire ces complications.

« Par exemple, les jeunes patients présentent un risque accru de défaillance de la sonde à long terme et peuvent nécessiter plusieurs remplacements de cette dernière tout au long de leur vie. Ce dispositif sous-cutané ne nécessite pas d’électrodes « dans » ou « sur » le cœur et peut être placé en fonction des repères anatomiques sans nécessiter de fluoroscopie », écrivent les auteurs.

Une question qui divise : la resynchronisation dans les DAVG

Selon Monika M. Do, vice-présidente du comité, le sujet le plus controversé du document sera probablement la section sur la resynchronisation dans les dispositifs d’assistance ventriculaire gauche (DAVG).

« Les patients qui bénéficient de la resynchronisation n’ont généralement pas besoin d’un DAVG, et ceux dont l’hémodynamique est suffisamment compromise pour nécessiter un DAVG sont souvent soit non répondeurs, soit déjà à un stade avancé », a-t-elle expliqué.

« À ce jour, il n’existe aucune preuve des avantages de la resynchronisation en termes de survie ou de symptômes chez les patients bénéficiant d’une assistance par DAVG. Par conséquent, la désactivation de la sonde ventriculaire gauche peut prolonger la durée de vie de la batterie sans affecter négativement la morbidité ou la survie. En outre, une étude monocentrique a suggéré un bénéfice potentiel en termes de survie associé à la désactivation de la sonde ventriculaire gauche après l’implantation d’un DAVG. »

Un système de notation en 9 points

Après un examen approfondi des données de la littérature, des congrès et d’autres données externes, un groupe d’évaluation indépendant composé d’autres experts a utilisé un système de notation en neuf points pour indiquer si l’implantation d’un dispositif était appropriée, possiblement appropriée ou est rarement appropriée, compte tenu d’un scénario spécifique.

Les auteurs concèdent que « la séparation des scores numériques en trois niveaux de pertinence est quelque peu arbitraire et que les notations doivent être considérées comme un continuum ».

Ils soulignent également qu’une note « adéquate » ne signifie pas qu’une procédure doit être effectuée, tout comme une note « rarement adéquate » ne signifie pas qu’elle ne devrait jamais être effectuée.

Les technologies qui n’étaient pas encore approuvées par la Food and Drug Administration américaine lorsque le groupe d’évaluation s’est réuni, comme les défibrillateurs extravasculaires, par exemple, ne sont pas incluses dans ce document.

Cœur Carmat : le rythme des implantations s’accélère

Aude Lecrubier

18 février 2025

La société Carmat a annoncé que le chiffre symbolique de la 100ème implantation d’un cœur artificiel total Aeson dans le monde avait été franchi. Les 99ème et 100ème implantations ont été réalisées avec succès le vendredi 7 février 2025 dans les CHU de Lille et de Dijon. Elles ont été effectuées simultanément, respectivement par les équipes du Pr André Vincentelli et du Pr Olivier Bouchot dans le cadre de l’étude clinique EFICAS. À ce jour, la France compte près de la moitié des patients implantés dans le monde.

« Le cœur total Aeson fait partie des assistances mécaniques qui peuvent être proposées en attente de la transplantation », avait rappelé quelques jours auparavant le Pr François Roubille (Unité de soins intensifs cardiologiques du CHU de Montpellier) lors d’une session dédiée au cœur Carmat aux Journées européennes de la Société française de cardiologie (JESFC) 2025, avant de préciser que les courbes d’implantation d’Aeson s’étaient « beaucoup accélérées ».

En effet, si les 50 premières implantations ont été réalisées en l’espace de 10 ans, entre 2013 (année de la première implantation humaine d’Aeson) et fin 2023, les 50 suivantes ont été effectuées depuis début 2024, selon Carmat.

Cette ascension est de bon augure alors que de nombreux patients atteints d’insuffisance cardiaque avancée restent aujourd’hui sans solution. Le nombre de transplantations cardiaques annuelles est insuffisant, autour de 400 en France et le ratio est d’un donneur pour 2,2 receveurs.

« Il faut penser au cœur artificiel total. Il fait désormais partie des possibilités pour nos patients en routine clinique, dans le cadre de l’essai EFICAS », a souligné le Dr Guillaume Coutance, chirurgien cardiaque et thoracique (AP-HP, hôpital de la Pitié-Salpêtrière) lors des JESFC.

L’étude EFICAS

Les patients implantés en France le sont dans le cadre de l’étude multicentrique EFICAS, qui est dans sa phase d’inclusion. Elle a pour but d’évaluer l’efficacité et la sécurité du dispositif pendant les 6 premiers mois de la transplantation chez plus d’une cinquantaine de patients atteints d’insuffisance cardiaque avancée qui ont une contre-indication à l’assistance mono-ventriculaire gauche et de les amener à la transplantation cardiaque. L’étude comporte deux bras, l’un actif, avec les patients qui peuvent recevoir le cœur et l’autre avec les patients qui ne peuvent pas recevoir le cœur pour des raisons anatomiques. Les critères principaux analysés seront la mortalité, les événements cardiaques, les AVC, mais aussi des éléments de qualité de vie. L’étude devrait se terminer à la fin du premier semestre 2025.

