En raison d’une pénurie en hypolipémiants anti-PCSK9, les patients à haut risque neuro-cardiovasculaire sont en danger, alerte l’Association Nationale des Hypercholestérolémies familiales et Lipoprotéines (a) (Anhet.f).
Il y a effectivement un problème d’ampleur et on ne voit pas clairement de solution Pr François Schiele
Risque de rupture d’accès imminent
Dans un communiqué, l’association en appelle au président de la République et au premier ministre pour sortir de la situation de blocage qui s’est installée entre les autorités de santé et les laboratoires commercialisant ces biothérapies ; un statu quo à l’origine des tensions d’approvisionnement dans l’hexagone.
« En dépit d’alertes répétées auprès des pouvoirs publics par des associations de patients, des sociétés savantes, des professionnels de santé et des industriels, sur le risque de rupture imminent d’accès des patients aux anti-PCSK9, l’immobilisme prévaut. En conséquence, la santé de milliers de patients se dégrade, avec à la clef des accidents graves et des décès. Une situation particulièrement tragique pour les patients atteints de la forme rare d’hypercholestérolémie familiale (homozygote), pour lesquels les traitements anti-PCSK9 sont vitaux », souligne l’Anhet.f qui indique recevoir chaque jour des appels désespérés de patients.
L’association rapporte que de nombreuses régions de France ne sont déjà plus approvisionnées en anti-PCSK9 laissant des milliers de patients français « brutalement privés de soins ».
« Il y a effectivement un problème d’ampleur; les deux produits sont régulièrement en rupture et on ne voit pas clairement de solution; en tout cas pas à court terme », confirme le Pr François Schiele (CHU Besançon – Hôpital Jean Minjoz) à Medscape édition française. « Je comprends cette réaction des associations de patients atteints d’hypercholestérolémie familiale. Ce patients, sont bien au courant de l’importance du contrôle du LDL-c, ce sont ceux qui en font le plus les frais », souligne-t-il.
Déjà, le 30 avril dernier le Collège National Professionnel CardioVasculaire avait publié une tribune intitulée « Docteur, pourquoi ne puis-je plus avoir ce médicament ? » qui décrivait « une perte de chance pour les malades qui devraient bénéficier de ces traitements [et] un obstacle à la mission des médecins qui ne peuvent pas proposer à leur patients les meilleurs soins ».
Un problème économique
En cause ? Officiellement, les laboratoires invoquent un marché en forte croissance et des problèmes logistiques. En fait, il semblerait que les discussions de fixation des prix entre les autorités de santé françaises et les laboratoires commercialisant le Praluent (alirocumab, Sanofi) et le Repatha (evolocumab, Amgen) soient au point mort.
« Contrairement à la plupart des pays européens, la HAS refuse de considérer la seule baisse du LDL-cholestérol comme critère suffisant d’efficacité. Elle demande des preuves directes sur la réduction des infarctus, AVC et décès. Cette position aboutit à une note d’amélioration de service médical rendu (ASMR) IV, soit un bénéfice jugé mineur, et par conséquent, un prix aligné sur les traitements existants. Une situation jugée économiquement insoutenable par Sanofi », indique notre consœur Anne Prigent du Figaro Santé .
Résultat, la France n’est pas le marché privilégié des laboratoires et alors que l’hexagone connait d’importantes ruptures de stocks, les autres pays européens continuent, eux, de bénéficier de ces traitements.
Dans le bras de fer qui oppose les deux parties, Sanofi menace désormais de passer à la vitesse supérieure et de sortir du remboursement, rapporte le Figaro Santé. Une décision qui créerait une discrimination d’accès aux soins entre les patients les plus aisés et les autres et qui inquiète médecins et patients.
« Depuis plusieurs mois, les industriels et les pouvoirs publics n’ont pas trouvé les conditions permettant de garantir une continuité d’approvisionnement des anti-PCSK9 en France. Depuis plusieurs mois, le statut quo prévaut, au détriment des patients, avec pour conséquences une augmentation du nombre d’hospitalisations de malades non-traités, et en corollaire des dépenses publiques supérieures aux coûts des traitements des anti-PCSK9. Une situation de blocage s’est installée, une crise sanitaire majeure s’annonce », s’inquiète l’Anhet.f.
L’association sollicite donc président de la République et la premier ministre pour que soient convoquées « sans tarder l’ensemble des parties prenantes pour aboutir à un accord juste et durable » et permettre « un accès aux anti-PCSK9 dans notre pays, à tous les patients à haut risque neuro-cardiovasculaire ».
Faute d’une réponse, l’Anhet.f et l’ensemble de ses soutiens porteront leur combat haut et fort dans la société civile, indique le communiqué de l’association de patients.
A noter que l’arrivée sur le marché européen de nouveaux traitements anti-cholestérol comme l’evinacumab ou l’ARN interférent inclisiran pourraient aussi peser dans les négociations.