Cœur Carmat : un dispositif plus proche de la physiologie cardiaque

Citant les avantages du dispositif, le Pr Roubille a indiqué qu’il s’agissait de l’option qui se rapproche le plus du cœur naturel d’un point de vue physiologique. Il est pulsatile, avec une éjection alternante du cœur droit et du cœur gauche (contrairement au LVAD disponible actuellement). Aussi, le dispositif est capable de s’autoréguler grâce à des capteurs de pression. La précharge permet une adaptation automatique de la fréquence cardiaque. Enfin, il est hémocompatible. « Avec le LVAD, le patient doit avoir une anticoagulation curative la plus efficace possible car il y a des pièces métalliques qui sont au contact du sang. Dans le Aeson, il y a des valves biologiques, des membranes hémocompatibles. Chez les dizaines de patients dont les cœurs CARMAT ont été explantés, il n’y a pas de cas thrombose observée sur les valves ou sur les membranes. Il n’y a pas d’hémolyse non plus », a précisé le Pr Roubille.

Le cœur Aeson en chiffres

Au 17 janvier 2025 :

  • 92 patients ont reçu un cœur Aeson ;
  • 31 patients ont gardé le dispositif plus de 6 mois dans le cadre du pont à la transplantation ;
  • durée d’implantation la plus longue : 25 mois ;
  • 32 patients ont été transplantés après avoir bénéficié d’un cœur Aeson ;
  • âge moyen : 54 ans +/- 10 ans ;
  • étiologies : 47 % de cardiopathie dilatée, 22 % de cardiopathie ischémique, 11 % de défaut septal ventriculaire… (données : novembre 2022 à décembre 2024) ;
  • coût de commercialisation : un peu plus de 200 000 euros.

Le cœur Aeson en pratique

Actuellement, le cœur Aeson est implanté uniquement en pont à la transplantation cardiaque chez l’adulte. Adulte qui doit donner son consentement éclairé pour l’intervention.

Il est implanté chez les patients en insuffisance cardiaque avancée qui sont éligibles à l’assistance circulatoire mécanique biventriculaire et dont l’anatomie le permet. « Le chirurgien doit disposer de suffisamment de place car le cœur Aeson reste assez gros. Il ne doit pas se limiter à l’évaluation morphologique mais s’aider de l’imagerie (au scanner, un espace d’au moins 12 cm entre la vertèbre et le sternum est nécessaire). La majorité des hommes et des femmes peuvent en bénéficier », a souligné le Pr Roubille.

Un câble relié à 4 batteries extérieures permet l’alimentation du dispositif.

Les batteries fonctionnent ensemble pour une durée de 4 à 6 heures selon l’activité du malade. Le poids du contrôleur est de 4 kilogrammes que le patient peut porter en sac à dos ou en bandoulière.

L’implantation du cœur Aeson doit être envisagée « à partir du moment où le patient est grave, tout particulièrement si son accès à la transplantation est limité (en raison de son morphotype, de son faible embonpoint, groupe O, problèmes d’immunologie…) car il vaut mieux implanter les patients lorsqu’ils sont le plus stables possible plutôt qu’en extrême urgence après 15 jours d’ECMO sinon les résultats sont moins bons », a commenté le Dr Coutance.

Après l’implantation, une réadaptation cardiaque adaptée est envisagée. D’après les premiers retours d’expérience de l’étude EFICAS, elle est faisable et sûre. « Elle a montré une amélioration de la capacité fonctionnelle pour chacun des patients. Certains patients ont mieux répondu que d’autres à l’entraînement et il serait intéressant d’étudier l’adaptation hémodynamique de la prothèse plus précisément et les facteurs qui sont associés à une meilleure réponse », a souligné la Dre Aurélia Larnar-Tanguy (hôpital Corentin Celton – AP-HP) dont le service réadaptation cardiaque a pris en charge 9 patients dans le cadre de l’étude.

Et demain ?

« Pour la première fois dans l’assistance biventriculaire nous avons une solution qui permet d’avoir une qualité de vie qui est acceptable et où il devient possible d’envisager de passer du pont à la transplantation à la destination therapy, ce qui n’est pas du tout le cas à l’heure actuelle. Il y a un vivier de patients qui peuvent bénéficier de l’assistance biventriculaire au long cours à condition que la qualité de vie soit bonne et c’est le cas ici », a souligné le Dr Coutance.